‹ Marie, ou, La corbeille de fleurs [microforme]Chapitre 11 sur 34 · CC PR VV · texte numérisé non relu

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l'orgueil et l'avarice imprimèrent-ils peu à peu à sa

hysionomie un caractère repoussant, malgré sa er il lui suffisait de savoir qu'une chose serait agréable à son beau-père ou à sa belle-mère pour s’y opposer opiniâtrément, et elle ne leur accordait la nourriture et l'entretien stipulés dans l’acte de cession qu'avec mesquinerie et à contre cœur. En revanche, elle leur prodiguait les mortifications, leur faisait mille querelles, et semblait compter les morceaux es mangeaient. Les bons vieillards, fort affligés

e tous ces désagréments, se confinèrent dans leur petit logement, sur le derrière, et ne parurent plus que bien rarement dans la chambre de devant.

Le jeune mari n’était guère plus heureux. Sa femme, hargneuse et brutale, lui adressait incessamment des paroles grossières, et plus de cents fois le jour lui reprochait la grande fortune qu’elle lui avait apportée. Pour ne point passer toute la journée en querelle, le

auvre homme était réduit à souffrir sk se taire.

lle voulut même l’empêcher d'aller voir ses vieux parents,parce que, selon son ei elle craignait

qu'il ne leur fourrât quelque chose en cachette. Ce n'était qu’en tremblant qu'il osait leur rendre une visite furtive, le soir, après son travail. Alors, les trouvant presque toujours assis sur un blanc et fort tristes, il s’asseyait à côté d’eux et leur contait ses peines,

‘ Oui, oui, disait le vieux paysan, voilà ce que c’est ! Toi, ma femme, tu t'es laissé éblouir par l'éclat de la fortune ; toi, mon fiis, tu t’es laissé séduire par le charme d’un joli visage ; et moi, j'ai été assez faible pour céder à vos prières: nous en voilà punis tous trois. Nous aurions dû suivre les conseils du brave Jacques. Ce mariage-là ne revint ,.mais à ce sage vieillard lorsqu'il en fut pois pendant qu'il vivait encore. Je me rappelle fort bien tout ce qu'il nous el à ce sujet. et j'y ai pensé plus de mille fois

epuis.

d T'en souviens-tu, la mère? tu disais un jour: ‘ Dix mille francs sont pourtant une belle somme d'argent?” Mais Jacques te répondit : ‘ Une belle

somme { que dites-vous donc là7... Ne croyez-vous pas que les fleurs de ce jardin sont mille fois plus belles 1... Vous avez peut-être voulu dire une pesante somme, Alors vous avez raison , Car il faudrait être fortement constitué de corps et d'âme pour la porter sans en être accablé, sans devenir par là un être tout à fait mondain, attaché aux richesses seules, et incapable de s'élever vers tout noble sentiment. Pourquoi donc désirer tant d'argent ? Jusqu'à ce jour vous n'avez manqué de rien; vous avez même du superflu. Croyez-moi, trop de fortune engendre l'orgueil. La pluie est nécessairement une chose bienfaisante et nécessaire ; mais, si elle vient à tomber avec trop d'abondance, elle peut faire périr les plantes les plus saines d’un jardin.” Voilà bien exactement les paroles du vieux Jacques ; il me semble l’entendre encore.

‘ Et toi, mon fils, tu lui disais un jour: ‘ C'est pourtant une très belle femme, fraiche, charmante comme la rose!” Te rappelles-tu comme alors le raisonnable Jacques te répondit : ‘* Les fleurs n'ont

as la beauté seule en partage ; elles réunissent encore En et la bonté ; elles nous offrent des dons précieux ; c’est d’elles que nous tenons une cire pure et un miel exquis. Sans la vertu, la beauté n’est qu'une fleur artificielle, un objet sans valeur, sans vie, sans parfum, sans utilité.” Voilà ce que te disait le brave Jacques; mais nous n’avons pas écouté la sagesse de ses remontrances, nous le sentons aujourd’hui. Ce qui nous paraissait alors le plus grand bonheur sur la terre est devenu maintenant notre plus grand malbeur. Dieu veuille aujourd’hui nous donner la force de supporter nos peines avec patience ! Il n’y a plus d'autre remède.” C’est ainsi qu'ils parlèrent tous trois.

La pauvre Marie ne menait pas une vie plus douce. Elle avait dû céder aux vieux paysans ia petite chambre qu’elle avait habitée avec son père ; et, quoiqu'il

eût encore plusieurs belles chambres disponibles, h uns fermière eut la méchanceté de lui assigner

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le plus étroit, le moins habitable réduit qu'il y eût dans la maison. Elle lui suscita mille chagrins, et la tourmenta d'une manière affreuse, Elle ne cessait de la quereller du mätin au soir. Jamais Marie ne travaillait assez; elle ne pouvait rien faire qui plût à la maitresse. La pauvre orpheline sentit trop bien qu’elle était devenue à charge dans cette maison. Les deux vieillards ne pouvaient guère songer à la consoler ; ils avaient assez de leurs propres peines, Bien souvent elle eut l'idée d'aller se placer ailleurs ; mais où ?

Dans cet embarras, elle demanda conseil à M. le curé d'Erlebron. Ce sage pasteur lui répondit : “Vous ne pouvez plus désormais rester à Sapincour, ma bonne Marie. Feu votre père vous a donné une bonne éducation, et vous a fait apprendre tout ce qu’il faut pour conduire un ménage bourgeois, tandis qu’à Sapincour on exige de vous des services d’une forte fille de campagne : on vous surcharge d’un travail audessus de vos forces et qui ne peui vous convenir en aucune manière. Cependant je ne vous conseile pas &e quitter brusquement la moisson pour aller courir le monde au hasard. Le meilleur conseil que je puisse vous donner pour le moment, c’est de rester encore provisoirement où vous êtes, de travailler tant que vous pourrez, de prier, de mettre votre confiance en Dieu, et d'attendre avec patience et résignation que sa volonté veuille changer votre sort. De mon côté, je vous promets de faire tout mon possible pour vous

rocurer une place auprès de quelque honnête famille on Allez, mon enfant, du courage : Dieu ne vous abandonnera point.” Marie le remercia et promit de suivre ses avis.

Le tombeau de son père devint dès lors son refuge favori. nes planté un rosier au pied d’une simple croix de bois, et ce modeste monument, consacré au meilleur des pères par la plus vertueuse des filles, et sanctifié par la prière de l'innocence, devint l'objet du respect des hemmes, et fut le moyen dont se servit la Providence pour mettre un terme aux mfortunes de la pauvre Marie.

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