‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 13 sur 79 · A LA MEMOIRE · texte numérisé non relu

A LA MEMOIRE

D'HÉGÉSIPPE MOREÂU

0 mon frère 1 ton nom aux accords de ma lyre , Se mêle et vient par fois alléger mon martyre. Il est, quand je le chante, un baume à mes douleurs. Ainsi qu'un beau soleil, en dissipant l'orage, Sèche les gouttes d'eau qui pendent au feuillage , Ton souvenir tarit mes pleurs.

O Dieu l rallVeux destin! En nous donnant la vie,

Un père nous couvrit de honte et d'infamie.

Un pèrel Ah ! cher Moreau, pour lui donner ce nom,

Il nous faut à tous deux cette charité sainte Qui y sur le Golgotha , n'exhalait point de plainte, Et n'implorait que le pardon.

De cet affreux malheur l'accablante pensée Pèse de tout son poids sur notre destinée. Le sort , dans sa rigueur ne nous épargne pas : Nous tombons sous ses coups, tels que la feuille morte Qu'en son noir tourbillon un vent d'automne emporte. Et que l'on foule à chaque pas.

Cher frère , quand je prête une oreille attentive , Je crois entendre encor tes cris, ta voix plaintive. La mort, du moins, la mort termina ton malheur. Si nous fûmes atteints par la même tempête , Pourquoi dans sa fureur n'écraser qu'une tète ! Puis-je survivre à ma douleur!

Mais que dis-je? Moreau, pardonne à mon délire. Mes maux ont-ils jamais égalé ton martyre? ïu fus sans contredit l'émule de Gilbert. Comme lui tu chantas l'hymne de la souffrance; ïa gloire , du mépris jeté sur ta naissance , N'a donc put te mettre à couvert?

Ta vie offre les traits d'un martyr pacifique , Expirant sous le poids du joug évangélique. Ta prière fut courte: un baiser et du pain.

Et cependant, privé de l'ami qui console, Vrai Lazare , parfois n'ayant pas une obole, Tu t'endormis , mourant de faim.

Nul n'adoucit pour toi la route du calvaire. Ton pas fut chancelant , ton regard solitaire. Quand le mal vint t'abattre au milieu du chemin , L'on te vit mendier un billet pour l'hospice , Et sur un vil grabat tu fis le sacrifice De ta gloire et d'un nom divin.

L'art ne t'éleva pas un brillant mausolée, Ta demeure funèbre est, hélas ! isolée. Mais ne crains pas l'oubli , Moreau , je pense à toi. Si je ne peux prier sur ta tombe modeste , Mes yeux jettent du moins sur la voûte céleste Des regards d'amour et de foi.

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