A M. PIERRE BELLOT
Il y a déjà plus d'un mois que ton nom agite ma pensée sans trêve ni repos. Doucement portés
Sur leis doues alos doou renoum, Qu'aimi de li faire esquineto ; Teis vers courous, dins ma chambretto, Escalerount per mi fa gaou.
Mounte l'as destraoucatoun fleou de martegaou? En lou ligent, ai pas besoun de ti va dire,
Fes uno bello peou de rire;
Leis hueils vous plourount, v'engranas.
Tout s'en douno alors, fin qu'où naz; Uno bando de coou lou gai lectour s'arresto, Per escoundre la morvo, aquello malhounesto,
Que souarte fouaro soun houstaou,
Per faire leis bano aou cooutaou.
Et ta poulido bouquetiero, Que senso crcnto, aou daou doou Cous, Eslraro lou frances sur soun trône de llous ?
sur les ailes de la renommée, tes vers élégants ont pénétré dans ma cliambrette pour jeter un défi à ma muse.
Où as-tu déniché ton tlegme martiguais' ? En te lisant, on fait une belle partie de rire : les yeux se remplissent de larmes, et le lecteur, ivre de gaieté, s'arrête à tout instant pour tirer son mouchoir.
Et ta jolie bouquetière du Cours, qui sans pitié
1 . 3Iartiguesesl une petite bourgade sitnée sur le littoral de la Méditerranée, et dont les habitants vivent ea guerre perpétuelle de plaisanteries avec les Marseillais, leurs rvims-
De tant de pouetos famoux, Deis quaou la Franco es enca fiero,
Jugui que s'en trobo pas dous Que n'en fabriquount de pariero, Per lou bouen an !
Senso orgueilh pouedes ti va creire.
Quu n'en seriet pas glou de veire La fleoumo de mise Tartan, Quand proumenovo benqueflano sus soun ban, Leis hueils risent, lou poung sur l'anquo, En cridantleis chalands deis flous verdovoblanquo? De l'Allemand, pecaire! aquesto, qu'a lou fieou, Caligno leis escus, et per si truffar d*eou N'a pas la linguo bretto. Doou rire lou ventre vous petto, Quand s'anounço en frances, perli parlar prus dous, Cade mot que li dis li lou pouargeo a rebous. Mai creses que Franklin senso pipo fumavo,
— loo —
estropie le français sur son trône de fleurs ! De tant de poètes fameux, qui sont l'orgueil de la France, il n'en est pas deux, je gage, qui soient capables d'une telle iiivention. Sans vanité tu peux le croire. Qui ne serait heureux de se donner en spectacle les poses superbes de mademoiselle Tartan, qui, se prélassant derrière son banc, le sourire aux yeux, et le poing sur la hanche, provoque les passants à acheter ses fleurs? La madrée bouquetière lorgne les écus du candide Allemand, et pour se gausser de lui, sa langue n'est pas liée. Quand elle lui parle en français, pour adoucir son langage, tous les mots, en sortant de sa bouche, se tournent à l'envers. Mais croyez-vous que Franklin fumât
Quand la coulcgo s'en truffavo; Per rescassar leis soubriquets, Lou gros berigaoudias badavo En fen lusir seis dous quinquets.
Sur l'estounanto merevilhoî Aguessoun derrabat l'aourilho
D'aqueou gournaou, Eme la mitât de soun quelli, Aouriet pas mai pitra qu'un troues de santibelli,
Vo que l'espouventaou De paillio,
Qu'aplantoun dins un traou
Per far fugir leis cailho, Leis beco-fîguo, leis cuous-blancs.
Ta muso n'a ni feou ni croyo, Mai cresi qu'aimo un tant si paou La douço libcrtat, la joyo ; Et ])cr tout ce que vis, coumo aquello d'un taou,
sans pipe, sous le feu des moqurries de la commère? Le badaud gobait à pleine bouche les compliments dérisoires qu'elle lui lançait, en lixant sur la merveilleuse marchande ses yeux brillants comme deux quinquets. Ce lourdaud se serait laissé arracher l'oreille ou la moitié de son habit, sans plus bouger qu'une statue de plâtre ou qu'un bonhomme de paille planté dans un champ pour épouvanter les petits ciseaux.
Ta muse n'a ni fiel ni orgueil; mais je la crois tant soit })eu amoureuse de plaisir et de douce liberté, et pour rien au monde, comme telle autre
Li farien pas gardar l'houstaou.
As bello a t'esmooure la bilo, La poues pas far restar tranquilo, Ni demourar a toun entour.
A peno de madamo l'aoubo, Seis liueils \'ient blanquegear la raoubo, Que ti dis : « Aou Prado vaou faire un pichoun tour. « Es l'houro ounte sus soun aleto, « Zepliir d'assetoun, « A cade flouretto, « Dins soun liech d'erbetto, « Va faire un poutoun.
« Aou mitan doou blat que verdegeo, « Ententeriji « Que lou papilloun libertin, « D'un cairc a l'aoutre voulastregeo, « Sur leisblurets cuberts deislarmos doou matin « L'abelllo si despacho a faire soun butin.
que je connais, on ne lui ferait garder la maison.
