RUPTURE ENTRE MARIE STUART ET JACQUES VI
plaindre de cet ambassadeur. Maïs elle ne reçut de Jacques qu*une réponse froide et sèche qui se terminait par ces mots : « Je vous ai toujours reconnue et reconnoîtrai , ma vie durant, pour reine mère *. » Cette lettre porta à Marie un des coups les plus cruels qu'elle ait reçus dans sa vie si mêlée de chagrins et d'infortunes. Elle se plaignit amèrement de son fils dans ses lettres à Elisabeth" età Castelnau •. Elle menaça de déshériter Jacques et de le maudire, s'il méconnaissait ses droits et signait un traité avec l'Angleterre , sans y comprendre sa mère. « Lui sans moi , écrivait-elle à Castelnau *, demeurera lord Darnley ou comte de Lennox. » Elle terminait sa lettre par ces paroles : « Je vous prie que de vraie et native reine , on ne me fasse plus reine mère; car je ne connois point, l'association cessant, roi ni reine d'Ecosse que moi*. » Ces plaintes et ces menaces ne servirent qu'à aigrir les esprits et à rendre irrévocable la rupture de la mère et du fils. La France , qui voyait avec douleur cette séparation , n'épousa pas cependant la querelle de Marie Stuart avec la chaleur qu'elle exigeait de ses amis. Vainement la reine d'Ecosse insista pour que l'ambassadeur cessât de donner à son fils le titre de roi •. Castelnau, en transmettant sa lettre à la cour de France, blâmait Marie Stuart « d'en vouloir venir aux extrémités qui sont toujours dangereuses , surtout quand elles sont accompagnées de colère ''. » Henri III fut du même avis , et refusa de rompre avec Jacques VI ^ Quant à Elisabeth , elle triomphait du
1. Cette lettre a été publiée par Le Laboureur, Addit, aux Mémoires de Cattelnau, t. I, p. 637, 638.