‹ Marie Guyard et les Ursulines au Canada [microforme]Chapitre 5 sur 12 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

NAISSANCE DE MARIE GUYARD. — SON MARIAGE, — SON VEUVAGE DANS LE MONDE SON ENTRÉE EN RELIGION ET SA VIE RELIGIEUSE EN FRANCE.

Marie Guyard, naquit à Tours en octobre 1599, d’une mère appartenant à une famille noble et d’un père remplissant la très-modeste ct très-roturière profession de boulanger, ce qui prouve, scit dit en passant, qu’à toutes les époques, sous l’'empire de la nécessité ou pour d’autres motifs, se sont produits de ces mariages entre personnes de conditions très-inégales appelés « mésalliances. » Mais simple artisan par sa naissance et la nature de ses labeurs, Fleurant Guyard, le père de notre héroïne, était digne par l'élévation de ses sentiments et de son intelligence, comme par ses traditions de droitureet d'honneur, de l'épouse noble et chrétienne, de la femme forte et distinguée à laquelle il s’était uni.

C'est sous l'influence d’un tel milieu que Marie Guyard grandit entre ses trois sœurs, dans les dispositions de la piété Ja plus vive. Douée d'une intelligence précoce et d’une portée d'esprit peu commune au bas âge, elle comprit d’instinct, dès sa

septième année, l'excellence d'une vie excessivemnet vouée à

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Dieu et conçut intérieurement le dessein de se donner à lui sans réserve. Mais quand, à l’âge de quatorze ou quinze ans, elle révéla cette intention, une vive opposition de sa famille vint contrarier ses désirs, et la jeune amie de Dieu, pour qui l’obéissance filiale était la plus grande des vertus et le premier des devoirs, accepta avec soumission à dix-sept ans le parti, que ses parents avaient choisi pour elle,

Cette union dura peu.

Dieu, qui avait ses desseins sur Marie Guyard, rappela à lui au bout de deux ans Claude-Joseph Martin, son mari, après avoir toutefois béni l'union des deux époux par la naissance d’un fils.

De ce moment date pour Marie Guyard une vie de difficultés et d'épreuves telles qu’elle n’eut pas trop, pour y faire face, de sa sainteté jointe aux facultés véritablement exceptionnelles dont elle était douée. Veuve à dix-neuf ans avec un enfant de six mois entre les bras, elle ne recueillit de la succession de son mari que des affaires embarrassées, dont la liquidation se solda pour elle en une ruine à peu près complète, Après avoir résisté aux obsessions de sa familie, qui la pressait de rechercher dans un second mariage un appui pour elle-même et un secours pour son enfant, elle se créa, dans la maison même de son père, une vraie solitude, où elle vivait dans la pratique des plus grandes austérités et des œuvres de charité les plus répugnantes à la nature.

Bientôt une de ses sœurs, dont le mari était à la tête d’une maison commerciale considérable, réclame pour l'aider dans cette gestion compliquée le concours de Marie Guyard. Celle-ci, Cherchant à dissimuler ses talents naturels, choisit le rôle le

plus humble, se fait la servante du nombreux personnel des employés et domestiques des deux sexes, prépare leurs ali-

ments, s’acquitte en secret de leurs propres travaux, et ne laisse à nul autre qu’à elle-même le soin de ceux qui sont malades; elle veille à l'entretien et à la bonne tenue d’un matériel énorme, chariots, coches, voitures, chevaux, harnais, etc. ; et trouve moyen de mener de front avec des occupations matérielles si multipliées, les exercices les plus élevés de la vie contemplative.

