‹ Marie de ManciniChapitre 5 sur 13 · M AME DE MAIN GIN I · texte numérisé non relu

M AME DE MAIN GIN I

de la nécessité de se séparer de mademoiselle de Mancini pendant ces solennités, où l'étiquette reprenait tous ses droits, It ne comprenait plus d'heureux moments sans elle. Cependant il fallut céder à ces lois impérieuses, et laisser mademoiselle de Mancini, celle à qui il croyait devoir la vie, reprendre modestement sa place parmi les filles d'honneur de la reine. ' Mais ce sacrifice fait aux convenances fut un nouveau triomphe pour Marie. Les courtisans ne pouvaient manquer une si belle occasion de plaire au souverain; et mademoiselle de Mancini sévit tout à coup entourée et suivie par tout ce que la cour avait de plus considérable : les plus adroits allaient jusqu'à quitter la place que leur emploi leur assignait auprès du roi, pour se rapprocher d'elle, certains que cette foute leur vaudrait quelque faveur. Marie avait trop d'esprit pour se méprendre sur ces marques d'intérêt ; elle en savait le vil motif, mais elles étaient la preuve de l'amour qu'elle inspirait, ei cela leur donnait un grand prix à ses yeux.

De toutes les solennités de cette grande fête, celle qui frappa le plus l'imagination de Marie, ce fut la cérémonie du toucher des malades. On en avait réuni un assez grand nombre dans la galerie du Louvre, et la confiance de ces malheureux dans l'apposition des mains du roi de France, cette foi pieuse dans ces mots sacramentels, prononcés par l'archevêque de Pans : Le roi te touche, Diex^te guérira ! jetaient Là me de Marie dans une sainte extase; elle pensait que celui dont un seul regard pouvait lui ôter ou lui rendre la vie devait avoir ia même puissance sur tous ceux qui soutiraient. Sa beauté, sa .jeunesse, son regard inspiré,

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donnaient au roi l'air d'un ange. Marie trouvait tout simple qu'il fit des miracles. 11 est si naturel de croire un pouvoir divin k ce qu'on aime.

C'est un préjugé dès longtemps établi que de regarder ce qu'on appelle le grand monde comme l'ennemi de l'amour, et pourtant il lui rend parfois d'importants services. L'on pourrait citer à l'appui de cette assertion les passions violentes et prolongées que Louis XIV a éprouvées et inspirées, entouré d'une cour nombreuse, imposante, et soumis à toutes les exigences de l'étiquette la plus sévère. Combien ces sacrifices faits aux lois despotiques de l'usage ajoutent de prix au plaisir de l'intimité. Avec quelle joie on se retrouve auprès de ceux qu'on aime, après ces corvées du grand monde I C'est comme le retour d'une croisade ; car, pour les rois surtout, se monter, c'est combattre ; et c'est un doux moment pour eux que celui où ils déposent leur armure.

Mais les amants, en général fort mal éclairés sur leurs vrais intérêts, maudissent tout ce qui les sépare, même momentanément. Aussi, Louis XIV, ayant satisfait à tous ses devoirs de roi pendant les fêtes sa convalescence, s'empressa-t-il d'aller à Fointainebleau pour y respirer le grand air, et plus encore pour y recommencer la vie intime qui lui offrait les moyens de voir à chaque instant Marie.

L'anniversaire de la naissance du roi, cette véritable

fête de mademoiselle de Mancini, fut salué par la nouvelle de deux conquêtes : la prise de Menin et celle de Gravelines. Le cardinal Mazarin avait expédié un courrier à sa nièce, quelques moments avant le départ du chevalier de Glerville , dépêché par le maréchal de Turenne , pour porter à Leurs Majestés les détails de ces deux glorieuses affaires, et Marie eut le bonheur d'en parler la première au roi. 11 en montra une joie délirante ; la gloire, l'amour, la reconnaissance se réunissaient pour exalter son âme, et Marie eut bien de la peine à lui faire entendre qu'il fallait paraître ignorer la prise de Gravelines pour ne pas ravir à l'envoyé du maréchal de Turenne l'honneur de lui en apporter la première nouvelle.

— Toujours dissimuler, répétait le roi en soupirant. Encore si c'était une joie qui en valût la peine. Mais quoi déplus simple que d'être instruit par vous de ce qui m'intéresse le plus?

— Sans doute, reprit Marie, puisque mon oncle ne me demande pas le secret de cette grande nouvelle. Mais, croyez-moi, sire, il vaut mieux en remercier tout haut M. de Clerville et laisser croire à la reine que vous l'apprenez en même temps qu'elle. Surtout, n'oubliez pas d'être surpris et transporté de joie comme vous l'étiez tout à l'heure.

— Vous verrez que la peur d'être froid en l'écoutant va me faire tomber dans des exagérations ridicules.

— Eh bien, je ne serai pas fâchée de vous voir un moment' à votre désavantage, il y a si peu de chances pour cela.

