Ms. de la Bibl. imp., coll. Bréquigny, t. XCVII
7. Pièces justificatives; lettre de Castelnau du 23 avril 1584.
iiO GUERRE CIVILE EN ECOSSE (1584).
tude, et, dans une lettre du 4 mai 1684 adressée au duc de Guise, il montre les factieux toujours menaçants*: «Ayant failli leur entreprise, ils ont pensé exciter au dit Ecosse une guerre civile, mais le roi étant le plus fort se sont voulu retirer, disant que ce n'étoit pas leur volonté de lui vouloir faire mal, et de fait le comte de Gowrie, mylord Ruthven, qui avoit été l'auteur et conducteur de l'entreprise, se retiroit en France, pour se remettre, par le moyen de la reine d'Ecosse, en la bonne grâce du roi son fils avec ses partisans. Ce qui étoit aisé à faire et la meilleure voie pour les retirer de l'affection qu'ils ont à l'Angleterre. Mais en même temps que le comte de Gowrie se pensoit embarquer à Dundee, le colonel Stuart y est allé avec une grande troupe qui a pris au rivage de la mer le comte de Gowrie, et l'a mené là auprès en lieu de sûreté. Incontinent après tous ses parents, partisans, amis, ses compagnons en cette conspiration et faction se sont assemblés à grandes forces à Estrelin (Stirling) et ont pris la ville et y sont de présent avec plus de deux mille chevaux. Vrai est que le château tient encore où est un frère du nouveau comte d'Arran *. Ils publient par tous les endroits de l'Ecosse que leur roi est prisonnier, mal conseillé, nourri au sang, à la cruauté et infidélité envers sa noblesse, qu'il branle en sa religion protestante, qu'il a intelligence avec l'Espagne pour se faire catholique, que ceux qui le gouvernent veulent détruire la noblesse d'Ecosse; ils incitent les ministres pour crier aux peuples qu'ils prennent les armes et tout ce qui peut servir leur dessein le publient par mille sortes d'inventions.
« Sur cela, les Hamilton , qui étoient sur la frontière d'Ecosse poussés par l'Angleterre , après avoir attendu l'occasion, entrent en Ecosse, prennent les armes, les plus
1. Ms. de la Bibl. imp., coll. Bréquigny, t. XCVIL Cette lettre est le | complément de celle du 33 avril, que j'ai publiée dans les Pièces jwtificaHvet.
i, Ouillaume Stuart, frère de Stuart d'Ochiltree , comte d*Àrran.
GUERRE CIVILE EN ECOSSE (1584). ill
malcontents du monde, du roi, de toute votre maison et de toute la France où j'avois envoyé l'aîné S que la reine d'Angleterre a retiré par toutes sortes de belles promesses et bons traitements à lui et à son frère, qui sont plus simples que malicieux. Je les avois sauvés des mains de leurs ennemis , qui étoient le comte de Morton et les Anglois , pour les faire serviteurs de la reine d'Ecosse, comme ils ont été jusques à tant qu'ils aient été gagnés par les Anglois. Il les falloit retenir en état, pour le moins, que s'ils ne faisoient point de bien, ils ne fissent point de mal. Les forces qu'avoit le roi d'Ecosse à Lislebourg ( Edimbourg ) diminuent, et, selon la coutume du pays, les factions de ceux qui ont été contraires à leur prince l'emporteront, et en peu de jours, si Dieu n'y remédie. Ce sont exemples que la reine sa mère a bien éprouvés, laquelle au milieu de ses armées, de ses sujets et de sa noblesse qui lui étoit le plus obligée, de ses frères bâtards, de ses parents, serviteurs, domestiques, a été trahie et délaissée et réduite en l'état où elle est à présent. La plupart de ses prédécesseurs n'ont eu guères meilleur marché. » Après ce triste tableau de la situation de l'Ecosse, Gastelnau insistait sur l'importance de ce pays pour la France : « Je suis et serai toujours d'opinion qu'il n'y a nulle alliance au monde que la France doive avoir plus chère que celle de ce petit pays d'Ecosse*. »
Gastelnau eut enfin la joie d'apprendre que la révolte était comprimée. Gowrie avait payé de sa tête ses anciens attentats et sa récente complicité. L'ordre paraissait rétabli, et la concorde régnait entre Jacques et Marie. « On n'est plus en doute ici ni en France , écrivait Gastelnau à Marie ", que vous n'ayez un bon fils , et que vous ne soyez une bonne mère. » L'ambassadeur eût voulu ajouter à ce succès la
1. Claude Hamilton; son frère était John Hamilton , lord d'Àrbroath.