‹ Marie dans le dogme catholiqueChapitre 40 sur 92 · A IA · texte numérisé non relu

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sécurité, il ait un peu élargi ses calculs ; la conclusion logique à en lirer reste toujours celle-ci, quequand les Mages arrivèrent, Jésus devait avoir à peu près deux ans. Or, qu’on fasse Hérode aussi cruel: que l’on veut; pourquoi aurait-il dû ordonner lemeurtre de tous les enfants au-dessous de deux ans, si à la venue des Mages, Jésus n'avait encore que quelques semaines ? Sa féroce jalousie eut été satisfaite surabondamment en ordonnant tout au plus le meurtre des enfants de six mois. Et ainsi le terme le plus élevé de l’âge des enfants tués indique avec une approximation certaine le temps de la naissance de Jésus.

Et cette considération n’est pas nouvelle, elle est sous le patronage d'hommes extrêmement vénérables, non seulement par leur savoir, mais encore par leur antiquité. Citons parmi ces anciens, Tatien, Ammonius d'Alexandrie, Eusèbe, saint LéonleGrand, Juvencus, saint Jérôme, Epiphane, comme on peut voir chez Knabenbauer, au commentaire du chapitre n de saint Matthieu. De nos jours cette opinion recueille le suffrage d’exégètes de grande valeur, parmi lesquels le P. Patrizi, Cornély et Knabenbauer.

Dans ce récit de l’adoration des mages, une chose n’a point échappé à l'attention du lecteur, et c’est le soin que l’Evangéliste apporte à nous dire des Mages, qu'ils trouvèrent l'enfant avec Marie sa mère : rappelons ce que nous avons dit ailleurs sur l’importance dogmatique de ce fait. Ces paroles n’ex-

cluent point la présence de Joseph, pas plus que ne l’excluait la prophétie de Siméon adressée à Marie. Elles mettent simplement en relief, la part impor- ‘ tante et même unique, de Marie avec Jésus.

Les Mages furent frappés d’une chose : de voir Jésus dans les bras de Marie, qui le leur présenta. C'est ce que l’Evangéliste veut mettre en relief. Et ainsi nous voyons le dessein de la divine Providence ; ce dessein d’unir,indissolublement Marie et Jésus dans l'œuvre de la Rédemption, se manifeste d’une manière toujours plus accentuée.

VII. La fuite en Egypte, angoisses du voyage ; légendes ; réconforts pour la sainte famille en Egypte ; le retour.

Marie avait vu, dans l’adoration des Mages, se réaliser la partie honorifique et joyeuse de la prophétie de Siméon. Jésus commençait à répandre les rayons de sa lumière au milieu des nations. Immédiatement après, elle devait voir son divin Fils en butte aux premières attaques de la contradiction et sentir elle-même les premiers coups de ce glaive qui devait transpercer son àme. Aux consolations de ces insignes personnages, devaient suivre aussitòt, les afflictions de la fuite en Egypte. Hérode était rongé d'une ambition trop passionnée et trop jalouse pour perdre de vue ce que lui avait annoncé les Mages : la naissance de l’attendu roi d'Israël. Son dessein arrêté était de le faire périr dans le sang. Il eut la force de paraître calme, quand il

crut probable de revoir les mages; agité du vague pressentiment qu’ils vinssent à découvrir ses intentions malveillantes et changeassent en conséquence leur itinéraire, il dut certainement les faire surveiller dans leurs divers mouvements. Et ainsi il sut tout de suite ce que sans doute il avait soupçonné ; qu'ils étaient retournés chez eux par une autre voie et sans passer par Jérusalem. En se voyant ainsi joué, il sentit toute l’amertume de l’amour propre blessé; mais il ne perdit point pour cela l’assurance de se défaire d’un rival craint. Il avait déjà élaboré dans son esprit un projet qu'il tenait en réserve. Il savait l’âge que devait avoir Jésus et pour le supprimer à coup sûr, il ordonna le meurtre de tous les enfants au-dessous de deux ans, qui se trouvaient à Bethléhem et dans les environs. Voici comment saint Matthieu raconte ces choses: «Les Mages ayant été avertis en songe de ne point revenir chez Hérode, s’en retournèrent dans leur pays par un autre chemin (1, 12). Alors Hérode se voyant jouer par les Mages, s’irrita fort, et envoya tuer tous les enfants qui étaient à Bethléhem, et dans tout le pays d’alentour, âgés de deux ans et au-dessous, selon le temps qu'il s'était fait expliquer par les Mages ». (1, 16-17).

Mais les calculs humains sont trompeurs quand ils prétendent rompre la trame des desseins de Dieu 1 Avant même qu’Hérode n’eutordonné le meurtre des enfants de Bethléhem, Jésus était déjà en voyage pour l’Egypte, qui fut pour lui la terre du salut :

‘« Les Mages étant partis, dit saint Matthieu, un ange du Seigneur apparut à Joseph, pendant son sommeil, et lui dit : Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et fuis en Egypte, et y demeure jusqu’à ce que je te dise d’en partir; car Hérode va chercher l'enfant pour le faire périr. Joseph, se levant, prit l'enfant et sa mère, durant la nuit, et se retira en Egypte. Et il s’y tint jusqu'à la mort d’Hérode, afin que fut accomplie cette parole que le Seigneur avait dite par le prophète : J’ai rappelé mon fils de d'Egypte (Matth. 11, 13, 14, 15). »

On ne saurait dire combien difficile, combien douloureux fut ce voyage. Il suffit de nous rappeler, que la plus proche habitation égyptienne qu’ils pouvaient rencontrer, était distante de Bethléhem d'environ 300 kilomètres (1). Qu'on suppose le voyage aussi rapide que possible, la Sainte Famille ne put arriver au lieu indiqué par l’ange avant quelques semaines. Ce fut un voyage par des chemins mauvais, traversant tantôt d’épais buissons, tantôt d'immenses lieux déserts, et devant l'esprit de Joseph et de Marie, devait surgir à tout instant le spectre de périls épouvantables. Ils pouvaient s'attendre à toute espèce de périls, soit à cause de la nature de ces lieux presque impraticables, soit encore à cause des bandes nombreuses de nomades qui infestaient le pays. Et ce qui devait augmenter leurs angoisses et leur peine, spécialement pour

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