En cet instant on annonça au roi l'arrivée de M. de Clerville. La reine, déjà prévenue par la dame d'hon-

neur de l'entrée d'an courrier de l'armée dans les cours du château, fit prier le roi de donner audience à

Clerville chez elle ; et Marie s'amusa comme un enfant des démonstrations de joie inattendue que Louis XIV multiplia d'autant plus qu'il la voyait rire de cette comédie. Les personnes condamnées aux ennuis de la représentation sont si heureuses d'y pouvoir associer quelques souvenirs tendres, quelques mystères d'intimité! Il est si rare de pouvoir se consoler de ce qu'on fait par ce qu'on pense.

Mais ces jours d'un bonheur pur et calme étaient, pour ainsi dire, trop étrangers au climat de la cour pour y durer. L'intrigue et la passion, ces deux puissants ennemis du plaisir, devaient bientôt ramener mademoiselle de Mancini à tous les tourments dont elle se croyait à l'abri depuis que la reine avait imploré son amour. Les princes sont si souvent ingiats par nécessité, qu'ils le deviennent par nature. Leur intérêt, souvent lié à celui de l'État, leur permet d'être égoïstes sans pudeur. C'est toujours au nom du bien public qu'ils agissent. Dans leur langage royal, leur ambition s'appelle la gloire nationale ; et leur ingratitude, des sacrifices de cœur. Comment auraient-ils la honte de sentiments parés de si beaux noivi.-?

La reine, parfaitement rassurée sur la vie de son fils, oublia bientôt qu'elle la devait à l'amour, aux soins de Marie; et ses idées ambitieuses reprirent leur cours habituel. Elle avait proûté de l'absence du cardinal Mazarin pour engager l'ambassadeur de la duchesse de Savoie à venir réclamer la promesse qui lui avait été

d'une entrevue prochaine entre le roi de France et la princesse Marguerite.

Toute la cour était réunie chez la reine, lorsque le comte de Brulon introduisit l'ambassadeur de Savoie auprès de Leurs Majestés. Sa mission n'était un mystère pour personne, et tous les regards se portèrent aussitôt sur mademoiselle de Mancini. Elle les soutint sans audace et sans honte; et, fixant les siens sur la reine, elle jouit un moment de l'embarras que ce regard d'indignation lui causait, malgré ses soins à l'éviter; car, Anne d'Autriche, élève du cardinal Mazarin dans l'art de la dissimulation, souffrait de se sentir devinée et jugée par la personne qu'elle redoutait le plus.

Cette audience, où il ne fut point question du véritable motif qui amenait l'ambassadeur de Savoie à Fontainebleau, jeta la tristesse dans l'âme de Marie ; mais la nécessité de faire bonne contenance devant ses ennemis maintint son courage, et l'empêcha de chercher dans les yeux du roi une expression qui pût la rassurer.

L'audience terminée, elle n'attendit pas que son frère le colonel de Mancini et le duc de Créqui , tous deux envoyés à Londres pour y remettre au Protecteur la capitulation de Dunkerque, eussent fini de rendre compte au roi de leur mission, et elle sortit furtivement du salon de la reine par la porte qui conduit aux petits appartements.

Il est des situations où la parole n'est d'aucun se cours. Témoigner ses craintes, c'est quelquefois les changer en certitudes pénibles; réclamer un sacrifice, c'est se prouver à soi-même qu'on n'y a pas assez de droit : le plus sage est donc d'attendre en silence : c'est ce que fit Marie.

Elle traversait pensive les immenses galeries du château de Fontainebleau, lorsqu'elle s'arrêta tout à coup à l'embrasure d'une fenêtre de la galerie des Cerfs; ses regards terrifiés semblaient fixés sur des traces de sang dont les soins des valets n'avaient pu effacer l'empreinte. A cette vue, le souvenir du meurtre de 1*6cuyer Monakleschi fit tressaillir Marie.

— C'est donc là, pensa-t-elle , qu'une femme trahie s'est vengée! c'est là que l'orgueil et la rage, succédant à l'amour, ont frappé sans pitié le coupable! c'est là qu'une femme dont on vante la sagesse, le courage, qu'une reine a lâchement immolé un misérable à son ressentiment, et ce crime abominable, la trahison d'un favori suffit pour en rendre une femme capable 1 Si un amour éteint, indigne, impur, peut porter une âme fière à tant de férocité , à quel excès de démence doit atteindre celleque l'abandon frappe au milieu du bonheur ?.. .

Alors les idées sinistres qui s'emparèrent de l'imagination de Marie la jetèrent dans une sorte de stupeur dont elle sortit brusquement en s'entendaat appeler.

— Marie! Marie! que faites-vous là? dit une voix qui fit battre son cœur. La reine vous demande. Un courrier de votre oncle nous annonce qu'il sera ici dans une heure, et nous voulons aller à sa rencontre. C'est assez d'avoir consacré cette matinée aux devoirs de la cour, il faut donner le reste de la journée au plaisir. On dansera ce soir, dans cette galerie, ajouta le roi en se tournant vers son maître des cérémonies.

— Un bal... ici! dit Marie, ne pouvant arracher ses yeux de Ja place sanglante , et la montrant du doigt : Danser sur ces traces de...

— Paix ! dit tout bas le roi à Marie.

Pais , rétractant l'ordre, il dit qu'on prendrait ceux de la reine pour disposer la fête.

