‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 30 sur 79 · AU CHATEAU DES CHARTREUX, A MARSEILLE · texte numérisé non relu

AU CHATEAU DES CHARTREUX, A MARSEILLE

Oh! comme avec plaisir je reverrais encore Ton élégant château, ton superbe jardin,

Que de ses feux le soleil dore

A son lever, à son déclin !

D un tapis de verdure Avril couvrait la terre Lorsque je jjarcounis ce pnisihic séjour;

Du printemps, VUnv , sans mystère,

Venait d'aiwioncer le retour.

C'était l'heure où le lys de la verte prairie Ouvre son beau calice , où l'amoureux berger

Va, pour son amante chérie ,

Cueillir la fleur de l'oranger.

Livrant aux doux Zéphyrs son écharpeen dentelle. L'inconstant papillon volait de fleur en fleur,

Se reposait sur la plus belle,

Tout palpitant de son bonheur.

Le rossignol chantait ; l'industrieuse abeille Volait en bourdonnant vers Tamandier fleuri,

Lorsque par une autre merveille

Soudain mon cœur fut attendri.

Je regardais la brise agiter la charmille , Quand je vis deux poussins , au plumage doré,

Fuir, en sortant de la coquille ,

Leur nid de feuillage entouré.

L'amour, guidant vers eux leur mère délirante, Lui faisait secouer, quand elle prit Télan ,

Sa crête au fond rouge amarante

Et son petit chaperon blanc.

Que je voudrais pouvoir rendre son allégresse , Lorsqu'au bruit de son vol les deux petits fuyards.

Désertant la feuillée épaisse ,

Vinrent s'ofl'rir à ses regards?

Toyant qu'à ses côtés l'un becquetait la mousse , L'autre le grain de la fourmi , Et que son aile blanche et rousse Sur eus s'étendait à demi ,

Je dis , en m'éloignant de ce riche parterre : « Entre les amours d'ici-bas , « Qu'il est doux l'amour d'une mère 1 « Il est le seul qui ne ment pas l

SALNT VINGEiNT DE PAULE

Qu'en ce jour tout ce qui respire

Par ton ordre , Dieu tout-puissant,

A rhumble muse qui m'inspire

S'unisse pour chanter Vincent 1 Terre qui l'as porté , tressaille d'allégresse , Cieux qui le possédez, partagez mon i\resseî Pour qu'il puisse me voir du céleste séjour, Ah l que sur Iheure même une perte s'entr'ou\Te ; Qu'il entende mes chants, que son regard découvre

Et compte mes élans d" amour.

Pour Vincent , point d'indifférence ;

Que tout s'empresse à le bénir 1

Il fut ton ange , ô chère France ,

Qu'il vive dans ton souvenir !

Son astre radieux , parcourant sa carrière , Fit jaillir sur ton sol des gerbes de lumière Dont l'éclat vif et pur nous éblouit encor : De plaisir le cœur bat quand la bouche le nomme; A travers deux cents ans le nom de ce grand homme

Brille comme une lampe d'or.

Vincent brûla toujours du zèle

Qu'entretient le souffle de Dieu ,

Et d'étincelle en étincelle

Le répandit en chaque lieu.

Habitants de Paris , prêtres de Saint-Lazare, Dites-nous si d'amour son grand cœur fut avare. Il vous prêta les soins d'un vigilant pasteur; Vous fûtes du troupeau la portion choisie ; Il sut tracer pour vous , pendant sa longue vie .

Le chemin qui mène au bonheur.

Pour chasser laffreuse misère Qui désolait l'humanité, Du ci<*l l'ardeur de sj» prière Fit descendre la charilé.

Celle que des vertus on appelle la reine, "Voulut dans tous les cœurs régner en souveraine. Son nom fut salué , béni de toutes parts ; Elle étendit au loin ses dévorantes flammes , Et Ton vit tour à tour chevaliers , nobles dames S'enrôler sous ses étendards.

De Ihomme juste , ô Providence I

Tu ne détournes point les \eux.

Vincent prie, et ton aile immense

S'étend sur tous les malheureux.

Riches, dit-il, Dieu rendcequaux pauvres Ton donne, Et, sur l'heure , chargé du poids de leur aumône, Ne voulant de ses pas que Dieu seul pour témoin, Sous le chaume, où la fai.n , dal'indigent sempare, Il allait secourir plus dun pauvre Lazare

Près d expirer dans le besoin.

Par lui , de ses vives alarmes

Tout cœur aiïligé vit la fin ;

Son aspect tarissait les larmes

Delà veuve et de l'orphelin.

Il ne s'effrayait point de l'horreur des abîmes , Et, pour en retirer des milliers de victimes, Qu'eût atteints de ses coups rim|)itoyable Mort, Il se multipliait: l'ange de lagonie, Redoutant le pouvoir de ce rare génie,

Vers d'autres lieux prenait l'essor.

