SCÈNE PREMIÈRE
RAVESTAIN , TRISTAN.
TRISTAN
Croyez moi Ravestain : aux passions , votre âge S'abandonne souvent ; alors qu'un ami sage. Indulgent sans faiblesse , est un bien précieux ! Votre âme m'est connue , et je lis dans vos yeux : Veuillez vous confier a mon expérience ; Vos biens , votre valeur , votre haute naissance , Pourraient vous élever au plus illustre emploi : Vous brilleriez, seigneur , a la cour de mon roi ; 11 aime a protéger les vertus, le courage; Au mérite modeste il aime a rendre hommage.
RAVESTAIN.
Les honneurs, Fopulence, et les faveurs d'un roi. Peuvent flatter les vœux de tout autre que moi; Satisfait de mon sort, je borne mon envie A servir la princesse , a chérir la patrie.
TRISTAN
J'admire d'un grand cœur la noble passion !...• Mais craignez le pouvoir de quelque faction : A Gand, où vous traînez une existence obscure, Qui peut apprécier ces dons de la nature ? Qui peut, de vos exploits, reconnaître les fruits? Qui peut, de votre sang, payer le digne prix ? Lorsque vous le versez dans les champs de la gloire, On vous voit couronne' des mains de la victoire , Mais non par ces ingrats, d'un triomphe envieux !
RAVESTAIN.
Défendre sa patrie est assez glorieux !
TRISTAN
Oui, quand cette patrie, a ses héros fidèle. Sait décorer leurs fronts d^une palme immortelle; Lorsque ses citoyens, dans les combats, vainqueurs Joignent le don des arts a de brillantes mœurs ; Lorsque grands dans la paix, terribles dans la guerre, Ils savent tour-h-tour combattre , aimer et plaire , Et rendent au mérite un hommage éclatant ! Comte , reconnaissez , a ce tableau brillant , Ce pays enchanteur, cette célèbre France, A qui vous méritiez de devoir la naissance.
RAVESTAIN.
J'entends avec transport exalter son pays Même par un prévôt de la cour de Louis !....