Cecil, lord Burgleigh
plus grand qa*il me sera possible pour rompre ce coup, sy je puis , de demeurer d'accord , qui sera le lieu où je supplyeray Dieu,
Sire, qu'il donne à Vostre Blajesté en très-parfaicte santé très-heureuze et longue vye.
De Londres, ce zziiij"* may 1583.
BUCHEL DE CASTELNAU A CATHERINE DE BIÉDICIS.
24 mai 1583.1
Madame, par la dépesche que je fais présentement au roy je mande à Sa Majesté ce qui se passe à présent en ce royaulme pour une fort estroicte ligue que le colonel Stuart, ung pauvre adventurier Escossois, est venu faire en ce royaulme, soubz prétexte et coulleur de religion, de laquelle les mynistres veullent et pensent masquer toutes choses selon leur passion. [Une] telle ligue offensive et deflfensive, comme ilz sont après de la faire et conclure , ne peult estre que fort préjudiciable à la France et à la religion catholicque , et suis plein de regrets, madame, de ne la pouvoir empescher par deçà où Ton promect au dict roy d'Escosse la plus part de ce qu'il pourra désirer, mais je ne sçay si les seigneurs et la noblesse d'Escosse qui sont en plus grand nombre que quelques particulliers, qui tiennent leur roy prisonnyer le vouldront endiœer. Ce que je ne veoy pas grand moien de pouvoir empescher s'ilz ne viennent à l'extrémité et [ne veulent] mettre leur roy en liberté par l'auctorité d'un parlement et se rendre les plus fortz au dict Escosse et se tenir à l'amytié antienne que ce royaulme a touzjours eue avec la France contre l'antienne inimytié que l'Angleterre luy a portée et semblablement à l'Escosse. Ce sont commencemens pour prodhuire d'aultres effects selon les des-
seins de quelques ungs en ce royaulme et au dict Escosse , qu'ilz se veullent conserver à quelque pris que ce soict. J*espère que de présent le sieur de Maigneville aura veu Voz Majestez et leur aura rendu compte des choses comme il les aura laissées en Escosse. Cependant le dict Stuart faict icy tout ce qu'il desire. Je ne sçay sy son maistre l'en advoura quelque jour et s'il aura aultant d'affection de veoir la royne d'Escosse sa mère en liberté comme il semble que les choses deppendent de sa vollunté et de la prière qu'il en fera à la royne d'Angleterre , et, quel que soit son désir, il ne l'osera monstrer s'il ne plaist à ses gouverneurs.
Mais laissant ce propos je diray à Vostre Majesté, madame, que ces jours icy j'ay veu fort famillièrement la royne d'Angleterre qui me promect toute constance en l'amytié du roy et de monseigneur vostre filz, prenant touzjours fort grand plaisir de parler de Son Altesse en se plaignant toutesfois qu'il l'a oublyée. Mais elle m'a parlé au mesme temps sy je sçavois quand Vostre Majesté seroict à Callaiz, reprenant les mesmes propoz que aultresfois elle m'avoict tenuz, que si elle eust avant que de mourir acomply son désir de veoir Vostre Majesté elle eust esté la plus contente du monde en parlant fort honorablement de Vostre Majesté, de vostre prudence, et vous louant sur toutes choses du bon naturel que l'on luy a dict que avoict Vostre Majesté. Puis elle me deist et jura que, si elle penSoict que Vostre dicte Majesté eust agréable qu'elle s'aprochast de la mer, elle [se] seroict voUuntiers pourmenée jusques à Dôuvre, pour estre plus près à entendre devez nouvelles et de celles de mon dict seigneur vostre filz, auquel eUe escript une lettre qu'elle m'a prié de luy faire tenir, m'aiant parlé comme eUe a touzjours faict en très-mauvais termes des Estatz et du niiauvais traictement qu'Uz auroient faict à Son Altesse, en me voullant asseurer qu'il ne tiendroict point à elle qu'ik ne veinssent à quelque bon accord honorable et utile à mon dict sei- .gneur. Mais il y en a en ce royaulme qui en seroient bien mariz et qui n'auront jamais de plaisir de revoir Son Altesse ny
DE MICHEL DE GASTELNAU. Î5i
ks FraBçois avoir le pied par de là, tel qu'ilz ont eu aultresfois. Neantmoings toutes choses se peuvent faire aveoq la temps (pour) qui peult avoir la patience de les conduire avec la prudence. Qui est lieu où je fynyrai la présente, madame, et vous présenteray les affectueuses [salutations] de la dicte royne d'Angleterre qui m'en a instament chargé avecq tout ce qui se peult d'honnestes paroUes et le semblable à la royne de Navarre vostre bonne fille, espérant, diclr-elle, pour le moings, de sçavoir des nouvelles de Voz Majestez si elles viennent à Gallais, et je prie Dieu,
Madame, qu'il donne à Vostre dicte Majesté en très-par£aictd santé trè&-heureuze et longue vye.
