‹ Marie Mignot (volume 2)Chapitre 25 sur 44 · LE MARÉCHAL, M«« NACQUART, LAGARDIE · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL, M«« NACQUART, LAGARDIE

LAGARDIE, entrant à gauche.

Entin , Madame, il m'est donc permis... Ciel! quelqu'un!. . .

M*"* NACQUART

Ah ! Lagardic, je suis bien aise de vous revoir ! . . . Nous ne nous retrouvons plus si jeunes ni si frivoles; mais nous n'en serons pas moins bons amis , n'est-ce pas?

LAGARDIE

Pourriez-vous en douter , ma chère Marie?. . . Ah ! c'est à vos genoux ( Le maréchal fait un mouvement trèsmarque' sur son fauteuil, — A part, ) Mon dieu ! que c'est gênant un tête-à-téte à trois !

M™^ NACQUART , se rapprochant du maréchal.

Que la présence d'un témoin ne vous intimide pas... c'est M. le maréchal de l'Hôpital, le guide, le protecteur d'une veuve encore bien jeune et sans expérience.. . c'est , j'ose le dire , un ami véritable.

LE MARÉCHAL

Dites plutôt, Madame, le meilleur de tous les vôtres.

LAGARDIE

S'il est ainsi , Monsieur , je me rassure... vous ne pouvez vouloir que son bonheur, et je suis seul capable de le faire.

LE MARÉCHAL , à part.

Comme c'est flatteur pour moi!

M™'= NACQUART , revenant à Lagardie.

Eh quoi ! mon ami , vous n'aviez donc point oublie nos anciens projets?

LE MARÉCHAL, à part.

C'est qu'elle Pencourage encore !

LAGARDIE

Pouvez-vous me faire une telle demande?. . , mon sort n'est-il pas attaché au vôtre ?. . . croyez-vous que dix ans de séparation aient pu me faire changer?. . .

M™e NACQUART, ye/ani un coup-d'œil sur le maréchal.

Dame ! il y a des hommes qui changent en vingt-quatre heures.

LAGARDIE

C'est qu'ils n'aiment pas. . . qu'ils n'ont jamais aimé. , . Pour moi , vous allez me connaître. . . Lorsque je vous vis à un antre... oh! je l'avoue, j'essayai d'abord de vous haïr. ,. j'évitai de vous voir , c'était le seul moyen. . . il fut inutile. . . Alors , j'allai retrouver mon oncle , j'étudiai sous ses yeux... et maintenant qu'il m'a laissé toute sa

Fortune , que qnelqnes talens autorisent peut - être mon ambition, je reviens à vous... dites un mot, un seul!.., et demain j'e'change mon héritage contre une charge an Parlement de Paris.

M™^ NACQUART, avec une émotion véritable. Cher Lagardie ! . . . tant de sacrifices ! . . . un tel de'vonement!. . . je n'y résiste plus!. . . ( Le maréchal, qui tient un livre ouvert , le ferme et le jette sur la table. ) Ah ! le maréchal!... ( Se reprenant. ) C'est bien, Lagardie, le sort que vous me proposez me flatte infiniment. . .

Vous ^accepte^?

M™® NACQUART , toujours occupée du maréchal. Pourquoi non? J'ai eu un moment d'autres idées, j'en conviens. Oui, une charge de robe, ce n'est pas mal sans doute... mais je n'aime pins autant cette profession là, surtout depuis que j'ai eu un mari qui en était... j'aimerais niieux une charge où il y eût un peu de gloire. LAGARDIE , à part.

Encore de l'ambition!

M™^ NACQUART

L'épée aurait des attraits pour moi. . . non, pour le rang qu'elle peut faire conquérir, et pourtant... (£'/et'<3«f /a voi.r.) nous avons l'exemple de Fabert que le roi a fait maréchal.

LAGARDIE

Ah! Marie, que n'ai-je connu plutôt vos vœux! mais non, ces goûts étaient les miens, vous ne les approuviez pas... je vous les sacrifiais... oui, je pensais encore à vous plaire quand vous m'abandonniez. Ah! si vous me l'eussiez permis alors, je me serais engagé, j'aurais suivi le roi sur la frontière, en Flandre, et j'aurais trouvé sur les champs de bataille, ou la mort ou un peu de gloire.

AIR : J'en guette un petit de mon âge.

Comrae Fabert , ne puis-je pas , Madame , Être officier , maréchal , grand seigneur?

MAD. NACQUART

Mais je perdrais tous mes droits sur votre âme 5 Un ordre... un mot... l'espoir de la faveur...

Ciel!

Àh ! qnel qne soît !« grado où l'on me noiniiie , Je remplirai tous mes sermens.

MAD. NACQUART

C'est là Ce que de vous j'attendais. . . et voilà

( Se rapprochant du maréchal. ) Ce que doit dire un gentilhomme.

LE. MARÉCHAL

LAGARDIE

Et voil?! dix ans que j'ai perdus!... Encore si la France riait en t^uerre à présent !

LE MARÉCHAL, se levant, à part.

Ah ! c'est trop fort! Il faudra que le roi fasse une £;uerre pour qu'il soit maréchal.

LAGARDIE

Mais enfin j'ai des protections, dn moins j'en aurai loin de mon pays. . . j^y porterai ma fortune.

M™® NACQUART

Comment , pour Tamour de moi?. . ,

LE M. A'RÈCB. AL , prenant le milieu de la scène.

Désolé, mon cher Monsieur , mais Madame a la honte' de présider à une fête que je donne , et tous ses instans sont comptés.

LAGARDIE

Pardon , mousieur le maréchal, je me retire. (// remonte la scène et revient. — Bas à madame Nacguart.) Je reviens I)ienlôt. ( Haut. ) Monsieur, je vous en supplie, profégezinoi dans son esprit, vous le pouvez , puisqu'elle vous regarde comme son père.

( // baise la main à madame Nacquart. )

LE MARÉCHAL , à part.

Son père î. . . il ne manquait pins que cela.

( Il se retourne ; Lngardie le salue et sort à droite. )

SCÉ]\E IX.

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