Voyage
pas que ils se peussent jamais fier les ungs des [aux] aultres. C'est enfin ce que demendent et désirent les Ânglois , et de ne revoir jamais mon dict seigneur vostre frère , ny les François avoir sy grand pied par de là que ilz y ont eu.
Le sieur Beale, beau-frère du sieur de Walsingham, qui estoict allé vers la royne d'Escosse de la part de la royne d'Angleterre sur ces propositions, que j'avois faictes et mises en avant de sa liberté, est de retour après avoir demeuré quelque temps avec la dicte royne d'Escosse pour traicter de telles affaires et apprendre, s'il estoict possible, ses délibérations et ce que elle vouldroict proposer pour le faict de la dicte liberté. En quoy la dicte royne d'Escosse n'a , conune elle me mande , osé respirer bien librement son intention jusques à ce que elle veist des commissères bien fondez , avec pouvoirs suffîsans de la dicte royne d'Angleterre , pour venir à l'effect de sa liberté , et non à en discourir et parler seuUement pour passer le temps ; ce que la dicte royne d'Escosse veult éviter. Mais la royne d'Angleterre et ceubc de son conseil que j'ay , comme ilz me font entendre , du tout disposez à voulloir mettre la dicte royne d'Escosse en liberté avec raisonnables conditions , et dyent qu'ilz ont ce désir d'avencer la dicte liberté , selon l'inclynation qu'ilz y voient en leur royne. Mais ilz s'arrestent à im poinct principal , comme le fondement sur lequel ilz veuUent bastir tout ce négoce qui est accroché à cela. Toutesfois , la dicte royne d'Angleterre dict [qu'elle] permetera voluntiers de procedder rondement en ceste affaire, pourveu qu'elle soit assurée que la royne d'Escosse et le roy d'Escosse, son filz, soient associez ensemble, et feront trouver la dicte association agréable à toute TEscosse , et que toute l'Escosse et que le jeune roy approuvera et tiendra en sa part ferme et agréable et en bonne part tout ce que la dicte royne d'Angleterre traictera avec sa mère, et seront respondantz en caultion l'ung de l'aultre, et que davantage la dicte royne d'Angleterre puisse veoir comme aura esté faicte ceste association entre eulx, et comme seroict agréable aux Escossois et au roy
d'Escosse, qui ne Ta encore approuvée en publicq ny en apparence aulcune, quoique les ambassadeurs que Vostre Majesté a envoiez par devers luy y aient faict ce qu'ilz ont peu ; et les raisons de la dicte royne d'Angleterre sont que , avant toutes choses , il luy fault veoir et congnoistre s'il y a si bonne intelligence entre la mère et le filz , comme l'on luy a dict, affin de s'asseurer des deux ensemble et de les veoir bien unis y et de s'unir avec eulx en toute bonne dilligence pour Tadvenir et oublier le passé , que aultrement, et avant que cela luy apparoisse, elle ne peult veoir seureté en tout ce qu'elle feroict avecque la royne d'Escosse , laquelle respond à cela que si le roy d'Escosse , son filz , n'approuve leur traité qu'il sera inutile , mais aussi y a elle adjoinct une. correction que , si la dicte royne d'Angleterre , qui a entièrement le roy d'Escosse , son filz , et tout le pays à sa dévotion , veult, elle pourra faire en sorte que le dict roy son filz [agisse] par craincte et par malveillance des Escossois envers la dicte royne d'Escosse , qui n'approuveroient jamais la dicte association , ne conseUleroient à leur roy de l'approuver ; ce que la dicte royne d'Escosse pense dépendre entièrement de la dicte royne d'Angleterre, et semble qu'en ceste occasion elle ne soict pas bien certayne de ce que le dict roy son fiJbs respondra sur ce poinct , et croy qu'elle désire de apprendre quelque chose avant que passer plus oultre ; mais je ne voy pas qu'elle aie des personnes en Escosse et près de son dict filz en qui elle se puisse beaucoup fier, combien que pour ce regard la dicte royne d'Angleterre asseure qu'elle ne cherchera point de subtilité ny d'empescher leur bonne intelligence , qui est le vray moien de la liberté de la dicte royne d'Escosse , et dict davantage la dicte royne d'Angleterre luy avoir plustost aparu que le dict roy, et les Escossois ne vouïïoient poinct ouir parler de telle association que de l'approuver ; qui est le poinct principal où nous sommes arrestez en ceste affaire que je conduiray le plus dextrement qu'il me sera possible , et auray tout ce qui sera de la dicte royne d'Escosse pour recommandé,
selon qu'il plaist à Yostre Majesté me le commander par vostre dernière despesche.
