ACTE lï , SCENE I
TRISTAN
Voulez-vous que , sans fard, avec vous je m'explique ? Il est , je Pavoûrai , des vertus en Belgique , Qui , pour d'autres que moi , se cachent trop aux yeux. Vous conservez encor les mœurs de vos ayeux , Ces mœurs n'ont-elles pas un aspect trop sauvage ? Des Belges, en tous lieux , on vante le courage, Quoique trop de prudence enchaîne vos élans ; Je sais que vous aimez les beaux- arts, les talens , Maigre' les pre'juge's qui blâment leur culture; Vous vous montrez^ seigneur , trop près de la nature. De la de'votion le dehors affecté , N'a-l-il jamais surpris votre simplicité ?
RAVESTAiN, avec ironie.
Les Belges aux Français doivent rendre les armes : La Belgique, pour vous^, doit avoir peu de charmes , Qu'offre-t-elle en eifet d'éclatant a vos yeux ? Rarement l'échafaud est dressé dans ces lieux ; Mais des tombeaux français élevés a nos haines Les voix vous rediront quel sang coule en nos veines^ Trop prompte a s'égarer , votre incrédulité Prête le ridicule a noire piété ; Mais du Belge voit-on les princes hypocrites, Teints du sang des sujets ^ consulter des hermites ? Et d'un art qui, dit-on , peut prolonger nos jours, Invoquer, en trem^blant, les mensongers secours? Le Belge , je le sais , dédaigne l'art de plaire , Dans ses affections en est-il moins sincère ?
Si tous les malheureux ont droit a sa pitié ,
11 ne prodigue pas sa banale amitié' ;
Constant dans ses me'pris, autant qu'en son estime,
Il ne pressa jamais la main que souille un crime !
Vos guerriers, dites-vous, sont accables d'honneurs ?
Ce n'est qu'a leurs ayeux qu'ils doivent ces faveurs.
L^utile citoyen , d'une obscure naissance ,
S'il défend bien l'e'tat, l'e'tat le re'compense;
Tout noble ou ple'béien , s'il a quelque vertu ,
Peut commander , mais non sans avoir combattu.
Je suis noble, seigneur; a ce vain avantage
Je ne veux pas devoir le plus le'ger hommage ,
Et le jour du combat, je suis plus glorieux
D'un seul laurieï" cueilli-que de tous mes ayeux !...•
Notre sol au malheur offre un abri tranquille.
Tout proscrit, quel qu'il soit, ici trouve un asyle,
Et si vous connaissez un jour l'adversité.
Invoquez franchement notre hospitalité.
Malheur aux étrangers 3ont les viles intrigues >
De nos divers partis encouragent les brigues !
Le peuple, en ses fureurs, ne les épargne pas;
Il se venge souvent par un affreux trépas.
Naguères Olivier n'a conservé la vie ^
Qu'en fuyant vers la France , avec ignominie.
Mais plus d'un belge , même en servant son pays , N'a-t-il pas succombé sous les coups des partis ? Comte, pensez vous donc que votre souveraine. Pour vous^ des factions, voulut braver la haine, Si vous étiez en butte a leurs cris menacans ?