Pendant ce temps, Marie, fixée comme par une puissance surnaturelle à cette place teinte du sang d'un meurtre, semblait insensible même à la voix qu'elle adorait. Le roi, inquiet de la voir ainsi absorbée , lui dit à voix basse :

— Il faut absolument que je vous parle.

Ces mots réveillèrent Marie de sa rêverie funèbre. Elle se tourna vers le roi, comme pour se convaincre que c'était bien lui qui voulait lui parler. Mais comment écouter devant tant de témoins le mot qui peut vous anéantir ou vous transporter de joie.

— C'est impossible, répond Marie en montrant la foule qui venait se joindre à la suite du roi.

— Ce soir, pendant le bal , sur la terrasse des Orangers.

— La reine vous y suivra, sire.

— Eh bien , après le coucher de la reine, dans son salon.

— J'y serai... Mais vous savez que la comtesse de Fleix y reste jusqu'à. ..

— Quel supplice! interrompit le roi. N'importe... il le faut. La reine et la duchesse de Savoie attendent ma réponse ; il faut que vous la dictiez.

En disant ces mots d'un ton d'autorité, le roi sortit pour se rendre dans la grande cour où la reine se disposait à monter en calèche. L'on fut obligé de répéter deux fois à Marie que ses sœurs l'attendaient pour aller recevoir le cardinal , leur oncle , à l'entrée de la forêt.

Avant même d'avoir embrassé sa nièce, le cardinal avait deviné qu'il était survenu quelque événement dont l'amour de Marie s'alarmait; car la présentation de l'ambassadeur de Savoie ayant eu lieu la veille, le ministre n'avait pu encore lire le rapport qui lui était adressé chaque nuit des moindres choses qui se passaint à la cour dans la journée. L'empressement, la joie de le revoir, que lui témoigna la reine; l'adresse qu'elle mit à le flatter outre mesure sur les conquêtes dont il n'avait été que le témoin. le mirent bientôt sur la voie. 11 s'agissait de le gagner, de le ramener à un projet abandonné, mais qu'on espérait bien lui prouver être fort avantageux pour lui, et ce projet, c'était le mariage du roi avec la proche parente du comte de Soissons. Cette combinaison s'offrit tout d'abord à l'esprit du cardinal , et il ne pensa plus qu'aux moyens de paraître la seconder, en travaillant Secrètement contre sa réussite. Le plus difficile était d'empêcher Marie de déconcerter cette ruse par un ir exigeant ou une générosité héroïque; et le cardinal, qui connaissait l'importance du moindre retard en. affaires, se décida à entrer chez sa nièce au moment où elle allait changer son habit d'amazone contre une élégante robe qu'elle devait porter au bal de la cour.

En apercevant son éminence, les femmes de chambre de Marie voulurent se retirer, mais il les retint, ne voulant point entrer en explication sur ce qu'il

exigeait de sa nièce, et lui dit simplement , à voix basse :

— Le voyage de Lyon est indispensable : obtenez du roi qu'il y consente, et fiez-vous à moi pour que vous n'ayez point à vous en repentir.

— Je vous obéirai , dit Marie tristement ; mais vous me dispenserez, j'espère, d'aller au-devant de la princesse de avoie.

— Non, vraiment. C'est justement ce que tu as de mieux à faire, mon enfant , reprit le cardinal d'un ton paternel et doucereux; sinon , la reine sera trop forte. D'ailleurs, ajouta-t-il tout haut, en reprenant l'air important d'un homme d'État, l'intérêt du roi et de la France exige cette démarche.

Puis , lui serrant la main :

— Sois tranquille, et laisse-toi guider par mon expérience.

Pendant le reste de cette journée, Anne d'Autriche ne cessa pas un instant d'observer Marie et de, la garder assez près d'elle pour être à portée d'entendre tout ce qu'elle pourrait dire. Le roi , impatienté de cette surveillance , prit le parti d'inviter mademoiselle de Mancini à danser, et, prétextant l'excès de la chaleur il alla se placer près d'une fenêtre ouverte et le plus éloigné de l'endroit où se trouvait sa mère.

Ce fut un dérangement général. Les petits violons, craignant de n'être point assez entendus de Si Majesté, demandèrent à se rapprocher de la place choisie par elle. Toute la cour crut de son devoir de se transporter de ce côté, et la reine elle-même , disant que cette partie de la galerie était plus aérée, donna l'ordre d'y transporter son fauteuil.

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Voilà comme les princes sont libres. Fi ut-il s'étonner que. las de ne pouvoir exprimer librement aucun des sentiments qu'ils éprouvent, ils finis- nt par braver sans pudeur des lois infligées sans pitié aux martyrs du rang suprême.

— Vous Le voyez, dit le roi à Marie, o ] ; ! v -nt pas nous laisserui instant, on veut me contraindre à briser les entraves qu'on m'oppose sans cesse; eh bien, ils seront satisfaits.

