‹ Marie dans le dogme catholiqueChapitre 43 sur 92 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Marie pendant la vie publique de Jésus

SOMMAIRE

I. Marie aux noces de Cana : là Jésus accomplit son premier miracle ; Marie y eut une part essentielle ; analyse du récit évangélique ; Marie et les époux ; Marie et Jésus ; la réponse de Jésus ; pouvoir de Marie. — II. La demeure de Marie pendant la prédication du Sauveur ; on écarte les hypothèses de Capharnaum et de Nazareth ; l'argument qui nous conduit à affirmer que Marie suivaitordinairement Jésus. — III. Deux seules occasions sont rappelées par l’Evangile, où dans sa vie publique, Jésus a parlé de Marie, bien qu’indirectement ; fausse interprétation que donnent les novateurs à ces paroles ; leur vraie signification ; les principes émis par Jésus et par ces paroles, sont une nouvelle preuve de la grandeur de Marie.

I. Marie aux noces de Cana : là Jésus accomplit son premier miracle; Marie y eutune part essentielle ; analyse du récit évangélique ; Marie et les époux ; Marie et Jésus ; la réponse de Jésus ; pouvoir de Marie.

Après avoir raconté l'incident de la perte de Jésus au temple, l'évangile ne parle plus ni de Marie ni de Jésus, jusqu’au début du ministère public de ce dernier. Ce sont dix-huit années d’une vie toute consacrée par Marie aux plus sublimes ascensions vers Dieu, ensevelies dans le plus profond silence,

et cela probablement parce que durant tout ce temps, rien n’arriva à la sainte Famille qui attira sur elle d’une façon particulière les regards du monde.

Quand Jésus parvint à l’âge d'environ trente ans, sortant de la vie privée, Il commença à annoncer cette doctrine céleste pour la diffusion de laquelle Il était venu au monde. Voici comment s’effectua cette apparition de Jésus sur le théâtre de la vie sociale, apparition qui devait révolutionner toute l’humanité. Depuis quelque temps, sur les rives du Jourdain, résonnait la voix de Jean Baptiste prêchant la pénitence, donnant le baptême et annonçant le prochain établissement du royaume de Dieu. La figure de ce nouveau prophète, au courage indomptable, à la parole de feu, à la vie d’une austérité inouïe, s'impose à l'attention de tous : aux puissants et aux faibles, aux soldats et aux politiques, aux pêcheurs et aux zélateurs de la loi, aux nobles et aux plébéiens, aux commerçants et au peuple. De toutes parts accouraient des foules, avides d’entendre sa parole et de lui prouver leur repentir et leur conversion. Rien n'était arrivé de semblable dans la Palestine depuis plusieurs générations. Il fallait remonter jusqu'aux anciens prophètes, pour retrouver l'impression produite par le ministère de Jean : évidemment Dieu parlait par sa bouche.

Comme par enchantement, la foi assoupie dans beaucoup de cœurs se réveillait et l'espérance préchaine du Messie refleurissait. Et même l’opinion

que Jean Baptiste fut lui-même le Messie prit une certaine consistance. Mais il fit tout le possible pour réfuter cette opinion, affirmant et assurant que le fondateur du royaume de Dieu ne tarderait pas à venir.

. Les temps donc étaient mûrs, et ce fut alors que Jésus abandonna pour toujours la solitude de Nazareth. Il se présenta à Jean, se fit baptiser par lui, se retira quarante jours dans le désert, les passa dans le jeùne le plus rigoureux, permit et surmonta les tentations du démon, recueillit autour de lui plusieurs disciples qui deviendraient plus tard ses apôtres : André, Jean, Simon et Jacques, Philippe et Nathanaël ou Barthélemy, puis, trois jours après avoir rencontré Nathanaël, reprit la route de la Galilée.

