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CHAPITRE VIII

Marie pendant la Passion de Jésus

SOMMAIRE

I. Marie ne reparaît dans la narration évangélique que sur le Calvaire, où elle eut une attitude unique. C’est sur ses douleurs, 1à,au Calvaire, que nous devonsnousrecueillir. — II. Ce que pensent les Pères et l’Eglise des souffrances de Marie. — III. Le bourreau de Marie fut l'amour singulier qui l’unissait à Jésus. — IV. Marie recoit saint Jean pour fils; se montre le type idéal de la femme forte; reste sur le Calvaire jusqu'à la déposition de Jésus de la croix; — les délicatesses de son amour accrues par ses souffrances.

I. Marie ne reparaît dans la narration évangélique que sur le Calvaire, où elle eut une attitude unique. C'est sur ses douleurs, là, au Calvaire, que nous devons nous recueillir.

Après les allusions à Marie que nous venons de rappeler, allusions lointaines et indirectes, l'Evangile ne s'occupe plus d’elle, jusqu’au jour où il nous la montre au pied de la croix, assistant à l’atroce supplice de son divin Fils. Il y a des moments de la vie publique de Jésus, où d'instinct nous voudrions voir Marie à ses côtés, participant à ses effusions intimes, spectatrice heureuse de ses triomphes. Mais, désagréable désillusion ! nous ne l’y voyons

«de mon Père, qui est au cieux, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère. » (S. Mat. xt, 45-50). Saint Luc résume la réponse du Sauveur en ces termes : « Ma mère et mes frères, sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. » (Luc. vi, 21) Pas même dans cette version, Jésus n’a voulu abaisser sa mère : il a simplement voulu donner au monde une splendide leçon de zèle pour la gloire de Dieu ; ila voulu nous enseigner qu’au-dessus de l’amour de la famille, il y a l'amour de Dieu, et qu'aucun ministre du Seigneur ne doit négliger ou omettre l’œuvre du Très-Haut, pour des motifs tirés de la chair et du sang. Ces paroles de Jésus nous révèlent en lui les mêmes préoccupations que lorsqu’enfant de douze ans, il disait au temple : « Eh quoi ? ne saviez-vous pas que je dois m'occuper des choses qui appartiennent au service de mon Père ? »

Que si maintenant, à la lumière des principes exposés ici par Jésus, nous voulonsjuger de la grandeur de Marie, nous serons à nouveau persuadés de son incomparable élévation au-dessus de tous les humains. Car qui jamais tint compte davantage qu'elle, de la parole divine : n’était-elle pas toujours à méditer les choses célestes ? Qui, plus qu'elle, eut à cœur d'accomplir la volonté de Dieu : n’eut-elle pas comme principe fondamental, dans sa vie pratique, de se considérer toujours comme la servante du Seigneur ?

CIIAPITRE VIII

Marie pendant la Passion de Jésus

SOMMAIRE

I. Marie ne reparaît dans la narration évangélique que sur le Calvaire, où elle eut une attitude unique. C’est sur ses douleurs, là, au Calvaire, que nous devonsnousrecueillir. — II. Ce que pensent les Pères et l'Eglise des souffrances de Marie. — III. Le bourreau de Marie fut l’amour singulier qui l’unissait à Jésus. — IV. Marie reçoit saint

Jean pour fils; se montre le type idéal de la femme forte; reste sur le Calvaire jusqu'à la déposition de Jésus de la croix; — les délicatesses de son amour accrues par ses souffrances.

I. Marie ne reparaît dans la narration évangélique que sur le Calvaire, où elle eut une attitude unique. C’est sur ses douleurs, là, au Calvaire, que nous devons nous recueillir.

