‹ Marie dans le dogme catholiqueChapitre 45 sur 92 · Cfr. Lémann, La V. M., t. 1, p. wr, cu · texte numérisé non relu

Cfr. Lémann, La V. M., t. 1, p. wr, cu

l'amour maternel de Marie faisait que toutes ces douleurs de Jésus retentissaient dans l’âme de sa Mère. Ce que Jésus souffrait dans son corps, Marie le souffrait dans son esprit : Quod in carne Christ, dit saint Bernard, agebant clavi, in Virginis mente affectus erga filium (1). Dans le cœur de Marie se répercutaient, en écho fidèle, toutes les souffrances du Fils. Nullum iclum, écrit Arnaud de Chartres, recipiebal Christi corpus, cui non tristis echo responderet in corde Matris. Le coeur de Marie, redit-il en employant une autre image, était devenu le miroir très limpide où se réflétaient nettement les douleurs de Jésus. Speculum passionis cor Virginis effectum est. (cité par Ventura). Marie en contemplant Jésus, se sentait pleine d’angoisses ; Jésus en voyant souffrir sa mère, sentait croître ses propres douleurs : et ainsi dans leur douleur il y avait comme un échange, comme un accroissement réciproque épouvantable. C'était comme un torrent qui allait de Jésus à Marie et de Marie à Jésus, et qui continuellement grossissait dans son cours. C’est la pensée de saint Bernard qui écrit: « Tantus erat impetus passionis, ut Christo impleto, in Matrem conflueret patientem : qua similiter impleta, in Filium iterum redundaret ! © ineffabilis reciprocatio ! O dolor inexplicabilis ! »

L’histoire rappelle d’autres douleurs intenses, douleurs de parents angoissés à cause de leur fils : Abraham, Agar, la mère des Macchabées et cent

i. Cité par Ventura, La Mère de Dieu, p. 11, C. VII.

autres. Mais personne ne put souffrir comme Marie, parce que personne n’a aimé comme elle, et que personne n’a souffert comme son Fils. Il fut l'homme de douleur, elle fut l’affligée par excellence. Quanlo enim incomparabiliter amavit, écrit Richard de saint Victor, tanto vehementius doluit. Unde sicut non fuit amor sicul amor ejus, ita nec fuit dolor similis dolori ejus (1). Et ce qui assombrissait la douleur de Marie, c'est qu’elle ne pouvait rien faire pour Jésus. Une mère... quelle mère!... Marie... qui ne peut secourir son fils plongé dans un océan de douleurs!

IV. Marie reçoit saint Jean pour fils ; se montre le type idéal de la femme forte ; reste sur le Calvaire jusqu’à la déposition de Jésus de la croix ; — les délicatesses de son amour accrues par ses souffrances.

Jésus toutefois chercha de son còté à réconforter sa mère. Il la recommanda aux bons soins de son disciple bien-aimé, à Jean l’Evangéliste, et il recommanda celui-ci à Marie. Il établit entre eux le lien de mère à fils, symbole, comme nous l’avons vu, des relations qui unissent Marie à tous les hommes. « Jésus voyant sa mère et le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : Femme, voici lon fils. Puis il dit au disciple: Voici la mère. » Quelques-uns ont voulu voir dans ces paroles de Jésus un nouvel élément de douleur pour Marie. Ils ont pensé que Marie dut se sentir offensée à s'entendre appeler Femme, et

Page 1