‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 60 sur 79 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

Suis ton chemin, dame Fortune!

Mon cœur n'est point ambitieux.

Le bruit de ton or m'importune ; Pour moi, sous la voûte des cieux, Il est des biens plus précieux.

Honneurs de la terre, Honneurs mensongers, A vous je préfère Nos bois, nos vergers.

Dans ma rustique maisonnette, Fermée à tous les vains plaisirs, On dirait qu'il est toujours fête.

Là, matin et soir, des zéphirs J'entends les amoureux soupirs.

Honneurs de la terre, etc., etc.

Ma vie est si calme, si douce!

Je m'assieds et prends mes repas Sur un large tapis de mousse, Que pour le plus beau des sophas, Jiien sûr, je n'échangerais pas.

Honneurs de la terre, etc., etc.

Non, non, pour moi rien ne remplace Ni le doux murmure des eaux, Ni le vent qui berce avec grâce L'herbe, l'insecte et les oiseaux Dans leur frêle nid de roseaux.

Honneurs de la terre, etc., etc.

Pourquoi serais-je désireuse Des biens qui passent tour à tour?

Il ne me faut pour être heureuse Qu'un peu de pain, un peu d'amour, Que Dieu me donne chaque jour.

Honneurs de la terre,

Honneurs mensongers,

A vous je préfère

Nos bois, nos vergers.

Avocat général à la cour impériale d'Aix.

Perdre le souvenir de tes bienfaits divers !

Sur mon luth que ne puis-je exprimer en beaux vers

Ce qu'ont de doux pour moi ton nom, ta voix amie !

A peine t'eus-je instruit des malheurs de ma vie,

Que pour calmer le sort envers moi trop cruel,

A la pitié d'autrui la tienne fit appel.

Et mon âme s'ouvrit à la douce espérance.

A mes regards voilés des pleurs de la souffrance, Toi qui sus faire luire un meilleur avenir, Laisse-moi te chanter, laisse-moi te bénir ! Oh! qu'en te souriant, le bonheur te regarde C'est toi qui l'as conduit dans ma pauvre mansarde, Où ma muse à ses goûts ne pouvait se livrer; Mais , grâce au prompt secours que tu me fis trouver, Libre enfin chaque jour de prélever une heure Sur celles du travail, et seule en ma demeure, Avec nos bons auteurs je puis m' entretenir; Avec eux je parcours le passé, l'avenir. Du sublime Pascal je dévore les pages; Dans son vol Bossuet, traversant tous les âges, M'emporte, me ravit. J'admire Massillon, Bourdaloue etFléchier; mais au doux Fénelon, Ce vase empli de foi, de suave éloquence, Mon cœur sans hésiter donne la préférence. Milton, le Tasse, Danle, aux lUMif Muscs si clicr.s,

Savent m'initier aux célestes concerts.

Que l'auteur des Martyrs m'a fait verser de larmes!

Que ses chants inspirés pour mon âme ont de charmes!

Et Lamartine! ô cœurs tendres, redites-nous

Ce qu'ont de ravissant, de suave et de doux

Ses méditations, ses belles harmonies !

Mais, ô mon noble ami, de ces puissants génies

Si les noms pour touj ours sont gravés dans mon cœur

Le tien, vois-tu, me fait tressaillir de bonheur.

Ton nom ! mais c'est lui seul en ce jour qui m'inspire ;

C'est pour toi que ce chant s'exhale de ma lyre;

Vers toi, qui sur mon sort as tant de fois pleuré,

Qu'il s'envole, et s'il n'est du public ignoré.

S'il trouve un bienveillant accueil à son passage.

De ce double bonheur j'irai te faire hommage.

S'il tombe quelques grams d'encens autour de moi.

Le premier, sois-en sûr, brûlera devant toi.

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