Et , dès que la contredanse fut finie, le roi , s'cmparant de la main de mademoiselle de Mancini, la conduisit ta l'autre bout de la galerie , s'assit prè et se mit à lui parler avec tant de véhémence, que l'on comprit enfin qu'il ne voulait être ni écouté ni interrompu. La reine se mit au jeu avec le cardinal Mazarin, les princes et princesses, et toute la cour les entouraient en discourant tout bas sur l'entretien qui avait lieu entre le roi et Marie.

. — Pauvre princesse Marguerite ! disait l'un , voilà sa co bien aventurée !

— Ma foi , je n'en suis pas fâchée , disait l'autre; je n'aime pas les voyages dans celte saison ; aller nous ennuyer à Lyon quand on s'amuse si bien à Paris, cela serait peu agréable, c'est pourquoi je penche beaucoup pour la princesse d'Angleterre; elle est jolie, coquette,

nos usages, à nos plaisirs. Elle ferait la reine de France la plus adorable.

— Fort bien, mais vous n'aurez pas cette joie : le roi la trouve trop enfant ! et le cardinal , trop pauvre.

— Qui sait ce que sera sa fortune. Cromwell est, dit-on, fort malade, et, s'il faut en croire Mancini et

3e duc de Créqui , qui viennent de le voir, il ne protégera pas longtemps, ce fameux protecteur.

— Ah ! dit un troisième, l'infante nous conviendrait mieux, mais on nous défend d'y penser: il faut bien se tourner d'un autre côté.

— Tout cela est très-indifférent aujourd'hui, reprit un quatrième, nous avons autre chose en tète, et je suis bien trompé, ou l'on dicte en cet instant une dépêche qui nous dispensera tous de faire la route de

— Ma foi je ne l'ai jamais vu si captivité.

— Ah? c'est qu'elle est spirituelle, et bien gir surtout.

— Bah, croyez que son plus grand mérite est d'être folle de lui : celui-là obtient plus que tous les autres.

Cette conversation se prolongea jusqu'au moment où le roi se rapprocha de la table de jeu pour tenter, dit-il, la fortune, en faire un présage, et savoir si son voyagea Lyon serait heureux.

A ces mots jetés négligemment, des regards s'échangèrent, la surprise se peignit sur tous les visages, excepté sur celui du cardinal. La reine, que cette soumission à ses désirs devait contenter, prit un air méfiant. Ses yeux se fixèrent sur Marie, comme pour deviner à sa tristesse ce qu'elle devait croire de l'empressement du roi à aller au-devant de la \ Marguerite; mais mademoiselle de Mancini, préparée à l'effet qu'allait produire cette décision du roi, n'en témoigna ni joie ni peine.

Les plus curieux admirèrent la force de caractère qui lui faisait dissimuler les transports de l'orgueil satisfait ou la douleur d'une résignation forcée Au même

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instant, et sans se concerter, la cour se divisa en deux partis : l'un convaincu de la prochaine disgrâce de niademoiselle de Mancini qui ne tarderait pas à se repentir de n'avoir point employé son crédit à empêcher l'entrevue de Lyon, et par conséquent décidé à l'abandonner; l'autre, plus certain que jamais de l'habileté de sa conduite et de son empire sur l'esprit du roi, se promettait de redoubler de soins et de flatteries pour elle; et la reine, ne trouvant pas sur ce front noble et calme l'empreinte du désespoir concentré qu'elle s'était flattée d'y voir, ramena ses yeux sur son fils; alors , frappée du sourire qui animait d'une expression charmante la figure du roi, elle se dit en soupirant : — 11 est plus que jamais à elle.

Cependant un courrier extraordinaire ayant prévenu la duchesse de Savoie que le roi et la reine-mère allaient se rendre à Lyon pour y attendre elle et sa fille, la cour partit de Paris le 25 octobre.

On pensait que la nouvelle de la mort de Cromwell apporterait quelque changement à ce projet. On savait que la reine avait une vive affection pour la jeune princesse Henriette, et que, si la maison des Stuarls retrouvait son trône, elle verrait avec plaisir la sœur du roi d'Angleterre devenir reine de France. Mais le cardinal Mazarin, se rappelant sa prudente soumission envers les meurtriers de Charles Ier, pensait que Charles II se la rappellerait encore mieux que lui, et qu'il

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était de sa politique de préférer pour reine une princesse à laquelle il avait l'honneur d'être allié par sa famille, à la sœur d'un roi qui aurait à venger tant d'outrages.

Le duc d'Orléans était venu aussi proposer au cardinal de marier le roi à sa seconde fille, dont la beauté méritait un trône, mais le cardinal avait répondu que les engagements pris avec la duchesse de Savoie ne permettaient pas d'en prendre d'autres. Ainsi tout paraissait assurer le triomphe delà maison de Savoie sur toutes celles qui pouvaient avoir de justes prétentions à la main de Louis XIV.

Le croirait-on ? la cour délibéra pour savoir si elle porterait le deuil de Cromwell. Mademoiselle de Montpensier seule déclara qu'à moins d'un ordre exprès du roi elle ne porterait pas le deuil de l'assassin de son oncle. Heureusement la mort du petit prince dont la princesse de Gonti venait d'accoucher mit naturellement la cour en deuil de famille, et lui sauva la bonté d'une telle condescendance.