De Londres ce xxiii* de may 1583.
MICHEL DE CASTELNAU A HENRI m.
31 mai 1583.
Sire, sur la despesche de Vostre Majesté du xvir de ce mois et sur ce qui se passoict icy, pour vostre service j'ay veu la royne d'Angleterre et quelques ungs de son conseil pour touzjours entretenir ce qui est d'une bonne amytié entre Vostre Majesté , la dicte royne et vos communs subjectz. Pour ce qui est de son faict, je la trouve playne de bonne vollonté envers Vostre dicte Majesté et vostre couronne, et m'asseure touzjours que, de sa part, il n'y aura point de manquement, et m'a encores dict que, sur le bruit qui estoict que la rojme vostre mère viendroict à Callais pour veoir monsieur vostre frère, elle sera très-aise d'entendre de leurs bonnes nouvelles et de leur mander des siennes et de s'aprocher d'eulx, s'ilz l'avoient agréable; sur tout le reste honnestes propos , desquelz la dicte royne n'a jamais faute. Pour le regard de ce qui touche le%
affaires de la justice et aviser de quelque bon moien, tant sur ce qui a esté traicté par messieurs le grand prieur de Champagne, de Pynart et président Faulcon, que de la responce qae fera monsieur le duc de Joieuse pour les déprédations, j*en doibz traicter avec ceulx de ce conseil, qui ont esté sy empeschez à traicter la ligue offencive et deffendve avec les Escossois, qu'ilz n*ont peu et ne vacqueront toutte ceste septmaine à aucune chose, et la feront à la fin, quelque moien et remède que j*aye peu chercher pour Tempescher.
J'en ay amplement conféré avec monsieur le grand trésorier de ce royaulme, qui est le principal et premier de tous les conseillers, lequel, après avoir néantmoings disputé et allégué ses raisons et les diificultez qu'il trouve, ne demeure pas sy opiniastre qu'il ne s'accommode de tout àl'oppinion des aultres et à la volonté de sa maistresse , comme il a faict pour la dicte ligue. Mais il m'a voullu asseurer et prier de croire que ce ne seroict riens qui pust préjudicier à l'allience de Vostre Majesté avec l'Escosse, et que sa maistresse ny eulx ne pourroient estre blâmez de s'asseurer d'amys sy voisins et de leur religion comme les Escossois, et faire [ung traité] avec eulx, en sorte que, quand il plairoict aux roys de France, ilz ne fissent faire la guerre aux Ânglois par les dites Escossois, et que aussy nul prince n'entreprinst rien en Escosse, sans que les Anglois leur prestassent secours et ayde; mais que, sy Vostre Majesté et voz successeurs voulloient demeurer bons et fermes amys des Escossois et des Ânglois tout ensemble, ils n'entreprendroient jamais rien qui vous deubt desplaire, et que voyant les exemples de ce qui estoict advenu après la Sainct-Barthélemy à Paris et à Anvers par les François, au temps que les Anglois pensoient estre les plus asseurez de l'amytié de Voz Majestez , de Son Altesse et de toute la France , il ne falloict pas trouver estrange que toute ceste isle ensemble prinst garde à elle en ne faisant rien contre ses voisins et amys, et qu'il n'avoict tenu ny à la royne d'Angleterre ny aux Anglois que ne se soient faicts ce mariage et allience et amytié, telles qu'il eust pieu à Vostre
Majesté ; et m'a parlé sur ces afEaires fort amplement et avec grande douceur, me voullant attribuer honneur d'avoir de mon temps si bien entretenu Tamytié entre Vostre Majesté et sa maistresse pour le temps qui est passé, me pryant de faire le mesme pour Tadvenir et de n'escripre ny mander aucukie chose à Vostre Majesté, qui la peult mettre en soubson de l'Angleterre , et que je [ne] receusse pas les advertissements de M. de Mayneville pour penser remuer quelque chose en Escosse, dont ilz se donneroient de garde pour Vadvenir. Il semble qu'il a bien veu les lettres que m'escrivoict le sieur de Mayneville à [ce] propos, pour estre par euk interceptez.
