ALLEGORIE
Lasse de vivre en pèlerine, Pour tromper son isolement, Une fauvette ayant construit son logement Au pied d'une verte colline :
« Qui donc, se disait-elle en son âme chagrine,
Qui donc émoussera l'épine
Qui me blesse cruellement? »
Livrée à son inquiétude, Tandis qu'elle exhalait, selon son habitude,
Sa plainte que l'air emportait.
Sous le feuillage sombre, et près de là cachée,
Une autre fauvette écoutait.
La plainte est à peine achevée,
Oubliant son unique bien,
(Son nid où dormait sa couvée) Elle prend tout à coup son vol aérien. Va droit au pauvreoiseau qui tremble etbat de l'aile :
« — Tu souffres! qu'as-tu? lui dit-elle.
Pauvrette! hâte-toi, dans mon cœur
Dépose ta peine cruelle!
Parle! ne suis-je pas ta sœur?
— Je suis sans parents sur la terre.
A peine avais-je vu le jour, La mort vint me ravir ma mère.
Abandonnée, hélas ! d'un père, Je n'ai jamais connu l'amour.
— Pour ta malheureuse existence, Ma sœur, dis-moi, ne puis-je rien?
De mon nid rapprochons le tien.
J'allégerai du moins le poids de ta souffrance. Sous les yeux de l'indifférence Je ne veux plus te voir languir. »
Et le soleil n'eut pas des monts doré la crête, Qu'au sein de l'amitié la plaintive fauvette Avait déjà pu s'endormir.