‹ Marie, ou, La corbeille de fleurs [microforme]Chapitre 7 sur 34 · CHAPITRE X Séjour à Sapincour · texte numérisé non relu

CHAPITRE X Séjour à Sapincour

Jacques et Marie s’installèrent donc dans leur petite demeure, de façon à pouvoir satisfaire leur désir de faire ménage à part. Jls meublèrent {a petite chambre avec simplicité ; la cuisine fut pourvue des U-tensiles nécessaires et garnie de poterie et de vaisselle en terre. Marie se trouva bien heureuse en se révoyant encore une fois devant un fourneau à elle,

réparant de sa main les repas de son père. Tous les babtiants de la ferme vivaient dans la plus douce intimité. Jacques, en faisant des pauiers, et Marie, en cousant et tricotant, se livraient aux plus agréables conversations. Quelquefois aussi ils passaient la soirée dans la chambre de devant; et alors le fermier, sa

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femme et tous les gens de la maison écoutaient avec le plus grand plaisir leurs discours sensés, et les contes instructifs et amusants du père Jacques, de sorte que l'hiver se passa pour eux d'une manière fort agréable.

Près de la métairie il y avait une assez grande pièce de terre destinée au jardinage; mais elle n’était pas fort bien soignée. Le fermier et sa femme, tout entiers aux travaux des champs, n'avaient pas assez de loisir pour s'occuper beaucoup de la culture du jardin; et d'ailleurs ils ne s’y entendaient pas trop bien non plus. Jacques entreprit de faire de cette pièce un jardin en règle, Dès l'automne il avait déjà fait les préparatifs nécessaires, et à peine le soleil du printemps eut-il fondu les neiges, que lui et Marie se mirent à travailler depuis le matin jusqu'au soir: le jardin fut divisé en carrés réguliers, ces carrés furent plantés de diverses espèces de légumes et entourés de plantations de mélisse, afin de procurer une bonne nourriture aux essaims d’abeilles. Les allées et les sentiers étaient proprement sablés en grès. Marie n'avait cessé de tourmenter son père, chaque fois qu'il allait à la ville acheter des semences de légumes, pour qu'il lui apportât aussi quelques plants de rosiers, quelques oignons de lis, des pieds d'oreilles d'ours, des graines de giroflée jaune, et autres fleurs. Et quand elle eut tout cela, elle commença à cultiver de belles fleurs, dont plusieurs même étaient encore totalement inconnues dans cette contrée à peu près déserte. Le jardin réussit à merveille, et donna bientôt un riant aspect à cette vallée, entourée de sombres forêts. Le verger aussi, contigu au jardin, prospéra bien mieux sous la main de Jacques, et fournit une plus abondante récolte de fruits. Enfin il y avait de la bénédiction dans tout ce que faisait ce respectable vieillard.

Ces occupations firent retrouver au jardinier sa belie humeur : ii recommença à faire des remarques et des paraboles au sujet des plantes et des fleurs ; mais il ne répétait pas toujours les mêmes ; il avait constamment quelque chose de nouvear à dire.

Au retour du Printemps, Marie se mit À chercher sous la haie d'épines qui bordait Je jardin les premières violettes, qu'elle voulait, Come autrsfois, Présenter à son père. Enfin elle Par vint à en découvrir quelques-unes fort belles et très odorantes, et elles les lui porta avec une joie extrême, ‘ Bien !'dit le père en recevant, avec un doux sourire, le joli petit bouquet bleu, qui CHERCHE BIEN TROUVE A LA FIN.” Puis il ajouta : * As-tu remarqué que ces jolies fleurs se trouvent sous des buissons d'épines sau vages ? et n'est-il pas admirable que nous ayons trouvé le bonheur dans ces sombres forêts de sapins? C’est ainsi, mon enfant, que, dans les plus tristes situations de la vie humaine, l'innocence et la vertu savent rene contrer le bonheur.”

Cependant, au milieu du travail et de l'activité, au milieu des conversations instructives et des laisirs innocents, Jacques et Marie avaient déjà vu s’écouler trois printemps depuis qu'ils habitaient le domaine de Sapincour, La vie agréable dont ils jouissaient avait peu à peu effacé dans leur esprit le souvenir de leurs malheurs Passés ; mais, quand revint l'automne, Jacques sentit décliner ses forces, et même éprouva plusieurs évanouissements Quoiqu'il eût bien soin de cacher ces sinistres symptômes à Marie pour ne point l’affliger, il ne Put éviter que ses discours ne prissent une teinte de tristesse toujours croissante, et Marie en était quelquefois vivement affectée,

Un jour, c'était vers le soir, Jacques, monté sur une échelle, cueillait les fruits d'un pommier et les jetait à sa fille, qui les plaçait soigneusement dans un Panier ; tout à ue il s'écria: ‘ Comme le vent d'automne souffle éjà sur nos champs dégarnis et froids !. comine il agite déjà les feuilles jaunes et se joue dans mes cheveux blancs ! Mon automne, chère Marie, est venu, et le tien arrivera à son tour. Fais donc en sorte de ressembler à cet aïbre, riche en si bons fruits, afin que le Maître du grand jardin, le Miître de l’univers, puisse jeter sur toi un regard de satisfaction . ”

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Un autre jour, voyant Marie occupée à mettre en terre quelques semence. qui devaient produire des fleurs au printemps suivant, son père lui parla en ces termes: ‘* C'est ainsi, ma chère fille, qu'un jour on nous déposera aussi dans la terre, que l’on amoncellera ensuite sur nous et autour de nous; mais, comime bientôt la graine se développe dans le sol, s’y ranime et en sort enfin métamorphosée en belle fleur, et s'élève, pour ainsi dire, triomphante au-dessus de la tumbe, de même aussi nous sortirons un jour tout radieux de notre tombeau. Souviens-t’en, chère Marie, lorsqu'on m'enterrera, et que la fleur que tu planteras sans doute sur ma tombe te soit le symbole de la résurrection et de l'immortalité.”

A ces mots, la bonne Marie fixa sur son père des yeux étonnés, et deux grosses larmes vinrent mouiller ses paupières ; elle eut une vive inquiétude, et son cœur se senlit oppressé d'un douloureux pressentiment.

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