‹ Marie dans le dogme catholiqueChapitre 32 sur 92 · TO2 MARIE DANS LE DOGME · texte numérisé non relu

TO2 MARIE DANS LE DOGME

-sa maternité divine et la profusion de gnices répandues au son de sa voix. Eh bien, quelle est la conduite de Marie dans sa réponse è Observez cecì è elle ne peut nier posséder celle grandeur: mais, d'autre part, elle montre bien dans sa réponse à sa panégeyriste, qu'elle ne se complait pas humainement dans ces dons. Par son Magnificat, elle tè moigne que ces dons, elle les voit clairement, mais elle laisse comprendre en même temps, qu'elle les contemple en une de ces visions qui n'excitent nullement l'ambition. Par le Magnificat, Marie élève son regard ; elle recherche l'origine de ses grandeurs et trouve que toutes jaillissent de Dieu. Et elle donne à Dieu la gloire qui lui est due, elle le magmifie, elle exulte en lui. En réalité par le Magnificat, Marie donne à ses propres privilèges, un relief plus marqué que celui donné par Elisabeth ; mais tout cela dans le seul but de rendre plus de gloire à Dieu. La préoccupation unique de Marie dans le magnificat est d'exalter le Donateur, en reconnaissant toute l'importance de ses dons. Elisabeth avait exalté Marie parce qu'elle était Mère de son Seigneur : « Bénie êles-vous entre toutes les femmes et béni est le fruit de votre sein. El d'où me vient cet honneur que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? » Et Marie pour l'honneur de Dieu, reconnait sa propre grandeur disant : « Le Tout Puissant a fait en moi de grandes choses. Fecil mihi magna qui potens est », c'est-à-dire : « Je suis grande même en face de la

Toute-Puissance ; je suis ce que le pouvoir infini de

Dieu peut faire dans une simple créature, » Elisabeth avait ajouté : « Votre salut a fait tressuillir de joie le fils que je porte en mon sein », c'est-à-dire Va sanctifié, Les paroles de Marie servent de réponse à cette affirmation : « Sa miséricorde (de Dieu) s’élendra de générolion en généralion sur ceux qui le cratgnent » ; ce qui signifie qu'elle est devenue en réa- Jité, le foyer d'où s'irradiera toujours la miséricorde divine dans une expansion sans limite, parce qu'elle porte en elle la source de toute miséricorde, En d’autres termes, tandis qu’Elisabeth lui donne l’honneur d avoir sanctifié son propre fils, Marie renvoie tout cet honneur à la miséricorde divine en en indiquant toute l’extension, Elle affirme en effet, qu'elle s'étendra à tous ceux qui craignent le Seigneur, sans distinction d'âge et de nation, et alors qu'Élisabeth n'avait parlé que d’un seul triomphe de la miséricorde divine obtenu par Marie, elle, au contraire, fait pressentir que ces largesses de la grâce se succèderont en une série jamais interrompue : « Sa miséricorde s’étendra d’ige en age, sur ceux qui le craignent ».

Elisabeth avait encore proclamé Marie bienheureuse parce qu'elle avait cru. Marie dans le Magni- Jicol répond que vraiment elle mérite cet éloge, et qu'il Jui sera donné par toutes les générations. Mais elle a soin de faire ressortir que ses qualités naturelles ne sont pour rien dans toute cette gloire. D’elleméme naturellement, elle préche l’humililé, non pas tant dans le sens de vertu, mais plutôt dans le sens

oo ——r——-___mt€—€—__

de pelilesse, de ténuilé, de nullilé, comme le grec l'indique clairement : cere:vwo:, ce qui rend le contraste plus frappant entre la gloire à laquelle elle est élevée et sa condition naturelle de pauvre et obscure jeune fille.

Après avoir ainsi répondu indirectement, mais avec ordre, aux questions d'Elisabeth, Marie s’arrête à une autre pensée qui fait voir ses sentiments de ferveur et son humble gratitude envers le Seigneur. Son humilité ne lui permet pas de ne considérer que les bienfaits divins reçus par elle; elle n’aime pas se croire l'unique favorite du Seigneur. Aussi, des bontés de Dieu envers elle, passe-t-elle aux faveurs qu’Il va faire à tout son peuple, dont Il va opérer la Rédemption. Et toujours prête à faire oublier sa gloire, elle appelle, à la fin du Magnificat, toute l’attention sur l’œuvre générale de la Rédemption. « Dieu a pris soin d’Israél son serviteur se souvenant de sa miséricorde, selon la promesse faite à nos pères Abraham et à ses descendants, pour tous les siècles. » C’est donc évident. Tandis que Marie, par un juste sentiment de gratitude reconnaît en elle les dons reçus de Dieu, un autre sentiment, l'humilité, la pousse à se cacher, à s’abîmer, à disparaître dans le torrent commun et universel de la miséricorde divine.

Seuls, l’amour et l'humilité de Marie étaient capables de composer ce cantique.

VI. Marie alla chez Elisabeth, mue par une impulsion divine, pour exercer près d’elle l’office de la plus délicate charité ; elle y resta trois mois.

Et maintenant un dernier mot sur le but de la visite de Marie, et sur son séjour près de sa vieille parente.

Il faut avant tout, écarter le mobile que lui prétent quelques écrivains ecclésiastiques et non des moins notables, en un de ces moments d’inconsidération qui ne sont pas inconnus même au génie, — celui d’avoir été chez Elisabeth par incrédule curiosité, afin de constater la vérité des paroles de l’Ange.

Nous regreltons d’avoir à nommer Théophilacte, Euthyme, Bonaventure, comme étant de cette opinion. Saint Ambroise avait déjà dissipé leur assertion : « Marie alla chez Elisabeth, écrit-il, sans aucune incrédulité sur l’oracle de l’Ange, sans aucune hésitation sur ce qu'il lui annonce, sans aucun doute sur la réalité de l'exemple proposé, mais joyeuse de sa résolution, n’aspirant pas à autre chose, qu’à accomplir un pieux devoir, heureuse de faire plaisir » (1).

Nous savons déjà que Marie n’a pas un instant douté de ce que lui disait l’Ange, comme nous savons aussi, que précisément Elisabeth la loua

1. « Ubi hoc audivit Maria, non quasi incredula de oraculo, nec quasi incerta de nuncio, nec quasi dubitans de exemplo, sed quasi læta pro voto,religiosa pro oflicio, festina pre gaudio in montana perrexit ». (Exposil. Evang., secum. Luc, 11, 19).

Page 1