A quoy je luy respondis que Vostre Majesté n'avoict plus grand désir que de demeurer en parfaicte amytié avec l'Angleterre et l'Ëscosse et de ne commencer jamais le premier à y faire chose contrevenant à voz antiennes ligues avec ce royaubne, que Vostre Majesté desireroict touzjours veoir et le roy, et prince qui seroict vostre amy et allié, en toute prospérité. Le grand trésorier m'a conclud sur cela que Vostre Majesté auroict l'Angleterre et l'Ëscosse esgallement amys, comme il vous plairoict, pourveu que, ce faisant, [vous ne cherchiez à] rien entreprendre sur l'ung ou sur l'aultre.
Lors je lui ay parlé des mynistres d'Escosse, qui font profession publique d'estre ennemys de Vostre Majesté et de la France, et d'en prescher ordynairement, et qui commandent à leur jeune roy [qu'il] mette et establisse le conseil près de luy qu'il leur plaist, et que ce sont euk qui ont cherché les moyens de ceste ligue, soubz voyle de religion, dont ik veul-. lent masquer toutes choses. Il m'a respondu à cela que pour le regard de faire la ligue, sous prétexte de religion, sy je pensois que cela fust ung faict de passion particullière, il seroict bien d'oppinion [contraire], et il ne tenoict que à nous que la ligue fust généralle et absolue, sans parler de religion et sans estre préjudiciable à l'amytié de [la] France avec l'Ëscosse, car, ce qu'ilz en faisoient n'estoict pas pour oflfendre les premyers, mais pour se deffendre de ceulz qui les vouldroient
assaillir, soubz quelque prétexte que ce fost, et après aToir de part et (Taultre allégué plusieurs raisons, j'ay conclud en ma part qu'il me sembloict que telle ligue seroict mal fondée qui apporteroict soubson peult-estre à toutte la France, combien que Vostre Majesté eust une si estroicte amytié avec l'Angleterre pour le jourd'huy qu'elle ne pourroict estre plus grande, et aussy que les Angloys contractent avec ung jeune prince prisonnier, ou pour lemoings, en la puissance de deux ou trois, qui seroient peult-estre désabvouez par tous les estatz d'Escosse ; davantaige, que l'ung des premiers articles des Escossois seroict d'avoir de l'argent de la royne d'Angleterre. D respond à tout cela qu'il y pourvoyroict et ne feroict rien qu'avec leurs seuretez et le bien commun de toute ceste isle, de Vostre Majesté et de vostre royaukne, s'il vous plaist demeurer leur amy commun. En quoy , le dict sieur grand trésorier m'a pryé faire, de ma part, tous bons ofiSces et qu'il feroict le seor blable.
Et pour le regard du dict Stuart, il m'a envoyé pryer de l'excuser s'il ne parloict à moi et [ne] me venoict veoir de peur de porter soubson aux Angloys. Il a un mynistre, le plus séditieux d'Ëscosse, qui lui sert de maistre d'escoleet ung aultre du conseil d'Ëscosse, appelé Jehan Calvin', qui sont très-mauvais François. Voilà, sire, où sont à présent réduictes les aflfaires de ceste ligue, combien que je sois asseuré le dict Stuart n'estre nullement content pour n'avoir l'argent d'icy qu'il espéroict et pour le moings , quatre vingtz ou cent mille escuz , dont quelques ungs luy avoient donné espérance. La dicte royne d'Angleterre ne veult desbourser telle somme à la fois, mais bien donner quelques pentions et promettre que, selon qu'ilz se gouverneront envers elle, leur baillera, et fera pour le roy d'Ëscosse comme pour son filz. Le dict Stuart faict tous les plus mauvais offices qu'il peult à la royne d'Ëscosse vostre belle-sœur ne désirant seurement sa liberté, et croy qu'il asseure que son