‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 59 sur 79 · ALLEGORIE · texte numérisé non relu

ALLEGORIE

Lasse de vivre en pèlerine, Pour tromper son isolement, Une fauvette ayant construit son logement Au pied d'une verte colline :

« Qui donc, se disait-elle en son âme chagrine,

Qui donc émoussera l'épine

Qui me blesse cruellement? »

Livrée à son inquiétude, Tandis qu'elle exhalait, selon son habitude,

Sa plainte que l'air emportait.

Sous le feuillage sombre, et près de là cachée,

Une autre fauvette écoutait.

La plainte est à peine achevée,

Oubliant son unique bien,

(Son nid où dormait sa couvée) Elle prend tout à coup son vol aérien. Va droit au pauvreoiseau qui tremble etbat de l'aile :

« — Tu souffres! qu'as-tu? lui dit-elle.

Pauvrette! hâte-toi, dans mon cœur

Dépose ta peine cruelle!

Parle! ne suis-je pas ta sœur?

— Je suis sans parents sur la terre.

A peine avais-je vu le jour, La mort vint me ravir ma mère.

Abandonnée, hélas ! d'un père, Je n'ai jamais connu l'amour.

— Pour ta malheureuse existence, Ma sœur, dis-moi, ne puis-je rien?

De mon nid rapprochons le tien.

J'allégerai du moins le poids de ta souffrance. Sous les yeux de l'indifférence Je ne veux plus te voir languir. »

Et le soleil n'eut pas des monts doré la crête, Qu'au sein de l'amitié la plaintive fauvette Avait déjà pu s'endormir.

Page 1