Après les allusions à Marie que nous venons de rappeler, allusions lointaines et indirectes, l'Evangile ne s’occupe plus d’elle, jusqu’au jour où il nous la montre au pied de la croix, assistant à l’atroce supplice de son divin Fils. Il y a des moments de la vie publique de Jésus, où d’instinct nous voudrions voir Marie à ses côtés, participant à ses effusions intimes, spectatrice heureuse de ses triomphes. Mais, désagréable désillusion ! nous ne l’y voyons

pas, ou bien parce que réellement elle n’y fut point, ou bien parce que les évangélistes ont omis de nous rappeler sa présence. Ainsi nous ne trouvons pas Marie présente à la glorieuse transfiguration de Jésus ; à son entrée triomphante à Jérusalem; à l'institution de l’eucharistie, au cénacle ; nous ignorons le moment où elle fut avertie formellement que Jésus devait, en fin de compte, étre victime de ses ennemis. Il est hors de doute que Marie se trouvait à Jérusalem, dans les derniers jours de Jésus. Mais où habitait-elle en ces jours d’angoisse ; quelles nouvelles précises recut-elle aux premiers moments du grand drame de la Passion, on n’en sait rien ! Tous ces détails ont toujours suscité un très vif sentiment de sainte curiosité, et sur eux, on a écrit, on écrit et l’on continue toujours d’écrire beaucoup de choses admirables par le charme qu’elles exercent sur tout esprit libre de préoccupations critiques. Pour nous dire ce que les évangiles ont tu, on met surtout à contribution des révélations privées, faites, dit-on, par Dieu à des personnes très saintes. Quant à nous, nous ne pouvons entrer dans ces voies qu'ombrage, que rend charmantes toute une floraison luxuriante de détails, fruits d’un sentiment imaginatif très ardent. Fidèles à notre programme de ne dire que ce qui est incontestable, nous sommes obligés d’omettre tous ces récits détaillés qui ne s'appuient point sur l'Evangile. Non certes par mépris des révélations privées : loin de nous un tel sentiment. D'autre part, nous ne saurions oublier

ce principe indiscutable que ces révélations, bien que proposées par des personnes très saintes, ne peuvent jamais entrer comme élément dans une solide construction théologique. Ce n’est pas aux individus mais à l'Eglise que nous devons demander la foi, car seule elle en est la dépositaire infaillible. Et ainsi, même dans le cas présent, bien que l'Evangile ne satisfasse point mais pique seulement notre curiosité, il sera toujours prudent de s’en tenir à sa sobriété, voulue d’ailleurs par Dieu, auteur principal des livres inspirés. Or, l'Evangile, après avoir pendant tant de temps gardé le silence sur Marie, nous la présente tout d’un coup sur le Calvaire aux côtés de Jésus. « Auprès de la Croix de Jésus se tenaient debout, sa Mère, et la sceur de sa Mère, Marie Cléophas et Marie de Magdala. Stabant autem juxla crucem Jesu Mater ejus, et soror Matris ejus, Maria Cleophæ et Maria Magdalene ». (Jean x1ix, 25).

Marie n'était pas seule au pied de la Croix. Tout près d’elle était un groupe d'autres femmes, animées d’une foi indomptable en Jésus. Mais le rôle de Marie en ce moment solennel était tout différent de celui des autres femmes. La présence matérielle des autres femmes ne suffisait point, même de très loin, à créer entre elles et Jésus cette relation particulière qui unissait alors la Mère au Fils. La figure de Marie sur le Calvaire se profile grandiose, souveraine, unique par son attitude. Dans ce drame qui a ému tout l’univers, Jésus et Marie sont les deux

perça votre âme, et il vous fut plus amer que les souffrances de tous les martyrs dans leur corps. Car tout ce que les martyrs souffraient de plus cruel en leur corps fut chose légère, ou pour mieux dire nulle en comparaison de votre passion, laquelle par son immensité, déchire toute votre âme et les plus intimes affections de votre cœur très doux. Et à coup sùrje ne croirais pas, o très pieuse Vierge, que vous ayez pu supporter sans perdre la vie, tous ces cruels tourments, si l’esprit de vie, l’esprit de consolation, l’esprit de votre très doux Fils, par la mort duquel vous étiez torturée, ne vous eut intimement instruite qu’en ce moment ce n’était point la mort qui remportait une victoire sur lui, mais bien au contraire Lui qui triomphait en s’assujétissant toute chose » (1).