C'était précisément là, en Galilée, que devait commencer le ministère public de Jésus. Le temps qu’il avait passé en Judée, après avoir laissé Nazareth, quelques mois tout au plus, n’était qu'une préparation prochaine à son grand œuvre. C'était en Galilée que Jésus devait commencer à répandre dans le public ce trésor de grâce, qu'il avait jusqu'alors jalousement gardé à l'ombre de la petite maison de Nazareth. Là, pour la première fois, devait se déchirer ce voile qui avait empêché les hommes de le connaître dans sa véritable nature. Là, pour la première fois, devait briller le rayon de sa gloire et de sa puissance qui révélerait à tous son origine divine et sa mission de salut. Le programme de Jésus,

résumé dans cette phrase de l'Evangile : il passa en faisant le bien à tous et en guérissant toute infirmité, devait d’abord se réaliser parmi les gens humbles et pauvres de la Galilée. Et dans la Galilée le lieu fortuné choisi par Jésus de préférence, pour montrer son pouvoir céleste et prouver sa divinité, fut la cité de Cana. A Cana de Galilée, dit saint Jean l’évangéliste, Jésus commenca ses prodiges et manifesta sa gloire. (Jean, 11, 11). À Cana, Jésus accomplit une de ces œuvres qu'on peut appeler d'initiation, et qui donne la clef pour juger du caractère, de l’esprit, des méthodes de toute l’œuvre suivante. C’est dans les œuvres d’initiation qu’on peut juger, avec facilité et certitude, de l'orientation prise par la pensée de celui qui les accomplit. C’est l’aube annonciatrice du midi.

Or, Jésus n’accomplit point cette œuvre solennelle etdécisive d'initiation, sansla présence, la coopération et pour mieux dire, sans l'initiative de Marie. Elle eut une part essentielle en ce début de la vie publique du Sauveur. Jésus accomplit le premier miracle, concéda la première gràce d’ordre public précisément sur les instances de sa Mère. Marie, qui avait par un acte de libre consentement ouvert au Fils de Dieu les portes du monde, qui l’avait mis en contact avec le précurseur, pour sanctifier ce dernier avant sanaissance, Marie qui l’avait présenté à l’adoration des bergers et des mages, l’avait déposé dans les bras de Siméon, l'avait solennellement offert au temple, l’avait avec soin caché à Nazareth jusqu’au

temps voulu, Marie, dis-je, fut celle qui l’incita à faire la première manifestation de sa gloire. Marie ne fait défaut à aucune des grandes œuvres initiales de Jésus.

Le lecteur a déjà compris que nous parlons du miracle des noces de Cana, où Jésus, sur les instances de sa Mère, changea l’eau en vin. Ce fait est d’une importance capitale pour nous faire connaître d'une part, la tendre compassion, le vif intérêt que Marie porte aux besoigneux, et d’autre part l’irrésistible ascendant qu'elle a sur Dieu. Que le lecteur nous permette d’analyser ici ce fait avec quelque soin, en nous reportant au texte intégral que nous avons rapporté ailleurs. Voici donc comment la chose se passa : « Et le troisième jour (de la rencontre avec Nathanaél) il se fit des noces à Cana de Galilée et la Mère de Jésus s’y trouvait » (Jean, r, 1) Marie était présente à ces noces et il est naturel de penser qu'il s'agissait de parents à elle ou qu’au moins ces deux jeunes époux étaient en excellente relation avec la sainte Famille. Marie accepta l’invitation avec l'intention de leur faire du bien. Elle était allée à Cana, poussée par les mêmes sentiments qui autrefois, trente ans auparavant, l’avaient entraînée à visiter Elisabeth. Son intention immédiate était de mettre à contribution, pour le succès de cette fête de famille, son activité et son expérience de maîtresse de maison.