Le désir d'empêcher que mademoiselle de Mancini ne détruisît par sa présence l'effet que la princesse Marguerite pouvait faire sur le roi engagea d'abord la reine à rester à Paris. Mais le roi ayant mis pour condition à l'entrevue qu'elle y serait présente , il fallut céder, et partir accompagnée de toute sa maison. La comtesse de Soissons reçut vainement l'invitation de rester chez elle sous le prétexte d'y soigner sa grossesse, et dans le fait parce que le roi, blessé de la conduite qu'elle avait tenue pendant sa maladie, redoutait ses observations malignes et son goût pour l'intrigue ; mais elle n'eut pas l'air de comprendre, et prétexta à son tour qu'é-

tant ainsi proche parente de Madame Royale, elle ne pouvait se dispenser d'aller au-devant d'elle.

C'est en sortant de Notre-Dame que Leurs Majestés se mirent en route pour se rendre à Lyon. C'était par une belle matinée d'automne; le roi proposa à Mademoiselle, à quelques dames de la cour et à mademoiselle de Mancini de monter à cheval au lieu de faire le chemin en carrosse. La proposition ayant été fort bien accueillie, le roi se mit à causer gaiement sur son prochain mariage, sur la nécessité de ne faire paraître aucune surprise désobligeante à la vue de sa future, si elle n'était pas jolie! Ces plaisanteries multipliées sur un sujet si grave faisaient soupçonner qu'il ne le prenait pas au sérieux ; et ce qui en donnait la certitude, c'était le sourire que Marie ne pouvait retenir en récontant. On se trahit autant par le chagrin qu'on n'a pas que par celui qu'on montre.

Arrives à Dijon , le roi et sa mère furent reçus pompeusement par le duc d'Épernon, gouverneur de la Bourgogne. L'abbé Damorelti, envoyé par la duchesse de Savoie pour prévenir Leurs Majestés qu'elle et sa fille avaient quitté Turin en même temps que la cour était partie de Paris, les attendait pour régler avec le cardinal le cérémonial à suivre dans cette circonstance. 11 y eut à ce sujet des débats fort comiques dont le roi et mademoiselle de Mancini parurent s'amuser beaucoup. Il en résulta même entre le roi et sa mère une discussion sur la grandeur de la maison de France et sur celle d'Autriche, qui donna beaucoup d'humeur à la reine ; car Louis XIY, soutenu par son orgueilleuse cousine, traita avec une sorte de dédain les descendants des comtes de Habsbourg.

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— Cest dommage, ajouta-t-il, que ces gens-là aient l'horreur des combats singuliers, car Charles-Quint lui-même n'a jamais voulu accepter le François Ier. J'aurais aimé me battre tête-à-lête avec le roi d'Espagne: c'était une manière de terminer la guerre.

— Bien que vous plaisantiez en parlant ainsi de tuer mon frère, dit la reine, cette conversation me déplaît ; parlons d'autre chc

Après une semblable sortie, il est rare qu'on, parle d'autre ch chacun garda le silence. La mauvaise

humeur de lareine n'étonnait personne: on s'avait sans l7amour du roi pour Marie de Mnncini. elle n'aurait jamais pensé à choisir pour son fils la princesse de Savoie, et qu'elle se résignait à eette al : later-

reurd'en voir faire une qu'elle regardait comme indigne.

La cour n'arriva à Lyon que le 53 novembre, tant les fêtes offertes au roi pendant la route s'étaient multipliées. L'une des plus brillantes fut le bal masqué donné par le marquis de Tavannes , où l'on fit la remarque que le roi n'avait pas adressé la parole à la comtesse de Soisson?; en effet, il ne lui dit pas un mot tant que dura ce voyage. Soit fatigue ou dépit, elle se trouva mal près de Màcon, et y resta plusieurs jours.

Le 28. on apprit que Madame Royale approchait de Lyon. Alors le cardinal Mazarin alla à dt-ux lieues audevant d'elle; Monsieur à une lieue, et le roi et lareine allèrent ensemble une demi-lieue. Quand le

roi apperçut les gardes de Madame Royale, il monta à cheval et marcha jusqu'à dix pas du carrosse de la princesse : elle et ses filles en descendirent aussitôt pour le recevoir. Apre- le salut et les compliments ordinaires, le roi, qui avait regardé attentivement la princesse

Marguerite, revint aussitôt vers la reine qui était restée dans son carrosse, et dit:

— Elle est très-agréable et ressemble fort à ses portraits. Elle est un peu basannée, ajouta-t-il en souriant mais cela n'empêche pas qu'elle ne soit bien faite.

Au même moment il repartit pour donner la main à Madame Royale et la faire monter dans le carrosse de la reine. Le roi se mit à une portière avec la princesse Marguerite; de l'autre côté se trouvaient Monsieur, Mademoiselle et l'ainée des princesses de Savoie. On remarqua que les carrosses étaient pleins d'enfants ou de petits-enfants de Henri IV.

