‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 36 sur 79 · A MA MERE · texte numérisé non relu

A MA MERE

Sous le poids du chagrin, ma mère, ah ! je succombe. Sans ta fille, pourquoi descendre dans la tombe? Je n'avais d'autre appui , d'autre guide que toi ; Hélas! qui désormais prendra piliéde moi? Ma mère , mon seul bien et mon unique amie , Pourquoi si jeune encor, pourquoi quitter la vie? Tu m'aimais ; et pourtant , ô souvenir cruel! Contrainte de cacher ton amour maternel , A l'écart seulement, tu me disais: « Ma fille , a Je te laisse sans nom , sans père , sans famille; « Mais je le donne à Dieu , qui voit mon repentir. « Viens , ô ma chère enfant ! m'aider à le fléchir. » Et puis devant la croix tu priais , ô ma mère 1 Et moi je te suivais, bégayant ta prière.

Ah ! qu'ils ont été courts , rapides ces instants ! O ma mère , tu meurs encor dans ton printemps. Tu meurs sainte , et jamais . pour une seule offense , Le ciel n"eut tant de pleurs ; jamais la pénitence D'un cœur brisé n'a dû tirer tant de soupirs 1 Grand fut ton sacrifice, il t'égale aux martyrs. A toutes les douleurs \ictime résignée , Ta foi, ton repentir, tes larmes t'ont tuée. Mais aussi, quand tu meurs, le ciel se réjouit. Comme il bénit les saints , le Seigneur te bénit. 11 pardonna jadis à la femme adultère.

Une larme, un soupir le désarme , ô ma mère! Il me semble le voir présent à ton trépas , Prêt à te recevoir , et te tendant les bras ; Il te montre son cœur, d'où la pitié déborde , En te disant ces mots pleins de miséricorde : « Meurs sans crainte, ô ma fillel et monte droit auciel; « Monte, et viens partager mon bonheur éternel. « Ton front du repentir va ceindre la couronne ; « Le monde te condamne, et moi je te pardonne. »

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