« Je passais des jours presque entiers dans une écurie qui me servait de magasin, écrivait-elie plus tard à dom Claude Martin, son fils, et quelquefois il était minuit que j'étais sur le port à faire charger ou décharger des marchandises. J'avais pour compagnie ordinaire des crocheteurs, des charretiers et en outre cinquante ou soixante Chevaux dont il fallait que J'eusse soin; et cependant tous ces tracas ne m’éloignaient point de Dieu. Je m'en sentais plutôt rapprochée, parce que tout était pour la charité et non pour mon profit particulier, »

Après dix à douze ans d’une existence remplie par une si prodigieuse activité et qui lui avait permis de subvenir à la

première éducation de son file, Marie Guyard jugea le moment

venu d'accomplir le vœu de toute sa vie en se consacrant au

service de Dieu, exclusivement et sans réserve. Sans entre-

prendre les développements qui seraient nécessaires pour faire connaître les nouvelles luttes, les nouvelles épreuves qu’elle eut à subir lorsqu'elle eut manifesté cette intention, nous dirons seulement qu'elle entra au monastère des ursulines de Tours le 25 janvier 1631, et que son âme y trouva non un changement, mais bien la continuation et ja plénitude de cette vie

des intérieure, vie de perfection progressive et d'entretiens famiali- liers avec Dieu, qii, au milieu des préoccupations de toute ne nature et des travaux les plus multipliés, avait toujours été et ont avant tout la sienne.

ma- Il ne saurait appartenir à une plume laïque d'insister ou ic. ; mème de s'arrêter sur les magnifiques opérations de la grâce ma- en une âme prisée si haut par le Ciel lui-même. Pour raconter vie avec convenance les révélations spéciales dont les véritables saints ont pu être favorisés ; pour décrire par exemple les qui visions de la sainte Trimté accordées à Marie Guyard, qui, par aude une faveur ineffable semble avoir eu l’auguste mystère quelque ur le chose de eettecompréhension réservée seulement aux élus dans vais le Ciel; pour chantersurtout ces sublimes cantiques de l'amour s et divin dont jamais humain embrassement n’a compris et ne comque prendra les ardeurs ; il faut être soi-même du petit nombre des aient âmes évangéliques appelées à la pratique, non plus seulement que du précepte, mais du conseil dans tout ce qu’il a de plus élevé r, » au-dessus de la nature. C’est dans les écrits du pieux religieux, ne si fils de notre sainte, dans les lettres même de celle-ci, dans la àla Vie qu’en ont écrite l'abbé Casgrain et le Père Charlevoix, et ment enfin dans le récent ouvrage de M. l'abbé Richaudeau, aumôat au nier des ursulines de Blois (1), qu’il faut admirer ces accents de ntre- foi et d’oraison, partage seulemen. d’un nombre infiniment faire restreint de vocations surnaturelles, Il n’est pas interdit touteu’elie fois de faire remarquer que, un demi-siècle environ avant la irons sainte visitandine de Paray-le-Monial, la mère Marie de l'Incar- Tours nation avait eu, en 1635, la révélatiOn de la dévotion au Sacréange- $ Cœur. C'était en vue de l'évangélisation des sauvages du Canada te vie (1) Voir page 5, ad notam.

que cette dévotion lui avait été révélée et prescrite, et Marie Guyard, qui n'avait jamais entendu parler du Canada, qui n’en connaissait pas même le nom, se sentit prise dès lors d’un zèle ardent et d’une tendresse singulière pour les âmes dispersées dans ces contrées lointaines.

Par quel moyen srriver à cette autre extrémité du monde, elle, pauvre religieuse cloîtrée dans son couvent ?

11 fallait que la Providence s’en chargeût.

Elle y pourvut en effet par un concours vraiment merveilleux de circonstances, qu’il serait trop long de raconter ici. Et après mille vicissitudes, mille obstacles, mille dangers, la mère Marie de l’Incarnation, accompagnée de deux religieuses de son ordre et de deux dames laïques dévouées à la même œuvre (1), aborda à Québec le 1er août 1639, au milieu des salves de l'artillerie, des chaloupes pavoisées et de l’allégresse enthvusiaste de la population descendue tout entière sur le port pour acclamer les humbles voyageuses.

(1) Mr° de la Peltrie et sa compagné, Charlotte Barré. .

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