Saint Jean ajoute immédiatement : « Et Jésus lui aussi fut invité avec ses disciples. » La présence de

Jésus est notée immédiatement après celle de Marie, ce qui indique entre ces deux présences, un lien de causalité. Jésus intervient à cause de sa Mère. Marie était venue à Cana avant Jésus : il parut alors étrange à ces deux époux de laisser de côté le Fils, quand ils avaient la Mère. La présence de Marie imposait, en vertu des plus élémentaires convenances, d'inviter aussi Jésus. Ces deux époux durent inviter Jésus avec une certaine confiance, car, bien que sa sainteté ne fut point inférieure à celle de Jean, il la manifestait sous des formes moins austères : Jésus se présenta toujours à tous avec une attrayante amabilité. Inviter Jésus sans inviter les cinq ou six disciples qu’il avait avec lui, n’était pas possible. Où seraient-ils allés? N’eut-ce pas été manquer de délicatesse envers le maître ? Les disciples furent donc invités eux aussi, et ce furent sept personnes en plus du nombre prévu.

Bien que dans ce festin on trouve l’architriclin — l’ordonnateur du repas— et lesservileurs, il n’est pas à croire que ces époux fussent riches. Ils étaient de condition médiocre et il n’est pas rare, la chose est même habituelle, que des gens de condition semblable fassent dans les grandes occasions de la vie, un peu d’extra, en recourant aux amis, en empruntant au besoin mobilier, local, argent. L'état d’une certaine médiocrité est attesté par la limitation des provisions : ils avaient à peine le vin nécessaire pour les invités prévus et choisis. Le fait est qu’à un certain moment le vin manqua.

« La présence, dit de la Broise, sur laquelle on n'avait pas compté d’abord, des disciples amenés par Jésus, peut n’étre pas étrangère au rapide épuisement de la provision de vin. » (La S. V. p. 151).

Marie s’aperçut à temps de la terrible humiliation qui allait inévitablement tomber sur ses jeunes amis. On est fondé à croire, qu’elle n’était point à table avec les autres, mais surveillait le service. On lui avait cédé bien volontiers pour ce jour, la direction de la maison. Les nouveaux époux étaient convaincus que personne mieux qu’elle ne pourrait pourvoir, avec ponctualité et habileté, à toute nécessité. Et ainsi Marie la première et la seule peut-être, s'apercut que le vin était épuisé. L'idée de la triste figure que feraient les époux passa devant ses yeux comme une vision terrible. Elle vit le jour le plus solennel de la vie de ses amis attristé par cet incident !... Cet embarras d'autrui la peina beaucoup plus que s'il se fut agi d'elle. Toutefois elle ne se découragea pas, elle pensa tout de suite à Jésus et compta absolument sur deux choses: sur la tendresse du cœur de Jésus, et sur l’ascendant qu’elle se savait sur lui. Jésus est Dieu; Dieu est tout puissant; Jésus s’attendrit facilement devant la misère humaine: je recourrai à lui, il saura me tirer d’embarras. Ainsi dùt penser Marie en elle même, et aussi saint Jean continue-t-il son récit en ces termes: « Le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit: ils n’ont plus de vin. » (v. 3). Rien ne saurait mieux que ces simples paroles de Marie,

Jésus est notée immédiatement après celle de Marie, ce qui indique entre ces deux présences, un lien de causalité. Jésus intervient à cause de sa Mère. Marie était venue à Cana avant Jésus : il parut alors étrange à ces deux époux de laisser de côté le Fils, quand ils avaient la Mère. La présence de Marie imposait, en vertu des plus élémentaires convenances, d'inviter aussi Jésus. Ces deux époux durent inviter Jésus avec une certaine confiance, car, bien que sa sainteté ne fut point inférieure à celle de Jean, il la manifestait sous des formes moins austères : Jésus se présenta toujours à tous avec une attrayante amabilité. Inviter Jésus sans inviter les cinq ou six disciples qu’il avait avec lui, n’était pas possible. Où seraient-ils allés? N’eut-ce pas été manquer de délicatesse envers le maître ? Les disciples furent donc invités eux aussi, et ce furent sept personnes en plus du nombre prévu.

