ACCUSATIONS DES LIGUEURS
Henri III cavoit vendu le sang de sa belle-sœur ^ » «La reine d'Angleterre, dit un autre libelliste d'un cynisme effronté*, le conduit par le muffle comme un bœuf, et lui a fait trouver bonne la conspiration de la mort de sa bellesœur la reine d'Ecosse, que, sans son aveu, elle n'eût jamais osé attenter. »
Brantôme, avec sa légèreté ordinaire, laisse percer l'accusation , mais comme un simple bruit : « Pour avoir été notre reine , dit-il dans l'éloge de Marie Stuart , cela ne lui a guères servi. Il me semble que pour avoir été telle , on devoit craindre de la faire mourir, de peur de la vengeance ; et y eût-^on songé cent fois avant d'en venir là , si notre roi en eût voulu bien prendre l'affirmative; mais d'autant qu'alors il haïssoit messieurs de Guise , ses cousins , il s'en soitcia fort peu que par manière d'acquit. Hélas ! qu'en pouvoit mais la pauvre innocente ? Voilà ce qu'en disoient aucuns. D'autres disoient et assuroient qu'il s'en formalisa fort. » Ainsi , au xvi* siècle , tout se réduit aux accusations des ligueurs et aux doutes d'un conteur qui a peu de souci de la vérité.
Mais, à mesure qu'on s'éloigne des faits, l'accusation se précise. Je ne parle pas de Gregorio Leti , qui , dans sa Vie de Sixte F», passe d'une opinion à l'autre avec une facilité qui lui ôte tout crédit. Mais, en 1688 , Louis Aubery, sieur du Maurier , dans la préface de ses Mémoires pour servir à l'histoire de Hollande, s'exi^ime en ces termes : « J'ai ouï dire à mon père qu'amis et ennemis concoururent à la mort de cette malheureuse reine. Il avoit appris de la bouche de M. de Bellièvre , qu'on envoya extraordinairement en Angleterre , en apparence pour solliciter pour la
1. « Serenissim» Scotiœ reginae, Prancisci II fratris viduœ, prodituni c defensionis specie sanguinem. » P. 208 recto du pamphlet de jtuta Hen* ricilll abdiaUione.
2. Les meurt, humeurs et comporiemens de Henry de Valois; Paris, Antoine le Riche , 1589 , p. 86.