Mademoiselle de Mancini était avec ses sœurs dans les carrosses destinés aux filles d'honneur de la reine, et ne pouvait rien voir de ce qui se passait entre le roi et la princesse Marguerite. Dans son impatience de l'apprendre, elle se décida à questionner mademoiselle de Montpensier. C'était une démarche bien humble et peut-être imprudente, mais elle pensait avec raison qu'une femme d'esprit la comprendrait mieux qu'une autre et lui tiendrait compte du sentiment qui lui faisait mettre tout amour-propre de côté pour satisfaire sa curiosité de cœur; la fierté de Mademoiselle l'emportait même sur son esprit; et l'idée que ce roi dont elle aurait pu partager le trône se laissait dominer par une femme d'une naissance si inférieure à la sienne l'indisposait en secret contre Marie ; aussi lui réponditelle avec une joie barbare que le roi avait paru enchanté de la princesse, sa future.

En effet, Louis XIV, ému de toutes les flatteries dont l'accablait sa tante et des airs naturellement gracieux de la princesse Marguerite, causait avec elles d'un ton

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de gaieté, de familiarité qui ne lui était pas habituel; on voyait qu'il leur savait bon gré de lui épargner dans cette entrevue l'embarras, la contrainte qu'il redoutait.

Ces mots : 77 a paru enchanté de la princesse, sa future, jetés au cœur de Marie, y avaient produit l'effet de ces substances corrosives qui dévorent ce qu'elles touchent : un profond désespoir s'empara d'elle. Les plus tendres souvenirs, les promesses du roi, les assurances du cardinal, rien ne put combattre le pressentiment d'un malheur qui s'offrait pour la première fois comme inévitable à l'esprit de Marie. Alors son courage lui devenant inutile, elle ne s'efforça point de dissimuler son accablement, et reparut dans le salon de la reine dans l'état d'une personne frappée par la foudre, et qui peut tomber morte au premier mouvement qu'on fera pour la sortir de son immobilité.

Sans s'apercevoir de la pitié maligne que chacun témoigna en la voyant ainsi, elle ne vit pas même l'altération qui se peignait sur le visage du roi en la regardant. Lorsque le désespoir est établi dans une à me forte, il n'accepte rien de ce qui le dérange.

En vain le roi, inquiet de l'état de Marie, s'approcha d'elle, et tenta de lui dire quelques mots rassurants; elle y répondit par un regard si indigné, il la vit tellement différente d'elle-même, que, redoutant l'exaspération des sentiments qu'elle n'avait plus la force de contraindre, il s'éloigna d'elle pour éviter une scène qui aurait pu la perdre.

Madame Royale, ravie de l'accueil qu'elle recevait du roi et de sa mère, ne doutait pas du succès de l'entrevue, et déjà toute la cour lui en faisait compliment. La princesse Marguerite, elle-même, après avoir sup-

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plié sa mère de lui épargner un affront, se livrait à l'espoir d'èlre choisie par le plus puissant, le plus séduisant des rois, et elle écrivait mentalement la lettre qu'elle était convenue d'adresser à son frère en cas de succès; car le jeune et brillant duc de Savoie, accoutumé à réussir, n'avait pas voulu accompagner sa sœur à Lyon avant de savoir comment elle y serait reçue. La joie très-visible de Madame Royale et de ses filles confirma les pressentiments de Marie; et lorsque la reine engagea les princesses à se retirer de bonne heure pour se reposer des fatigues du voyage, Marie profita du dérangement que causa leur départ pour se rendre chez elle.

Les logements avaient été ainsi distribués : la reine habitait l'ancienne abbaye d'Ainai. où a demeuré depuis l'archevêque de Lyon; le roi logeait sur la place Bellecour, chez un trésorier de France nommé Mascrani; le cardinal Mazarin et sa famille, de l'autre côté de la place ; Mademoiselle, à l'un des coins de la place, et Monsieur habitait la maison d'un Génois dont le luxe était tel que le prince n'y fit point transporter ses meubles.

C'était la première fois que le roi se trouvait habiter sous un autre toit que celui de sa mère; il résolut d'user d'une liberté si rare. Le coucher fini, il retint Bontems, le valet de chambre qui l'avait servi avant tant de zèle pendant sa maladie. Celui-là se trouvait natn-

Tellement dans le seret de l'amour du roi pour Marie; il pouvait se lier à lui sans crainte d'une indiscrétion; et c'est lui qu'il questionna sur yens d'accom-

plir sans danger la lie audacieuse qu'il méditait.

Après quelques informations prises auprès du maréchal-des-logis du palais, Bontems vint dire au roi que l'appartement de mademoiselle de Mancini était dans l'aile droite de la maison dont le cardinal occupait le principal corps de logis; que ses deux pins jeunes nièces logeaient, avec leur gouvernante, dans l'aile gauche, et que rien n'était plus facile que de pénétrer jusqu'à l'appartement de mademoiselle de Mancini, sans être aperçu des gardes qui veillaient sur le grand escalier. Surtout avec le secours de la nourrice de Voire Majesté , ajouta-t-il , car elle ne quitte plus mademoiselle de Mancini depuis le jour qu'elle a conduit l'empirique près du lit de Votre Majesté : elle est devenue sa meilleure amie et sa confidente, je pense.

