‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 56 sur 79 · REGRETS D'UNE JEUNE AVEUGLE · texte numérisé non relu

REGRETS D'UNE JEUNE AVEUGLE

Vous dont le regard plane au lever de l'aurore Sur tout ce qui se meut sous la voûte des cieux, Si dans votre âme un peu de pitié reste encore, Sur mon malheur jetez les yeux.

De l'astre bienfaisant qui seul donne à la terre,

Sans les lui mesurer, la vie et la chaleur, Je pouvais autrefois contempler la lumière Ainsi que vous; mais, ô douleur!...

Traînant mes faibles pas dans l'ombre et le silence, Hélas! je ne puis plus, à la chute du jour, De la reine des nuits avec impatience Attendre, épier le retour.

Non, je ne verrai plus l'imposante nature A l'aspect du printemps renaître, s'embellir, Avec pompe étaler sa brillante parure, S'attrister ou se rcjouh\

Palpitante de joie, au sein de la prairie, C()ml)i(ii il m'ctaitdoux,quand venaient les beaux jours, I)(^ poursuivre en son vol ou surriicrbe lleurie L'insecte au corset de velours!

Qu'il m'était doux de voir et l'eau cristallisée,

Et les petits ruisseaux daus les bois serpenter, Et le gazon couvert de perles de rosée, Et le feuillage s'agiter !

Adieu donc pour toujours, trèfle, bluet, pervenche. Fleurs que ma main cueillait ! adieu, petits oiseaux, Je ne vous verrai plus voler de branche en branche, Ni vous mirer au bord des eaux !

Et vous, sombres forêts, déserts, antres sauvages. Vallons, étroits sentiers, bosquets mystérieux, Frais ombrages, coteaux riants, beaux paysages, Recevez aussi mes adieux !

Oh ! que ces souvenirs rendent ma coupe amère !

Vous, qui dormez en paix sous l'aile de la mort,

Que ne vous ai-je encore, ô mon père, ô ma mère, Pour pleurer sur mon triste sort !

Mais qui peut consoler ainsi ma peine extrême? Votre ombre, ô mes parents, erre-t-elle en ce lieu? Ce prompt secours me vient de plus haut, du ciel même, De toi, de toi seul, ô mon Dieu !

Oui, mon Dieu, ton saint nom allège ma souffrance; Dès que je le prononce, il ravive ma foi ; Plus forte alors, je dis avec plus d'assurance : Non, tout n'est pas fini pour moi!

0 foi, vertu divine! à jamais sois bénie! Par toi mon âme espère ! au delà du tombeau Tu lui fais entrevoir une meilleure vie,

Un ciel plus pur, un jour plus ])oau!

Page 1