‹ Marie de bourgogne, tragédie en cinq actesChapitre 3 sur 62 · ACTE I , SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE

Ils ont su m'arracher un privilège antique j

Qui donne a des sujets un pouvoir despotique ;

Ils font valoir des droits par mon père abrogés ,

Et d'autres droits nouveaux qu^ils se sont arrogés.

De nombreux députés à ma voix s'assemblèrent ,

Et sans me consulter , ces états délibèrent ;

Par mon ordre appelés , ils régnent a mes yeux !....

De leur rébellion Pexemple dangereux,

De mes sujets séduits redouble Finsolence ;

Ils ont osé créer un conseil de régence ;

De fléchir sous sa loi je dévore Paffront ;

Sous le bandeau royal , je sens rougir mon front ;

Je suis de ce conseil l'esclave couronnée !

LA DOUAIRIÈRE

A ce sort rigoureux , je sens , qu'abandonnée ,

Vous ne formez des vœux que pour la liberté :

Je sens trop ce que doit souffrir votre fierté ;

Mais vos douces vertus , votre persévérance ,

Les maux qui , malgré moi , frappèrent votre enfance ,

Du peuple détrompé ramèneront Pamour :

Les rois ne se font pas adorer en un jour

Espérons tout du tems ! celui que la nature

Ici bas a fait naître en une classe obscure ,

Grâce a quelques vertus est toujours estimé;

Mais un prince , ma fille !.... ah ! s'il veut être aimé ,

Que de soins il doit prendre !.... heureux s'il s'en rend digne.

Pour nous Pamour du peuple est un bonheur insigne

Qu'on ne commande point ; qu'il nous faut mériter ,

Et que souvent , bien cher, on nous fait acheter !....

6 MAKIE DE BOURGOGNE.

J'espère qu'k vos droits , Louis rendant hommage , Viendra vous délivrer d'un indigne esclavage : En lui vous trouverez un puissant protecteur; Déjà même j'apprends que son ambassadeur Vient....

MARIE

Non ! sa politique, adroite , astucieuse , Trahit depuis longtems son ame ambitieuse : Les droits des opprimés , ne sont rien a ses yeux 5 C'est un crime pour lui que d'être malheureux. N'a-t-ilpas envahi mon sanglant héritage ? C'est ainsi que Louis a mes droits rend hommage l En m'ôtant la Bourgogne il m'a trop fait prévoir Qu'il veut m'assujettir a son affreux pouvoir : Contre moi des états excitant l'insolence , Et des patriciens réveillant l'arrogance , Diviser pour régner , c'est Ik tout son secret î

LA DOUAIRIÈRE

D'où vient votre terreur ?... Je le vois a regret , Vous semblez vous complaire en de vaines alarmes : Eh! comptez-vous pour rien le pouvoir de vos charmes? Comment y résister ? Seule, Tignorez vous ? Je lis dans l'avenir : quelque vaillant époux , Un jour

MARIE

Votre amitié , madame , vous abuse ; Les états , ajoutant la contrainte a la ruse , Prétendent, a leur gré , disposer de ma main : Déjà du duc de Gneldre , on connaît le destin ;

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