Le colonel Stuart arrivera icy demain accompagné de gentilzhommes en bon équipage , et d'un mynistre le plus séditieux d'Escosse. L'on me veult asseurer que le' sieur de Maineville doibt estre party, et qui, il y a plus de dix jours, avoict faict embarquer toutes ses bardes ; selon ce que j'en apprendray, je luy envoieray la despesche que Vostre Majesté m'a adressée. Ceulx de Genefve tirent des églizes de ce royaulme plus de cent mil escuz , par ce que chacun y a contribué. C'est le lieu où je supplie Dieu ,
Sire, qu'il donne à Yostre Majesté en très^parfaicte santé très-heureuse et très-longue vye.
De Londres, ce xvj* jour de may 1583.
Sire, comme je signois ceste lettre je esté adverty que le sieur de Hamilton d'Alborc*, qui est en vostre royauhne, sera restitué par le moien et intercession de la royne d'Angleterre, qui a porchassé cela le plus qu'elle a peu et s'en tient comme tout asseurée à présent et de luy faire rendre l'abbaye d'Albroc qui est le principal bien que M. de Lenox ait en Escosse auquel ilz tachent d'oster toutes occasions et moiens de pouvoir retourner. Je aultresfois mandé à Vostre Majesté que sy le dict sieur de Hamilton a [moyen] de retourner en Escosse que c'estoict plustost pour vostre bien que pour celuy des Anglois. Affin de le retirer pour vostre serviteur, je sçay que l'on a faict plusieurs mauvais contes et discours , de quoy l'on l'a voullu débaucher, que Vostre Majesté luy avoict donné une pention en papier, avec laquelle il mouroict de faim. Il importe à vostre service que le dict Hamilton retournant en Escosse soict vostre serviteur et les siens.
1. J. Hamilton, lord d'Ârbroath. Ce nom est toujours altéré dans les lettres de Castelnau.
MICHEL DE CASTELNAU A CATHERINE DE MEDICIS
15 mai 1583.
Madame , la lettre que je fais présentement au roy selon les asseurances qui en sont par deçà est si ample que je n'importuneray pour ceste-cy Vostre Majesté d'aultres particularitez pour le présent , synon qu'il me semble que de tous costez Ton dict que Vostre dicte Majesté sera bientost à Gallais pour veoir monsieur vostre filz, et sur vostre embouchement avec Son Altesse Ton faict divers discours comme ung chascun à présent se plaist à cela et se laissent aysément persuader à ce qui leur plaist ou déplaist. La royne d'Angleterre parle touzjours fort bien et honorablement de Son Altesse et dict qu'il la trouvera vraye amye et telle qu'il la vouldra rechercher. L'on ne parle plus icy du faict advenu à Envers (Anvers) et ont plusieurs opinions par deçà, comme aussi l'on le [écrit] de Flandres (et le sieur de Sommer que la dicte royne d'Angleterre y avoict envoie l'a ainsi rapporté) que la deffience estoict sy grande entre Son dict Altesse et les Estatz que peu en espéroient réconcilliation qui fust bien asseurée. Nous avons le palatin Lasqui et ung ambassadeur d'Escosse qui gouverneront ceste court. [Je m'eflforcerai] d'aprendre leurs délibérations et de veoir quelle fin prendra ceste liberté que la rojme d'Escosse, votre belle fille, me faict porchasser, et sur toutes choses j'auray mon but à tout ce qui sera pour le service du roy, et prye Dieu qu'il donne à Voz Majestez,
Madame, en très-parfaicte santé, très -heureuse et longue vye.