Le bienheureux Amédée, évêque de Lausanne, dit que Marie souffrit plus que ne peut souffrir toute autre femme, plus que ne peut souffrir un homme au tempérament très vigoureux, plus que ne peut

1. « Vere pertransivit animam tuam gladius doloris, qui tibi amarior doloribus cujusvis corporee passionis. Quidquid enim crudelitatis, inflictum est corporibus martyrum, leve fuit, aut potius nihil comparatione tue passionis : que nimirum sua immensilate transfixit cuncta penetralia tua, tuique benegnissima cordis intima. Et utique, pia Domina, non crediderim te potuisse nullo pacto stimulo tanti cruciatus, quin vitam ammitteres, sustinere nisi ipse spiritus vite, spiritus consolationis, spiritus scil. dulcissimi Filii tui, pro quo moriente torquebaris, te intus doceret, non esse mortem eum absumentem sed magis triumphum omnia ei subjicientem, quod in ipso fieri, coram moribundo videbas. » (De excell. Virg. cap. vu)

souffrir naturellement l'humanité. Vicit (paliendo) sexum, vicil hominem, el passa est ullra humanitatem (De laud. Virg., hom. 5).

L'Eglise, dans la liturgie, compare la grandeur des douleurs de Marie à l’immensité de la mer dont l'oeil humain ne peut apercevoir en même temps les rives opposées ; en outre elle met sur les lèvres de Marie ces paroles : O vos omnes qui lransilis per viam, aspicile el videle, si est dolor sicùl dolor meus. Dans la pensée de l’Eglise, les douleurs de Marie sont au-dessus de tout terme de comparaison, et c'est pourquoi elle lui donne le titre de Reine des martyrs, Regina marlyrum.

III. Le bourreau de Marie fut l'amour singulier qui l’unissait à Jésus.

Qu'on ne croie point ici à de l’exagération. Non, le langage des Pères de l'Eglise, tout tragique et grandiloquent qu'il paraisse, n’est en réalité que l'interprétation obvie des paroles de l'Evangile « Debout au pied de la croix de Jésus, se tenait Marie sa mère, etc. »

Le bourreau implacable de Marie, qui sur le Calvaire intensifiait ses douleurs, en un degré pour nous incompréhensible, fut précisément cet amour sans pareil qu’elle portait à Jésus, dont elle voyait les indicibles tourments. Toute mère non dénaturée doit souffrir devant les tortures de ses enfants. Les liens qui unissent mère et fils sont si étroits que la

perça votre âme, et il vous fut plus amer que les souffrances de tous les martyrs dans leur corps. Car tout ce que les martyrs souffraient de plus cruel en leur corps fut chose légère, ou pour mieux dire nulle en comparaison de votre passion, laquelle par son immensité, déchira toute votre âme et les plus intimes affections de votre cœur très doux. Et à coup sùrje ne croirais pas, o très pieuse Vierge, que vous ayez pu supporter sans perdre la vie, tous ces cruels tourments, si l’esprit de vie, l’esprit de consolation, l’esprit de votre très doux Fils, par la mort duquel vous étiez torturée, ne vous eut intimement instruite qu’en ce moment ce n’était point la mort qui remportait une victoire sur lui, mais bien au contraire Lui qui triomphait en s’assujétissant toute chose » (1).

Le bienheureux Amédée, évêque de Lausanne, dit que Marie souffrit plus que ne peut souffrir toute autre femme, plus que ne peut souffrir un homme au tempérament très vigoureux, plus que ne peut

1. « Vere pertransivit animam tuam gladius doloris, qui tibi amarior doloribus cujusvis corporee passionis. Quidquid enim crudelitatis, inflictum est corporibus martyrum, leve fuit, aut potius nihil comparatione tua passionis : que nimirum sua immensilate transfixit cuncta penetralia tua, tuique benegnissima cordis intima. Et utique, pia Domina, non crediderim te potuisse nullo pacto stimulo tanti cruciatus, quin vitam ammitteres, sustinere nisi ipse spiritus vite, spiritus consolationis, spiritus scil. dulcissimi Filii tui, pro quo moriente torquebaris, te intus doceret, non esse mortem eum absumentem sed magis triumphum omnia ei subjicientem, quod in ipso fieri, coram moribundo videbas. » (De excell. Virg. cap. vu)

souffrir naturellement l'humanité. Vicil (paliendo) sexum, vicil hominem, el passa est ultra humanilalem (De laud. Virg., hom. 5).

