SOI'HIE
Et moi... j'ai voulu vous voir, au lieu de vous écrire, pour diminuer, si je puis, l'amertume de vos regrets, pour soutenir votre courage.
TIIÉOBALD.
Mon courage !... mais je croyais, après tout ce que j'ai souffert, n'avoir plus désormais de malheurs à redouter!...
SOI'UIE.
ïhéobald !... {Avec douleur.) Il y a sur celle terre des cœurs que le ciel .'•oumet à de cruelles épreuves !
Théobald, ne me parlez pliis d'amour!... je ne m'appartiens plus...
Elle s'assied à gauche.
THÉOBALD, dcboitt à côté d'elle.
Grand Dieu !... Oh ! mais non, c'eslimpossible !
Mon ami... {Meltanl la main sur soncœur.) je comprends votre douleur... et je vous plains. THÉOBALD, avcc onicrtume.
Vous me plaignez... vous!
SOPHIE
Oui, je VOUS plains, Théobald, et vous avez tort de me parler avec amertume , vous avez tort de donner à vos regards cette expression de reproche et dedédain, vous souffrez !... mais regardez-moi donc... Esl-ceque mes traits pâles et flétris ne vous disent pas que j'ai beaucoup souffert aussi?... Est-ce que mes yeux ternis ne vous disent pas que j'ai beaucoup pleuré?
THÉOBALD
Vous, Sophie !... vous, madame! ..
SOPHIE, souriant amèrement.
Oh ! c'est une révélation étrange que je vous fais là, n'est-ce pas?... Ksl-ce que le bonheur pouvait me manquer ?... On me donnait un mari deux fois millionnaire!... {Avec douleur.) Non , ce n'est pas de mon plein gré que l'on m'a faite comtesse de Bussières... et cependant , Dieu m'est témoin qu'au lit de mort de mon mari, je n'ai épargné ni veilles, ni larmes, ni prières; je ne voyais plus en lui l'époux que l'on m'avait imposé ! C'était le père de l'enfant que je sentais déjà vivre en moi !
THÉOBALD
Mais cette mort vous a rendue libre!...
SOPHIE
Attendez... {Théobald s'assied.) Je n'étais pas seule au chevet de mon mari... Pendant sa cruelle agonie ,