‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 44 sur 79 · LE RÊVE DU MOUSSE · texte numérisé non relu

LE RÊVE DU MOUSSE

Sur le bord d'un riche navire Qui du monde faisait le tour, Un mousse sommeillait vers le déclin du jour. Sous les caresses de Zéphire.

Allant droit à ce pauvre enfant Dont les pleurs mouillaient le sourire : « Est-il chagrin? est-il souffrant?

« Il s'agite, il parle, il soupire!

« Ses yeux pourtant ne s'ouvrent pas;

« C'est sans doute l'effet d'un rêve; <.< En silence, écoutons avant qu'il ne s'achève. » Et suivant les divers mouvements de ses bras, D'une foule de mots articulés tout bas, Je recueillis ceux-ci : « Terre ! je vois la terre,

« Le pays natal, ma chaumière!

« En Dieu mon espoir n'est point vain. « Je revois, ô ma mère, « Tes traits chéris, ton sourire divin! « Rose, Lise, avec vous je me retrouve enfin !

« Et nos chevrettes, où sont-elles?

« Hâtez-vous, ô mes sœurs, donnez-m'en des nouvelles.

« Pellegrine vit-elle encor?

« Et la caressante Grisette

« Ronge- t-elle toujours le bord

« Du court tablier de Rosette?

« Ce souvenir d'enfance à mon cœur est si doux ! « Bichonno est mère, dites-vous,

« De ce gentil che\Teau qui bêle autour de nous? « Comme il lui ressemble! et Rousselle, « Dans sa blanche et rose mamelle, « Conserve-t-elle encor cette liqueur « Dont nous savourions la douceur,

« Sous nos ombrages frais, au son de la musette « Qui réjouissait tant Lisette?

« Eh bien, de notre sort contents comme des rois, « Avec nos chèvres, dans les bois, « Allons de ce pas tous les trois « Nous livrer aux jeux d'autrefois... » Et sur l'onde qui le balance,

Le pauvre enfant tressaille et puis dort en silence.

Je ne sais si du jour oubliant les labeurs. Au sein de la verte prairie

Le mousse heureux cueillait des fleurs, Pour ceindre le front de ses sœurs ; iMais du bonheur de son jeune âge La douce et ravissante image Eut bientôt effacé la trace de ses pleurs.

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