Bien que dans ce festin on trouve l’architriclin — l’ordonnateur du repas— etlesservileurs, il n’est pas à croire que ces époux fussent riches. Ils étaient de condition médiocre et il n’est pas rare, la chose est même habituelle, que des gens de condition semblable fassent dans les grandes occasions de la vie, un peu d’extra, en recourant aux amis, en empruntant au besoin mobilier, local, argent. L'état d’une certaine médiocrité est attesté par la limitation des provisions : ils avaient à peine le vin nécessaire pour les invités prévus et choisis. Le fait est qu’à un certain moment le vin manqua.

« La présence, dit de la Broise, sur laquelle on n'avait pas compté d'abord, des disciples amenés par Jésus, peut n’êlre pas étrangère au rapide épuisement de la provision de vin. » (La S. V. p. 151).

Marie s’aperçut à temps de la terrible humiliation qui allait inévitablement tomber sur ses jeunes amis. On est fondé à croire, qu’elle n'était point à table avec les autres, mais surveillait le service. On lui avait cédé bien volontiers pour ce jour, la direction de la maison. Les nouveaux époux étaient convaincus que personne mieux qu'elle ne pourrait pourvoir, avec ponctualité et habileté, à toute nécessité. Et ainsi Marie la première et la seule peut-être, s'apercut que le vin était épuisé. L'idée de la triste figure que feraient les époux passa devant ses yeux comme une vision terrible. Elle vit le jour le plus solennel de la vie de ses amis attristé par cet incident |... Cet embarras d'autrui la peina beaucoup plus que s’il se fut agi d’elle. Toutefois elle ne se découragea pas, elle pensa tout de suite à Jésus et compta absolument sur deux choses: sur la tendresse du cœur de Jésus, et sur l’ascendant qu’elle se savait sur lui. Jésus est Dieu; Dieu est tout puissant; Jésus s’attendrit facilement devant la misère humaine: je recourrai à lui, il saura me tirer d’embarras. Ainsi dût penser Marie en elle même, et aussi saint Jean continue-t-il son récit en ces termes: « Le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit: ils n’ont plus de vin. » (v.3). Rienne saurait mieux que ces simples paroles de Marie,

nous persuader de l’intime confiance qu’elle avait en lui. Elle ne se perd point en paroles; elle ne décrit pas par le détail le cas dont il s’agit; elle n'en met pas en lumière les douloureuses conséquences.

On agit ainsi avec qui ne sait pas, mais non avec Jésus qui sait tout et à qui rien n’est caché. Marie ne gémit point, ne supplie pas avec insistance, mais simplement, avec dignité, elle manifeste son désir: ainsi fait une mère qui se sait immensément aimée et toujours exaucée par son fils. Marie nous a donné ainsi une splendide révélation de la façon dont elle sait et peut traiter avec Dieu. Sur d’autres lèvres ces paroles pourraient paraître prétentieuses : sur celles de Marie elles sont l'indice très véridique de sa puissance sans limite.

La réponse de Jésus est connue, comme aussi sont connus les différents commentaires auxquels elle a donné lieu; certains parmi eux n’ont comme fondement que des préjugés contre le culte et l’honneur de la Vierge. Qu’y a-t-il entre toi el moi, 6 femme? Mon heure n'est pas encore venue! Les adversaires des sentiments que nous professons pour Marie, trouvent que ces sentiments sont condamnés par le Sauveur. Jésus, disent-ils, par cette réponse condamne à l’avance le culte que l’Eglise catholique rend à Marie. Alors que les catholiques pensent que Marie est la voie royale qui conduit à Jésus, lui au contraire a protesté d’avance qu'il n’a rien à voir avec elle, car tel est le sens de la formule interrogative : « Qu’y a-t-il entre toi et moi, 6 femme? » Tel