— Eh bien, dit le roi, c'est toi qui demanderas, dans unquart-d'heure, à parler à ma nourrice. Tu diras au concierge que tu es porteur d'un message de ma part ; que l'ami qui t'accompagne est un neveu de ma nourrice et qu'il veut lui faire part d'une nouvelle importante.

— Y pensez-vous , sire, à cette heure? Quand minuit est sonné?

— Raison de plus pour n'être rencontré de personne. Apporte-moi un de tes habits; je passerai pour ton camarade. Ton chapeau enfoncé sur mes yeux, mon mouchoir sur ma bouche, qui veux-tu qui me reconnaisse? E^ puis, le service n'est pas fait ici comme

à Paris. Tu dis que la chambre est près d'un petit escalier qui donne sur ;la cour? Eh bien, nous descendrons par là; tu montreras ta lettre et on nous laissera passer.

— Ah ! sire, que diraient la reine et son éminence, si toutes deux venaient à apprendre...

— Ne crains rien, te dis-je, je serai toujours bien assez fort pour te protéger contre eux.

— Mais s'il arrivait quelque accident à Votre Majesté... ainsi presque seule et sans armes?

— D'abord, nous sommes deux pour nous dérendre; et puis, cette place est trop bien gardée en ce moment pour que des voleurs s'y risquent.

— Par grâce, sire, daignez me commander cela impérieusement. A moins que Votre Majesté ne dise qu'il y va de ma tète...

— Eh bien, soit, reprit le roi en souriant, je consens à te traiter de Turc à Maure. Mai? dépêche-toi.

Bontems revint bientôt avec l'habit de valet de chambre qui Je /ait servir à déguiser son maître.

— Si nous étions du moins hors d'ici, murmurait Bontems en habillant le roi, je serais tranquille. Car, sans doute, ajouta-t-il d'un air On. Sa Majesté est attendue, et l'on aura pourvu aux moyens de la recevoir secrètement.

— Moi, attendu? tu te trompes bien, vraiment, et ce que je crains le plus, c'est la surprise que peut causer ma visite ; mais elle est indispensable. Ne va pas t'irnaginer qu'il s'agisse d'une simple aventure galante, dit le roi d'un ton qui voulait imposer le respect pour la conduite de mademoiselle de Mancini; non, il y va de l'acte le plus sérieux de ma vie.

Bontems pensa qu'à l'âge du roi on parlait ainsi des engagements les plus frivoles, et il ne fit nulle réflexion à ce sujet. D'ailleurs, la vertu et la réputation de mademoiselle de Mancini lui paraissaient de peu de valeur en comparaison de l'honneur qu'elle avait d'être adorée de Louis X1Y. Le dévouement absolu est rarement moral et juste.

Bontems ne pouvait donner une plus grande preuve de ce dévouement, qu'en s' exposant ainsi à la colère de la reine. L'ingratitude d'Anne d'Autriche, son ressentiment contre Laporte, ce brave valet de chambre, auquel il avait succédé, n'étaient pas rassurants ; il ne partageait pas la confiance du roi dans les moyens qu'il avait de le soutenir contre sa mère, mais son maître le voulait, et la passion canine de Bontems pour son maitre le faisait obéir.

La sortie de l'hôtel qu'habitait le roi s'opéra sans obstacle. Il y avait un mouvement si actif parmi les les gens de la cour pour savoir où on les logeait ; la livrée surtout était dans une si grande inquiétude sur l'asile qui l'attendait, que le roi et Bontemps passèrent au milieu de cette foule de gardes et de valets sans qu'on y fît attention.

— Maudites soient les illuminations et les acclamations de ces bons Lyonnais ! dit le roi en voyant la place Bellecour resplendissante de lumière et remplie de peuple qui criait vive le roi, à la lueur des lampions du riche et de la chandelle du pauvre.

— Ah ! mon Dieu ! on y voit comme en plein jour, s'écria le malheureux Bontems. On va vous reconnaître, je suis perdu !

Le roi enfonça son chapeau sur ses yeux et se cou-

vrit le bas du visage avec son mouchoir, comme s'il avait en une rage de dents. Il prenait ce soin par pitié pour l'anxiété où il voyait Bontems, car il se trouvait tellement hors de ses habitudes, qu'il se croyait méconnaissait' e; et puis le plaisir de se sentir libre pour la première fois de sa vie remportait sur toutes ses craintes. Il marchait d'un pas lent, comme pour savourer son indépendance momentanée. Il s'arrêtait, en dépit des instances de Bontems, à tous les groupes où il entendait prononcer son nom : il recueillait les jugements du peuple sur la princesse Marguerite.

— Elle est nsstz gentille, disait l'un.

— C'est trop petit pour une reine, disait l'autre.

— Tu n'as donc jamais vu le roi? s'écriait un troisième. Moi, qui n'ai pas manqué une revue du régiment de mon frère, quand nous étions à Compiègne. je sais bien quelle bonne mine a le roi, et que ce n'est pas une assez belle femelle pour un prince de cette trempe ià.

