‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 43 sur 79 · LA JEUNE MENDIANTE ET SA MÈRE · texte numérisé non relu

LA JEUNE MENDIANTE ET SA MÈRE

A M. GIRALD, Ministre de l'instruction publique et des cultes.

Dans un de ces réduits où loge la misère, Où souvent couché sur la terre Le malheureux soupire en vain,

J'ai vu le désespoir d'une mère indigente,

En proie aux horreurs de la faim.

Sa fille à peine adolescente, * Pour mendier un peu de pain,

Depuis l'aurore était absente,

La nuit la lui ramène enfin ;

Elle entre... mais... sans chevelure...

C'était son unique parure !

La malheureuse mère, hélas !

Oubliant sa grande faiblesse,

Baise sa fille avec tendresse,

L'étreint vivement dans ses bras.

Et des noms les plus doux l'appelle.

Puis, de son bonnet de velours

Relevant l'étroite dentelle :

« Où sonttes beaux cheveux, mon ange? lui dit-elle, « Où sont-ils? à ta mère, oh! parle sans détours.

« — Tu pleurais I » dit la jeune fille En jetant sur sa mère un douloureux regard.

« Tu pleurais, sur ta joue une larme encor brille.

« Je t'ai fait du chagrin en revenant si tard.

« Autour de moi la foule en vain s'est promenée, « Mère, de toute la journée « Nul vers moi n'a tourné les yeux.

« J'avais faim cependant, j'étais triste, inquiète,

« A revenir vers toi sans secours j'étais prête,

« Quand, pour te soulager, j'ai vendu mes cheveux.

« Notre faim se taira, mère, sois sans alarmes, « Tiens, voici de quoi l'apaiser... »

Je n'entendis plus rien, mais de la mère en larmes

Quand les regards sur moi vinrent se reposer, Mon âme, près de se briser, Comprit la grandeur de sa peine.

« De celui qui soupire et se confie en Dieu, « L'espérance n'est jamais vaine, »

Lui dis-je en m' éloignant à regret de ce lieu.

« N'en suis-je pas moi-même une preuve certaine?

« Ainsi que vous, je n'avais rien ; « Le destin me fit naître au sein de l'indigence ;

« Mais, plaignant ma triste existence, « Un ministre qui met sa gloire et sa puissance

« A donner, à faire le bien,

« Est devenu ma providence,

« Mon consolateur, mon soutien.

« Qui sait ce que le ciel vous garde?

« Souvent dans son humble mansarde,

« Malgré le sort capricieux,

« Sous l'œil de Dieu qui le regarde, « Le pauvre s'endort triste et s'éveille joyeux. »

Page 1