est le ton des commentaires faits par les premiers réformateurs dont quelques-uns sont cités par Canisius, 1. rv, ch. XVIII, de son œuvre, sur l'excellence de la Vierge. Et encore aujourd’hui les protestants restent attachés à cette interprétation. Pourtant, pour lui faire perdre tout crédit, il suffit de lire sans préjugé tout le contexte évangélique qui rapporte l’ensemble du fait. L'impression de Marie, l'attitude qu'elle prend en face des serviteurs, le miracle accompli aussitôt par Jésus, excluent absolument de la part du Sauveur toute intention d’'humilier sa mère. Et ce sont ces faits qui nous donnent la clef du vrai sens des paroles de Jésus. Alors que les faits montrent la grande bienveillance de Jésus pour Marie, c’est faire un affront évident au bon sens que de vouloir trouver une intention malveillante dans ces paroles. Le sens de ces paroles de Jésus doit être en pleine harmonie avec sa conduite, et l’unique préoccupation de l’exégète sincère, doit être en ce cas de trouver la formule de conciliation.

Cela du reste n’est pas difficile.

Nous avons démontré que, selon le génie de la langue hébraïque, la formule « qu'y a-t il entre toi et moi ? » peut se préter à l'expression des sentiments de la plus prompte condescendance: il est inutile de nous répéter. Le lecteur s'en souvient très bien d’ailleurs.

Il nous reste à voir la juste signification des autres paroles: « Mon heure n'est pas encore venue. » Une interprétation que nous avons

accueillie volontiers, consiste à donner à cette expression un caractère interrogalif. Il faudrait alors traduire : « ne crains pas, je puis pourvoir à tout, car le temps de manifester publiquement ma puissance est venu, tu le sais, donc ne crains rien, je ferai ce que ta désires. »

Cette interprétation, si elle élait vraie, solutionnerait radicalement toute difficulté : entre les paroles et les faits du Sauveur, il n'y aurait même plus la plus légère ombre de contradiction. La déférence que Jésus montre à Marie en accomplissant le miracle, serait déjà exprimée abondamment dans ses paroles.

Seulement cette interprétation n’est pas universellement acceptée; on lui reproche d’être trop récente, car si elle a été proposée par quelques Pères anciens, ceux-ci étaient très peu nombreux. La majorité des Pères et des docteurs trouve dans les paroles du Sauveur une dénégation formelle.

Aussi les exégèles catholiques proposent-ils d’autres formules de concilialion,

Jésus, disent certains, par ses paroles, nie vouloir condescendre à la prière de Marie, non pour lui faire honte, ou la laisser sans être exaucée, mais pour l'instruction des personnes présentes. Celles ci devaient savoir qu'en Jésus il y avait une nature supérieure à la nature humaine, ta nature divine, qu'Il n’avait pas revue de Marie, el selon laquelle I ne lui était pas soumis ; la nature divine, par laquelle Il avaitle pouvoir de faire des miracles. Pour indiquer

MARIE DANS L'ÉVANGILÉ 191

tout cela, il répondit à sa mère, ainsi qu'il le fit. Puis, par amour d'elle, il accomplit le miracle demandé.

Nous ne voudrions point enlever à cetle interprétation, le poids que lui ont couféré, par leur autorité, les vénérables écrivains qui l'ont soutenue ; mais disons franchement qu'elle ne nous plaît point, nous paraissant trop artificielle. En réalité, et à considérer la mentalité des gens présents à la noce, il faut convenir que Jésus, par là, aurait manqué son but : la distinction établie par lui aurait échappée à la pénétration de tous les commensaux.

Au contraire, plus sérieuse et acceplable nous semble l'autre explication, qui voit dans les paroles de Jésus un refus formel, mais non absolu, et simplement conditionnel. On ne saurait mettre en doute que, dans le cours de la divine Providence, apparaissent de semblables décrets muables, réformables, précisement parce quils sont liés à une condition dépendante de la liberté humaine. Pour n’en citer qu'un cas, Jésus plus tard rencontrera une pauvre Chananéenne, qui aura besoin de son secours. Elle le lui demandera avec humilité, et Jésus d'abord refusera. Elle insistera avec un accent de plus grande ferveur, et Jésus lui opposera un refus plus accentué. Mais cette femme ne se décourage pas. Sa foi la rend audacieuse. Elle ne craint pas d’insister encore, et prend la réponse de Jésus sur un ton de merveilleuse confiance. Jésus est vaincu; il concède la grace demandée, et il a une

parole d’éloge senti pour la foi de la Chananéenne. Voilà donc un exemple de refus conditionnel, qui disparait devant une prière persévérante.

