LETTRE DE MARIE STUART
à œuvre si charitable. » Du reste la position de Marie lui semblait désespérée. Une lettre de Ghàteauneuf à Michel de Castelnau, écrite à la même époque*, le déclare positivement : « M. de Bellièvre est ici il y a déjà longtemps, qui ne peut voir aucune apparence de salut au fait de la reine d'Ecosse, au contraire toutes choses quasi déplorées. » Les prières seules pouvaient fléchimËlisabeth, et Bellièvre engageait Marie Stuart à désarmer la colère de sa rivale : « Elle ne peut être , lui écrivait-il ■ , surmontée d'autre que d'elle-même. »
Mais Marie ne s'abaissa pas aux prières : puisant dans ses convictions religieuses la force de braver la mort, elle écrivit à Elisabeth une lettre digne et ferme , sans orgueil ni jactance '. Elle n'attribue sa résolution qu'à Jésus-Christ : « A lui en soit la gloire! il ne m'a déçue de mon exspectation, m'ayant donné le cœur et la force, in spe contra spem^ d'endurer les injustes calomnies et accusations de ceux qui n'ont telle juridiction sur moi, avec une constante résolution de souffrir la mort pour le maintien , obéissance et autorité de l'Église catholique , apostolique et romaine. » Elle ne demandait qu'une sépulture auprès de sa mère : « En l'honneur de Jésus, sous le nom duquel tous les pouvoirs obéissent, je vous requiers de permettre que, après que mes ennemis auront assouvi leur noir désir de mon sang innocent, vous permettiez que mes pauvres serviteurs désolés puissent tous ensemble emporter mon corps pour être enseveli en terre sainte et avec aucuns de mes prédécesseurs qui sont en France, spécialement la feue reine ma mère, et ce, en considération qu'en Ecosse les corps des rois mes prédécesseurs ont été outragés , et les églises abat-
1. Àdditums de Le Laboureur aux Mémoires de Castelnau , t. III , p. 154. Le mot déploré se retrouve dans Saint-Simon avec le même sens : « Notre affaire se regardoit conmie déplorée. 9 Ëdit. in-8 (Hachette) , 1. 1, p. 155.