‹ Marie, ou, La corbeille de fleurs [microforme]Chapitre 8 sur 34 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Derniers conseils d'un bon père.

Au commencement de l'hiver, Jacques tomba sérieusement malade. Marie souhaita : on fit venir le

médecin de la ville voisine, et l’o alla le chercher en traineau.

Le médecin ordonna au malade les médicaments convenables, et Marie, l’accompagnant jusqu’à la porte, lui demanda si elle pouvait espérer le rétablissement de la santé de son père. Le docteur lui répondit que jusqu'à ce moment il n'y avait pas encore de danger, mais que la maladie pouvait dégénérer en consomption, et qu’alors, vu son âge surtout, il n’y aurait aucun espoir. Marie éprouva la plus

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vive douleur; mais elle eut la prudence d’essuyer ses larmes, et d’affecter même un air gai avant de rentrer chez son père, de peur de l'afliger.

Elle lui proûigua les plus tendres soins. Elle tâchait de lire dans ses yeux et de prévenir ses moindres désirs, Elle passait des nuits entières à son chevet, Quand on la forçait de prendre un peu de repos, elle ne pouvait fermer l'œil ; dès que son père faisait le moindre mouvement, elle accourait sur la pointe des pieds pour voir ce qu'il avait. Elle seule apprêlait et lui présentait les médicamments ordonnés et les aliments les plus convenables. Elle avait soin de bien arranger les coussins sous sa tête, et lui faisait des lectures pour le distraire. Mais, lorsqu'il s’endormait un peu, elle s'abandonnait tout entière à sa douleur.

A force de travait et d'économie et en passant une grande partie des nuits à coudre et à tricoter, elle élait parvenue à amasser une petite somme d'argent ; elle en sacrifia jusqu’à la dernière obole pour procurer à son père tout ce qu’elle pouvait imaginer de plus convenable au rétablissement de sa santé

Mais rien ne devait ranimer la fréle existence de ce père chéri, il le sentait parfaitement, et il employa ses derniers moments à rappeler à sa fille toutes les leçons morales et religieuses qu’il lui avait données jusque-là, justement persuadé que ses pieuses leçons, répétées par un père mourant, prendraient de cette circonstance même un caractère plus grand, plus solennel, et ‘2raient sur l'âme sensible de sa fille une impression plus profonde et plus durable, ‘ Marie, lui dit-il entres autres, je vais te quitter pour toujours, Dieu m'appelle à lui ; je sens mon âme près de fuir celte terre de douleur et de continuelles tribulations, où je vais te laisser seule. coute-moi, Marie, ne pleure pas ; nous nous reverrons un jour dans le ciel ; pour cela, tu n’as qu’à persévérer dans la vertu, comme tu l'as toujours fait jusqu'ici, et tu réussiras situ ne fais jamais rien que lu n'eusses pu faire sans rougir en présence de ton père. J'aurai les yeux sur toi u baut des cieux, et Dieu dont le regard pénèlre

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jusqu’au dernier repli du cœur humain, te verra aussi et t'entendra partout.

‘* Regarde-moi bien, Marie, et promets-moi que, si jamais tu avais la tentation de mal faire, tu penseras à mon visage pâle, à mes cheveux blancs, et à ces larmes que tu vois couler sur mes joues décolorées.. Tiens, pose ta main dans ma main froide et amaigrie, qui bientôt va tomber en poussière. Promels-moi de ne jamais oublier mes paroles, et au moment de la tentation figure-loi que celte main glacée vient te retenir au bord du précipice.

‘“ Si cette pensée préside à toutes tes actions, tu resteras toujours pure, tu ne seras jamais malheureuse sur la terre, et tu auras la certitude qu’un jour tu seras réunie à ton père et à ta mère devant le trône de l’Eternel.”

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