C’est le cas de Marie. Avec l'intuition aiguë des mères, elle lut au fond du cœur de Jésus, elle comprit que ce premier refus avait simplement pour but, de lui faire accomplir un acte de confiance. Et elle l’accomplit. Elle continue, confiante en sa prière, . non par des paroles, mais par des faits. Sans rien dire de plus, d’un regard suppliant, par son ordre aux serviteurs : « Faites tout ce qu'il vous dira, » elle prolonge l’écho des paroles : «ils n’ont plus de vin. » Et Jésus, devant cette insistance faite de foi et de charité, ne peut plus résister. Sa mère le fait changer de dessein. « Et il y avait là six urnes de pierre, préparées pour la purification juive, lesquelles contenaient chacune deux ou trois mesures. Jésus leur dit (aux serviteurs) : Emplissez-les d'eau. Et ils les remplirent jusqu'au bord. Et il leur dit: Puisez maintenant et portez au maître de table. Et ils le firent. » (Jean, 1, 6, 7, 8). Le miracle était accompli, et l’eau changée en vin.

« Et quand il eut goûté l’eau changée en vin, le maître de table — il ne savait pas d’où il venait, mais les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l’eau, — le maître de table appelle l'époux, et lui dit: tout le monde sert d’abord le meilleur vin, et puis le moins bon, quand on est déja rassasié ; mais toi tu as gardé le meilleur vin jusqu'à maintenant. » (v. 9, 10).

En réalité, ces paroles du maître de table, contenaient un joyeux compliment, qui attira l’attention des commensaux sur le vin. Tous en demeurèrent émerveillés et voulurent en connaître la provenance. Ce fut ainsi que le mystère fut dévoilé. L’enthousiasme aussitôt atteint son comble : l’obscurité, qui jusqu'alors avait entouré Jésus, était chassée, un rayon de sa gloire en avait jailli, éclatant. Ce fut alors que ses disciples formèrent le dessein de ne plus l’abandonner, et de se confier à lui pour toujours. « Et ses disciples, conclut saint Jean, crurent en Lui. » La foi avait commencé ses conquêtes, et cela par l’intercession de Marie! C'était le présage sûr de ce qui adviendrait ensuite, quand, arrivée au terme de son épreuve terrestre, Marie entrerait en pleine possession de ses fonctions de mère de l'humanité ! Depuis sa glorieuse Assomption et jusqu’à ce que l'humanité ait fini de cheminer sur terre, Marie a exercé et exercera, au ciel, en notre faveur, et avec la même efficacité, le rôle de bonté qu'elle eut pour les nouveaux époux de Cana ! Elle ne nous demande qu'une seule chose, pour que son intercession soit vraiment efficace, et c'est celle exprimée par les paroles qu’elle adressa aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Ceux qui obéissent à Jésus, ont une place privilégiée dans les bienveillances de Marie.

Il. La demeure de Marie pendant la prédication du Sauveur; on écarte les hypothèses de Capharnaüm et de Nazareth; l’argument qui nous conduit à affirmer que Marie suivait ordinairement Jésus.

« Après cela, continue saint Jean, Jésus descendit avec sa mère, et ses frères et ses disciples, à Capharnaüm, et ils y restèrent quelques jours ». (AH PAR

Ces paroles ont donné lieu à la question de la demeure de Marie pendant la vie publique du Sauveur. Certains ont pensé qu'elle demeurait à Capharnaiim dans une maison peut-être prise en location ou courtoisement prétée par des amis, et où Jésus venait souvent au retour de ses prédications. Capharnaüm fut comme le centre de l’activité de Jésus en Galilée : ce fut sa seconde patrie. Marie aurait donc abandonné définitivement Nazareth et serait venue habiter d’une façon permanente Capharnaüm, où de temps en temps elle eut reçu les visites précieuses, bien que de peu de durée, de son divin Fils. Cela peut être, mais à coup sùr cette affirmation ne sort pas logiquement des paroles sus-mentionnées de saint Jean, qui note expressement qu’en cette occasion Jésus, avec sa Mère et les autres de sa suite, ne resta que peu de jours à Capharnaüm.