— Il pourrait bien avoir raison, pensa le roi. Alors, Bontems, perdant tout respect, tirait son

maître par le bras et le forçait à s'éloigner ; mais Louis XIY, entraîné par la curiosité d'entendre parler de lui sans contrainte, ne se séparait d'un groupe que pour s'approcher d'un autre. Là c'était un petit marchand qui se plaignait de n'avoir pu approcher du cortège du roi, parce que les gardes l'avaient repoussé rudement; ici, c'était un pauvre ouvrier qui disait avec feu :

— Il m'en a coûté un morceau de ma manche, c'est vrai; car ils avaient beau crier à bas, a bas le canut 1 j'ai grimpé comme un chat le long de la poterne, et

j'ai vu de Là le roi, tout comme je vous vois. Je me connais en visage : celui-là en promet de bonnes ; et, si j'avais un louis d'or, foi de Lyonnais, je le parierais de bon cœur contre qui voudrait gager, que ce roi-là ne tient pas de son grand père.

A ces mots, Louis XIV sentit son cœur battre de joie, et il ne put s'empêcher de glisser furtivement un louis d'or dans la poche béante de la veste de l'ouvrier, en disant tout bas :

— Il a gagné, j'espère.

— Qui demandez-vous? Cria de sa grosse voix le suisse qui gardait la porte du cardinal Mazarin.

— Son Éminence, répondit Bontems.

— Elle n'est point rentrée.

— A cette heure !

— Le cardinal est bien le maître, je crois...

— Sans doute, reprit en souriant Bontems qui n'était pas fâché que cette réflexion fut entendue de Louis XIV ; mais je viens de la part du roi.

— En ce cas, montez, demandez l'huissier de la chambre, il vous dira ce que vous avez à faire. Et si monsieur veut vous attendre là, dans la loge, il ne tient qu'à lui, ajouta le suisse en montrant le roi.

— Merci bien ; mais mon camarade a ordre de m'accompagner, répondit Bontems.

— Il n'éventera pas la commission, celui-là, dit à part lui le suisse; il n'est pas bavard. Eh bien , par

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où allez-vous donc? s'écria- 1- il en voyant les deui

valets de chambre marcher et se dii le perror

de l'aile droite. C'est le grand escalier qu'il faut prendre : vous voyez bien d'ici le pérystile, là où sont les gardes de Monseigneur.

Il n'y avait pas moyen de se soustraire à l'injonctin du suisse ; et Bontems, après l'avoir salué poliment fit quelques pas vers la principale entrée.

— Que fais-tu là? dit le roi en commençant à s'apercevoir de l'imprudence de sa démarche. Je ne puis aller braver les regards de ces gens-là : un d'eux n'aurait qu'à me reconnaître.

— Eh bien, attendez-moi ici un instant, répondi Bontems en plaçant le roi derrière une des colonnes extérieures du pérystile ; je vais parler à l'officier de garde. Dieu soit loué ! ajouta-t-il à voix basse en regardant à travers les vitres : c'est un de mes amis.

Une minute après, Bontems revint accompagné de de l'officier.

— Suivez-moi, dit ce dernier sans avoir l'air de remarquer que Bontems n'était pas seul.

Et, le conduisant à l'escalier de l'aile droite, il donna l'ordre au factionnaire de laisser passer ces messieurs; puis, indiquant à Bontemps la porte de l'appartement où l'on avait logé la nourrice du roi, il se retira avec une discrétion qui pouvait donner des^ soupçons sur celle du valet de chambre.

La nourrice du roi allait se mettre au lit, lorsqu'elle reconnut la voix de Bontems qui l'appelait à travers la porte ; elle lui ouvrit et fit un cri de surprise en reconnaissant son royal nourrisson, malgré l'habit et le chapeau qui le déguisaient.

Il lui fit signe de se taire, de peur d'attirer les voisins; puis, après s'être assuré que cette partie de la maison était déjà livrée au repos, le roi dit qu'il avait à parler à mademoiselle de Mancini d'une affaire importante, et qu'il fallait absolument qu'il eût avec elle un moment d'entretien,

— Ah ! mon Dieu, il n'y a pas à craindre de la réveiller, répondit la nourrice ; elle est là, dans sa chambre, qui pleure comme une Madeleine, je le parie, car elle est revenue de chez la reine dans un état à faire pitié.

— Va, cours lui dire que je viens la rassurer, lui demander conseil, dit le roi avec simplicité.

— Bonté divine! lui apprendre comme cela, tout de suite, que vous êtes ici, à cette heure? Mais il y a de quoi lui causer un saisissement mortel. Laissez-moi la préparer un peu à cette visite ?

— Oui ; dis-lui que c'est Bontems qui veut lui parler de la part du roi.

— C'est cela ; je vais d'abord lui parler d'une lettre. Restez là, je reviens à l'instant.

Mais l'impatience du roi ne lui permettant pas d'attendre tranquillement le retour de sa nourrice, il la suit à distance et se trouve à la porte de la chambre de Marie pendant qu'on lui annonce un message de sa part.

— Que peut-il me faire dire? s'écria Marie en s'essuyant les yeux. Tout n'est-il pas fini entre nous?

— Non, rien n'est changé, dit le roi en se précipitant aux genoux de mademoiselle de Mancini ; Marie est toujours ce que j'aime le plus au monde, et d'elle seule dépend toute ma destinée.

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