De Londres, ce zy* (probabl. zv}") de may 1588.
MICHEL DE CASTELNAU A HENRI m.
24 mai 1583.
Sîre, j'ay différé jusques à ceste heure d'escrire à Vostre Majesté de plusieurs bons et honorables propoz que m'a tenuz la royne d'Angleterre, vostre bonne sœur, en luy parlant sur la dernière despesche qu'il vous a pieu de me faire et m'a asseuré qu'il ne tiendroict à cela que ne demeuriez en très-parfaicte et asseurée amictié y adjoustant toutesfois ung mot que aultrement elle pourvoyroict à ses affaires selon le peu de prudance que Dieu et la bonne fortune luy donneroient en se plaignant encores tacitement et avecq diverses parolles qu'elle n'avoict pas esté bien traictée de Vostre Majesté ny de monseigneur vostre frère pour la responce du mariage et a l'on mandé par deçà que l'on disoict en plusieurs lieux de la France et de vostre court que l'on n'avoict que faire des Angloys , qui ne pouvoient ny nuyre ny servir, dont aulcims se sont voullu scandallizer, mais cela est de peu d'importance , et pour le regard de ce qui pourra ayder à entretenyr vostre amytié avec ce royaulme, il sera bon que Vostre Majesté m'envoye icy la résolution qui aura esté prinse en vostre conseil sur le faict des déprédations et delà justice avec pouvoir de résouldre par deçà tant au nom de Vostre Majesté que pour ce qui touchera l'asseurance que donnera M. le duc de Joieuze en quallité d'admiral de France pour le faict des déprédations, affin que M. l'admirai d'Angleterre face le semblable.
Je n'oubliray aussy en cest endroict de dire à Vostre Majesté, sire , que j'ay essayé de veoir ce qui succéderoict du voiage du coUonel Stuart par deçà, lequel en peu de temps aprins sy bonne place auprès du roy d'Escosse se servant de l'occasion
lorsqu'il fut arresté en la maison du millord de Reven (Ruthven). Quand le dict roy ne se pouvoict fier en personne, il se résolut de s'y fier du tout au dict Stuart, lequel pourchassa deslors estre non seuUement faict cappitaine d'une garde auprès de son maistre payée de l'argent de la royne d'Angleterre, mais s'est mis des premiers de son conseil et s'est basty une ambassade par deçà en laquelle il est venu accompagné de plusieurs gentilhommes et d'un Jehan Calvin* qui avoict faict dernièrement ung voiage par deçà et d'un mynistre le plus elloquent et séditieux d'Escosse pour traicter dyverses choses et veoir conune ceste princesse se vouldra gouverner envers le roy d'Escosse, et les Escossois la menacent, sy les efiectz de ses promesses n'excèdent les vostres envers le dict roy d'Escosse et son royaulme, qu'ilz ne refuseroient les offres de Vostre Majesté. Là dessus le dict Stuart a trouvé ceulx de son conseil sy favorables à touttes ses demandes et y ont sy bien disposé leur maistresse que le dict Stuart est icy receu comme sy c'estoict ung grand prince et traicte l'on fort secrètement avec luy où il n'y a homme qui tienne la porte (que) Walsingham , lequel n'ayant peu faire la ligue qu'il desiroit avec Vostre Majesté mettera peyne que sa mestresse la fera telle avec l'Escosse qu'ilz renderont ces deux royaulmes sy uniz et d'accord pour le faict de la religion que ce ne sera qu'une mesme chose et sont après pour arrester et conclure une ligne defifensive et offensive entre l'Escosse et l' Anglet^re fort estroicte contre qui que ce soict pour le faict de la religion, et prennent ce prétexte pour avoir meilleure couUeur de destruire la ligue qui est de sy longtemps entre vostre royaulme et l'Escosse, et le feront sy les Escossois qui ont encores affection à la France ne font rompre par l'authorité d'un parlement d'Escosse, comme estant les plus fortz, tout ce qui avoict esté traicté icy par la passion de quelques particulliers qui tiennent le roy d'Escosse comme prisonnier, et, sy la dicte ligue se faict comme je n'en doubte point, je ne veoy pas