‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 58 sur 79 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

Un vieux chat, descendant du fameux Rodilard, Ainsi que tous ceux de sa race, Était fourbe, rempli d'audace, Jaloux, rusé, gourmand, pillard, Traître, vindicatif, en somme.

Avec ses devanciers digne d'aller de pair.

Attraper des mouches en l'air, Faire rouler par terre une noix, une pomme,

Ou bien prendre et lâcher les rats,

Un tel enfantillage . L'indignait à son âge,

Grippon ne vous le disait pas ,

Mais il donnait à le comprendre ;

Car, un jour, fatigué d'attendre Que le rôti fût seul avec lui pour le prendre,

Monsieur faisait fi de tout jeu, En guettant sur sa cage un oiseau vert et bleu ,

(Quoique, j'aime fort à le croire, Du gibier la couleur aux chats importe peu),

Quant au goût, c'est une autre histoire.

Oubliant donc le pot au feu,

La lèche-frite, l'écumoire.

Mon grivois, tête basse et marchant doucement.

Va se poster adroitement En face de l'oiseau ^c'était une perruche ) : De notre mauvais garnement La queue est seule en mouvement Tout annonce qu'il veut lui dresser une embûche D'en imposer par son caquet En vain l'orgueilleuse se flatte, ^ Grippon, du revers de sa patte, L'envoie au milieu du parquet.

« La tournure que prend l'affaire est délicate, » Dit l'oiseau, redoutant le premier coup de dent. « Se défendre est-il bien prudent?

« Je ne sais, mais, en attendant, « Se laisser manger par sa faute, « C'est être archibêt^, archisotfe. »

Et ce disant, dame Cocotte Appelle à son secours Charlotte.

xMais rien n'émeut le scélérat;

Cocotte, d'efifroi palpitante, Se tordait sous la dent de la bête méchante, Quand le balai de la servante Vint mettre fin à ce combat.

Moins fière pourtant que ravie D'avoir pu lui sauver la vie, Charlotte, lui tendant le bras :

« Ce vilain Grippon, ma mignonne, « De toi voulait faire un repas, « Le goulu ! qu'il n'espère pas « Que jamais je le lui pardonne.

« Tu frémis au seul nom du maudit animal. « Voyons s'il t'a fait bien du mal ! » Et sur-le-champ, de son haleine Le souille aussi doux que léger Sous chaque plume se promène l'oiir cliorclier la blessure et pour la soulager Mais pourra-t-on le croire? A peine

Sa vie est hors de tout danger, Qu'avec dépit, du bras protecteur de Charlotte, Qu'elle ose mordre jusqu'au sang, La capricieuse Cocotte

Descend Dédaigneuse, et fuit la présence De celle qui prit sa défense.

L'ingrat à la reconnaissance Non-seulement ne comprend rien.

Mais il rend le mal pour le bien.

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