A MONTPELLIER
De tes murs je m'éloigne, ô ville hospitalière, Où pendant un séjour Trop court, Tu m'as rendue heureuse et fière 1 De mon cœur reçois en ce jour Ce chant de regret et d'amour.
Au lieu de ne répondre aux accents de ma lyre Que par un froid dédain, Soudain Ta bouche daigna leur sourire; Bon peuple! tu fis plus, ta main Sema des fleurs sur mon chemin.
Nul ne m'a repoussée, oh! non, ma poésie A franchi sans orgueil Le seuil De plus d'une maison choisie'.
De chacun mon humble recueil Reçut un bienveillant accueil.
Riche et pauvre chez qui je fus la bienvenue Ont adressé des vœux Aux cieux Pour moi, pauvre fille inconnue.
Souvenir touchant, précieux, De larmes tu remplis mes yeux !
Nobles amis! par vous si ma peine est sentie, Si mes vers sont connus Et lus.
Si Rose ' a votre sympathie, Si ses malheurs vous ont émus, Je ne demande rien de plus.
1. Marie-Rose, amie d'eufance de Reine Garde, et qui fait le sujet du petit romau couroaué par T Académie en 1 856.
S'il est vrai que ma poésie Verse en ta coupe Tambroisie, Je dois l'avouer à mon tour, De tes jolis vers je m'inspire ; Toutes les cordes de ma lyre Vibrent pour toi seul en ce jour.
Poëte, que ta voix sonore Se plaise à me redire encore Ce chant viril où la raison Froide, mais équitable et sage, Captive par son beau langage La folle imagination !
Mais d'où vient que ta jeune muse A toute gaîté se refuse?
Sans trop poursuivre l'idéal.
Où jamais fleurs ne sont écloses, Si tu cueillais du moins les roses
De ton chemin, ferais-tu mal?
D'où naît cette sombre tristesse?
Au dieu des arts qui te caresse Pourquoi montrer un front rêveur, Un sourire voisin des larmes?
La vie est donc pour toi sans charmes '^ Que manque-t-il à ton bonheur?
Tu veux... (hélas! chimère vaine!) Tu veux qu'à toi la gloire vienne?
Dès que ton nom fera du bruit, A tes regards, tu peux m'en croire, Ce qui vaut bien plus que la gloire.
Son prestige sera détruit.