Baronius, à son tour, regarde comme indubitable, que Marie, pendant la vie publique de Jésus, habita Nazareth. Voici ses paroles : « il est certain

que Marie, après la célébration des noces de Cana, retourna à sa maison de Nazareth, et y habita. Defait, ceux de Nazareth, comme le rapporte saint. Matthieu, parlaient en ces termes : N’est-il pas: (Jésus) le fils du charpentier ? sa mère ne s’appelle-telle pas Marie? et ses frères, Jacques, Joseph, Simon et Jude? Et ses sœurs ne sont-elles pas parmi nous? (1). »

Mais, comme le lecteur l'a déjà remarqué, l’argument de Baronius n’est pas concluant. Les paroles citées affirment simplement la présence à Nazareth des sœurs (cousines) de Jésus. Il n’est pas fait allusion à la demeure de sa mère. On parle même d'elle, comme d’une personne sur laquelle on ne sait pas grand chose.

Nous croyons pouvoir dire, avec les meilleurs biographes de la Vierge, que durant le ministère public de Jésus, elle fut ordinairement avec lui. Je dis : ordinairement, car, qu'elle ne l’ait point suivi avec une constance rigide et inflexible et toujours, c'est indiqué très clairement par l’évangile. Par exemple, l’évangile nous dit qu’un jour, alors que Jésus prêchait, on vint lui annoncer que sa mère

1. « Post nuptias celebratas, descendit Jesus, inquit Joannes, Capharnaum ipse et Mater ejus et fratres ejus et discipuli ejus, et ibi manserunt non multis diebus. Post hæc autem sanctissimam Deiparam rediisse Nazareth ad propria, et illic habitasse, certum est. Nam Nazaraeorum apud Matthaeum hic est sermo : Nonne hic est fabri filius : nonne mater ejus dicitur Maria et fratres ejus Jacobus, et Joseph, et Simon, et Judas : et sorores ejus apud nos sunt ? » (Matth. c. xii). — Annales ad an. 30,

‘de mon Père, qui est au cieux, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère. » (S. Mat, xt, 45-50). Saint Luc résume la réponse du Sauveur en ces termes : « Ma mère et mes frères, sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. » (Luc. vu, 21) Pas même dans cette version, Jésus n’a voulu abaisser sa mère : il a simplement voulu donner au monde une splendide leçon de zèle pour la gloire de Dieu ; ila voulu nous enseigner qu'au-dessus de l’amour de la famille, il y a l’amour de Dieu, et qu'aucun ministre du Seigneur ne doit négliger ou omettre l’œuvre du Très-Haut, pour des motifs tirés de la chair et du sang. Ces paroles de Jésus nous révèlent en lui les mêmes préoccupations que lorsqu'enfant de douze ans, il disait au temple : « Eh quoi ? ne saviez-vous pas que je dois m'occuper des choses qui appartiennent au service de mon Père ? »

Que si maintenant, à la lumière des principes «exposés ici par Jésus, nous voulonsjuger de la grandeur de Marie, nous serons à nouveau persuadés de son incomparable élévation au-dessus de tous les humains. Car qui jamais tint compte davantage qu'elle, de la parole divine : n’était-elle pas toujours à méditer les choses célestes ? Qui, plus qu'elle, eut à cœur d'accomplir la volonté de Dieu : n’eut-elle pas comme principe fondamental, dans sa vie pratique, de se considérer toujours comme la servante du Seigneur ?

Eee ee eee)

Page 1