SOUPÇONS DU DUC DE GUISE
porte un merveilleux et juste soupçon, et est très-considérable, n'y ayant point de doute que ce sujet est le moindre qui l'y fait aller, et l'on se doit ressouvenir que c'est lui seul qui a traité et mis en avant et conclu l'alliance de Genève, et que tous les siens sont huguenots, et que lui a toujours favorisé ce parti, et est certain que, lui, va à traiter quelque sujet important pour la religion catholique; il faut avoir l'œil ouvert à toutes les particularités de ce voyage et y voir clair. » Peu de jours après (25 novembre 1686), le chef de la Ligue écrivait encore à l'ambassadeur espagnol* : « Vous avez vu le parteraent de Bellièvre pour aller assurer la ligue ofifensive et défensive avec la reine d'Angleterre , et conférer les moyens de l'avancer. »
Cette opinion fut accueillie avec empressement et propagée par Bernardin de Mendoza. Le 22 décembre 1586 , il mandait à Alexandre Parnèse que la délivrance de Marie Stuart était le moindre souci de la cour de France*. Ces accusations de perfidie , adoptées par quelques cours étrangères', et répandues d'abord sourdement par les ligueurs*, éclatèrent lorsqu'en 1589 la Ligue jeta le masque et rompit avec Henri III. Dans la lettre adressée au pape Sixte V pour demander la déposition de ce roi , on dit que « la rumeur publique l'accuse d'avoir trahi la reine d'Ecosse'.» Les pamphlétaires, Louis d'Orléans et Boucher, répétèrent que
1. Archives de Tempire, sect. historique, Papiers de Simancas, B 57**.
2. La lettre de Tambassadeur espagnol est analysée dans l'ouvrage de Strada, de Bello belgico^ decas secunda, lib. VIII, edit. juzta exempl. Romae, ann. 1648, p. 480, 481.
3. Le marquis de Pisani , dans une dépêche du 13 juillet 1587 , écrivait de Rome à Henri III : « Le pape a dit que quelque apparence de démonstration que fîst Votre Majesté , elle étoit en très bonne intelligence avec U royne d'Angleterre. » Mémoires de Neyers,t. I, p. 757.