Tu as beau t'échauffer la bile, tu ne peux la tenir au repos ni l'enchaîner auprès de toi. A peine voitelle blanchir la robe de madame Aurore qu'elle te dit : « Je vais faire un petit tour au Prado. C'est « l'heure où Zéphyr, se balançant sur son aile lé- « gère, va porter un baiser à chaque fleur dans <y son lit de verdure. Pendant que Tinconstant pa- « pillon voltige, au milieu du blé qui verdoie, sur « les bluets humides des larmes du matin, l'abeille « diligente butine de fleur en fleur. C'est mainte- ^ nantque, secouant la paresse et bravant la rosée,
« Es aro qu'en fugen la cagno,
« La maire de cade oouseloun
« Saoute doou nis maougra l'eigagiio,
« Et batte eme ardour la campagiio,
« Per li sercar lou mousseloun,
« Sus l'oume cubert de blancado,
« Estou mouillent, « Lou roussignou canto l'aoubado; « Soou que, dessouto la ramado,
« Sa ben aimado
« Lou ten d'amen.
« Es l'houro mounte la naturo, « ïouto sourisento d'amour, « Si mirayo dins sa pavuro.
« Li vaou, serai leou de retour, « Ti v'asseguri sus l'lioui;our; « Dcspassarai pas la hastido... »
« les mères des petits oiseaux sautent du nid et « battent avec ardeur la campagne pour chercher « leur pâture.
« C'est maintenant que sur l'ormeau couvert du « givre de la nuit le rossignol chante son hynflie « matinal ; il sait que sous la feuillée sa bien-aimée « ne le perd pas de vue.
« C'est l'heure où la nature, toute souriante « d'amour, se mire dans sa beauté. Je pars : bien- « tôt je serai de retour, je te le jure sur l'honneur ; « j'irai jusqu'à la bastide ' sans franchir cette « limite... »
1 . C'est le uom des pelilci villas qui peuplent la campaçue de Mai'seille.
Mai quand doou champ si vis la claou,
La courentio alors oublido,
Lou papilloun, Terbo flourido,
Et va blagar chez Margarido,
Chez Toni, vo chez Nicoulaou.
Aquito en galegean, leis très quart doou journaou, Ta muso que sus tout vous trobo sa repliquo,
Douno un gros coou de ped a l'un,
A l'aoutre uno pichouno chiquo;
La finocho espargno degun.
Perque la trates de rampino ?
Dins seis vers fresch coumo la flour,
Que de soun parfum, nuech et jour,
Embeimo leis airs, la coulino, Quoique fougue un paou trop satiriquo per fes,
Ta muso es jouyouso, badino;
Es vivo, alerto, enfantoulino,
Jugarello coumo n'a ges...
Mais quand elle tient la clef des champs, la coureuse, oubliant le papillon, l'herbe fleurie, va bavarder chez Marguerite, chez Antoine ou chez Nicolas. Là folâtrant les trois quarts de la journée, ta muse, qui trouve réplique à tout, donne un grand coup de pied à l'un, à l'autre une chiquenaude; la rusée n'épargne personne. Pourquoi la traiter de radoteuse? Dans ses vers frais comme la fleur qui, nuit et jour, embaume de son parfum les airs et la colline, bien que parfois elle s'abandonne un peu trop à la satire, elle est joyeuse, badine; elle est vive, alerte, folâtre et joueuse comme un enfant.
Mai quand dossouto lou feuilhagi,
Leisses estar lou badinagi,
Et que parles eme serieou, Per t' entendre laouzar, bénir dins toun lengagi,
Lou rei de l'univers ! lou Dieou,
Qu'a tout créa per nouestre usagi,
Oh ve! de longuo escoutarieou....
L'a d'endrecli dins ta pouesio, Que sount cafi de graci et de pliilosophio.
Ta bergiero de Bougencier, Es facho per esmaoure un couar doubla d'acier. Qu'aimi de la legir, quand sieou descourageado ! En luego de maoudire alors ma destinado, Per revioudar moun couar toujours triste, abattu, En allucaiU lou ciel, dieou subran, eme tu : « L'cscagiio do la vido, es tant leou debanado ! » S'escarten pas de la vertu. ..
UEI.NO (jAUDO.
Mais quand, rêveur sous le l'euillage, tu fais trêve aux chansons légères et que ta muse devient grave et sérieuse, pour t'entendre louer et bénir le roi de l'univers, le Dieu qui a créé toute chose pour nous, alors, ô poëte, jeneme lasserais jamais d'écouter! Ta poésie est souvent comme émaillée d'une philosophie douce et riante.
Ta bergère de Bougencier est faite pour émouvoir un cœur doublé d'acier. Que j'aime à la lire, quand je languis découragée! Alors, au lieu de maudire ma destinée, pour ranimer mon cœur triste et abattu, je dis avec toi, les yeux levés au ciel : « L'écheveau de la vie est si vite déroulé ' » ne nous écartons pas du sentier de la vertu.
Reine Garde.
RESPONSO
A MADAMEISELLO REINO GARDO
L'encens que fas tubar per yeou, Es troou fouart, mi gountlo, m'entesto; Aouricou d'orgueilh virât la testo,
Se tout ce que m'as dicli cresieou.
Mi counouissi, sabi quu sieou.