L'Eglise, dans la liturgie, compare la grandeur des douleurs de Marie à l’immensité de la mer dont l’ceil humain ne peut apercevoir en même temps les rives opposées ; en outre elle met sur les lèvres de Marie ces paroles : O vos omnes qui lransilis per viam, aspicile el videte, si est dolor sicùl dolor meus. Dans la pensée de l’Eglise, les douleurs de Marie sont au-dessus de tout terme de comparaison, et c’est pourquoi elle lui donne le titre de Reine des martyrs, Regina marlyrum.

III. Le bourreau de Marie fut l'amour singulier qui l’unissait à Jésus.

Qu'on ne croie point ici à de l’exagération. Non, le langage des Pères de l'Eglise, tout tragique et grandiloquent qu'il paraisse, n’est en réalité que l'interprétation obvie des paroles de l'Evangile « Debout au pied de la croix de Jésus, se tenait Marie sa mère, etc. »

Le bourreau implacable de Marie, qui sur le Calvaire intensifiait ses douleurs, en un degré pour nous incompréhensible, fut précisément cet amour sans pareil qu'elle portait à Jésus, dont elle voyait les indicibles tourments. Toute mère non dénaturée doit souffrir devant les tortures de ses enfants. Les liens qui unissent mère et fils sont si étroits que la

mère considère comme personnel ce qui arrive à son fils. Les joies des fils sont les joies des mères, comme aussi et surtout les douleurs des fils sont les douleurs de leur mère. Le cœur d’une mère a une vertu particulière pour recevoir toutes les peines qui blessent le cœur des fils ; c’est toujours l’âme de la mère qui est le réservoir des larmes du fils. Si cela est vrai, il est vrai aussi qu'aucune mère ne ressentit les douleurs de son fils avec autant de plénitude, que Marie ressentit les douleurs de Jésus. La raison en est qu'aucune femme n’a pu ou ne pourra jamais aimer ses enfants autant que Marie aimait son divin Fils. Oh ! l'amour de Marie pour Jésus ! Qui pourra jamais, même de loin, le comprendre? Voilà: dans son cœur se mélaient divers amours pour Jésus, et de leur mélange résultait un amour dont aucune autre créature angélique ou humaine ne saurait être capable. Il suffit de dire que dans son cœur virginal brùlaient pour Jésus l'amour maternel et l'amour paternel. Amoren, dit Eadmer, quem pater el maler singuli debent filio suo debel hoc felicissima malrum sola Filio suo (l.c., cap. iv). En Jésus, Marie aimait non seulement le plus aimable des fils, mais encore le Dieu suprême qui est la bonté méme. Elle aimait Dieu dans le Fils, et le Fils en Dieu. L’amour naturel et l'amour surnaturelavaient uni indissolublement leur flamme. De cette union jaillissait de Marie vers Jésus l'amour à la fois le plus délicat et le plus fort, le plus juste et le plus sacré, le plus naturel et le

plus surnaturel, le plus absolu et le plus merveilleux (1).

Or, cette mère, à l'amour si ardent, était présente à la mort de son Fils. Peut-être n’était-elle pas présente à l’agonie de son Fils au jardin; peut-étre ne l’avait-elle pas vu emmené, lié comme un malfaiteur, à travers les rues de Jérusalem; peut-étre n’avait-elle pas assisté à la flagellation, au couronnement d’épines. Mais tout ceci ne pouvait en rien diminuer sa peine, car elle était présente quand les douleurs de Jésus atteignaient leur sommet, quand il était tout couvert de sang, quand ses chairs meurtries, sa tête tuméfiée, disaient trop éloquemment hélas ! ses précédentes tortures. Qu'on y songe... Marie vit Jésus dépouillé de ses vêtements, ce qui renouvela toutes les douleurs de la fiagellation ; elle vit Jésus étendu sur le bois de la croix, alors qu’il était couché par terre ; elle sentit les coups pressés, distincts, qui enfoncaient les clous dans les mains et les pieds de Jésus ; elle vit la croix soulevée en l’air, elle la vit retomber lourdement dans le trou préparé ; elle vit les contorsions atroces des membres de Jésus ; trois heures durant, elle se tint aux côtés de son Fils, et elle voyait ses mains et ses pieds se déchirer toujours davantage, parce que le poids du corps en élargissait les blessures |

N’est-il pas vrai que tout cela est horrible, et

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