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dont elle avait fait preuve peudant les trente-trois années qu'avait duré son séjour au Canada. Elle y avait exercé par ses conscils et sa prudence une influence que nul ne contestait. Bien des gouverneurs s'étaient succédé qui avaient recouru avec fruit à sou expérience et à ses lumières, tandis qu'il n’était peut-être pas une femme dans la colonie qui n’eût été formée à la vertu par sa direction et ses exhortations maternelles.
La céremonie de ses funérailles eut un éclat et fut entourée d’une affluence comme on en voit rarement pour les personnes même du rang le plus élevé. Français de toutes conditions et chrétiens de toutes les tribus sauvages reconnaissaient en elle leur mère spirituelle, et désormais leur protectrice dans le ciel. On se partageait avee un indicible empressement tous les objets ayant pu être à son usage : vêtements, livres, chapeiels, médailless quand il ne resta plus rien à partager, chacun voulut au moins apporter quelque image ou autre objet pieux pour le conserver après l'avoir fait toucher à la sainte mère « ainsi canonisée d'anticipation par la voix populaire dans tous les lieux, dit le P. Charlevoix, où elle était connue. »
Cette vénération profonde, ce culte intérieur pour la fondatrice des ursulines du Canada, n’a pas été seulement l'effet d'un enthousiasme passager ou éphémère. Ils se sont perpétués jusqu’à présent au sein de la population canadienne, qui n’a jamais cessé de considérer la mère Marie Guyard de l'Incarnatioi comme méritant des autels. A cette vox populi se joignent des témoignages qui empruntent à la qualité de leurs auteurs une valeur considérable. Pour n’en citer qu’un parmi les contemporains, Mgr de Laval, évêque de Québec, celui-là même à
certaines prétentions duquel elle avait cru devoir résister, écrivait à son sujet :
« Elle était ornée de toutes les vertus dans un degré éminent, surtout d’un don d’oraison si élevé et d’une union avec Dieu si parfaite, qu’elle couservait sa présence au milieu de l'embarras des affaires les plus difficiles et les plus distrayantes. C'était une supérieure parfaite... son zèle pour le salut des âmes et particulièrement pour celui des sauvages était si ardent, qu'il semblait qu’elle les portât tous dans son cœur. Nous ne doutons pas que ses prières n'aient obtenu en grande partie les faveurs dont jouit maintenant l'Eglise naissante du Canada. »
Après Mgr de Laval et se succédant jusqu’à nos jours, tous les écrivains chrétiens qui se sont occupés du Canada ont rendu de la mère Marie un témoignage analogue. Tels sont Camus, vicaire général de Tours (1680) ; l’abbé Langevin, vicaire général de Québec, l'historien Ferland, Ladvocat, Feller, Perennès, Moreri. — Enfin aujourd’hui même la haute approbation donnée par l'archevêque et les quatre évêques du Canada à l'ouvrage tout récent où M. l’abbé Richaudeau retrace l’histoire de cette âme privilégiée, est un éclatant hommage à la sainteté de la vénérable mère, que le métropolitain Mgr Taschereau ne eraint pas de qualifier, après Bossuet, de Thérèse du Nouveau- Monde.
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