Certes , de toutes les misères

Qu'enfante un siècle dépravé ,

Il n'en est pas de plus amères

Que celles de l'enfant trouvé.

Son rigoureux destin, que peu savent comprendre , Déchira de Vincent l'âme sensible et tendre : Dès lors un nouveau feu dans son cœur s'alluma ; De leurs pas égarés , la nuit , cherchant la trace , Combien en trouva-t-il expirant sur la glace,

Et que son souffle ranima !

Pauvre créature innocente,

Touché de ton sort malheureux,

De Vincent la voix caressante

Apaisait tes cris doulaureux !

Avant lui , qui prenait en pitié la misère De l'enfant , orphelin du vivant de sa mère? Nul mortel , en passant, ne lui tendait la main. En un instant, l'oubli dévorait tous ses charmes; Souvent, son premier jour, jour de deuil et de larmes,

Était pour lui sans lendemain.

Dans le ciel et dans la nature , Non , rien n'est plus intéressant

Que ce nouveau-né , dans la bure , Dormant sur les bras de Vincent. Voyez ; il ne sent jlus de lair rintempérie 1 Pareil au tendre lys, ce roi de la prairie , Qu'un beau soleil admire et fait épanouir, Il s'éveille sans pleurs et se met à sourire A son libérateur. Tout en lui semble dire : Hélas I sans toi, jallais mourir.

Du jour renaissant la lumière

Guide à peine les faibles pas

De cet ange qui sert de père

A l'enfant quil tient sur ses bras ; Et , pour mettre à labri son enfance débile , Il va le déposer dans ce pieux asile Qu'avec bonheur un siècle à Tautre montrera. Oui , mortels , vos palais tomberont en ruine , Tandis que de Vincent l'œuvre toute divine

Au dernier jour subsistera.

Dunt affreuse mort la menace

A ses projets ne change rien ;

Il va jusqu'à prendre la place

Et les chaînes d'un galérien.

Dans tes yeux , à forçat, un rayon d'espoir brille! Tu vas rendre au bonheur une épouse , une fille !

Mais ce jour qui doit mettre un terme à tes revers , Laissera dans l'oubli le dévoûment sublime; Il faudra que Vincent, de son zèle victime, Porte la marque de tes fers.

A sa voix , la vierge timide ,

Oubliant le pays natal ,

Pleine d'un courage intrépide,

Se rend au sein d'un hôpital.

Sous le bandeau de lin , captive et toujours belle, Ange de dévoûment, au malade rebelle, Dans une coupe amie elle offre la santé; Et cet infortuné qu'une plaie incurable Dévore, soulagé par sa main secourable.

Bénit la Sœur de charité.

Maintes fois , des grands et des princes

Il sollicita les faveurs,

Pour secourir plusieurs provinces

Qu'il arrosait de ses sueurs 1 De ses nombreux bienfaits ; notre mémoire est pleine, ï'oublia-t-il , réponds , malheureuse Lorraine, Quand ton sol se couvrait de mourants et de morts ? Tu vis son zèle ardent prcNcnir ta ruine, Tu vis s'évanouir peste, guerre , famine,

Dc\arjt ses généreux eflbrts.

Ce prêtre d'ailleurs si modeste,

Présidant aux conseils des rois,

Leurs disaient : « avant tout le reste,

« Etablissez de bonnes lois.

« La justice a toujours une vois éloquente ; « Pour qui sait la porter, la couronne est pesante; « Mais de son auréole un rayon de bonheur « Entoure le monarque et luit sur son royaume: « S'il règne parl'amour sur lecœurde chaque homme,

« Ne règne-t-il pas en vainqueur? »

Que toute plainte , tout murmure ,

Dans l'oubli rentrent pour jamais;

A flots, sur l'humaine nature

Vincent fit pleu\oirles bienfaits!

Ils ont comblé le trône , inondé la chaumière; Sur le mallieur dautrui , pendant sa vie entière. On Ta vu s'attendrir jusqu'à verser des pleurs ; Aussi, peuples et rois s'enviaient la présence Du fils d un laboureur possédant la science ,

D'adoucir toutes les douleurs.

Lui seul d'une si belle \ie Sans peine a oit ^ei.ir le soir; Aux portes du ciel qui ren\ie, Dieu s'appréîe à le iece\oir.

Du suprême bonheur quand pour lui 1 heure sonne, Avec cet air joyeux que Tinnocence donne, Il bénit de la mort l'instant si redouté ; Et , quittant sans regret sa dépouille mortelle , Son âme suit l'écho de la voix qui l'appelle Au sein de la Divinité.

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