J. Hamilton d*Ârbroaih
DE MICHEL DE CASTELNAU. â57
extraordinaires, que la meilleure bource de France auroyct eu peyne de supporter tant de fraiz, et j'avoys pris quelque espérance de commencer à me mettre hors de peyne estant hors de l'assignation de xx escuz , qu'il avoict pieu à vostre royalle tonte me faire bailler sur les offices des sergens collecteurs, où je suis à recommencer après avoir tant despendu à la poursuite. A la fin je me suis rézolu, sire, d'estymer plus d'honneur et la fidellité que j'ay toutte ma vye et auray à vostre service que tous les biens de la terre et attendre ung jour plus de Vostre Majesté cent fois que je n'ay mérité du meilleur mestre du inonde , que je supply Dieu ,
Sire, vouUoir conserver en très-parfaicte santé, très-honorée et longue vye.
MICHEL DE CASTELNAU A CATHERINE DE MÉDICIS
31 mai 1583.
Madame ,
Il me semble que ce seroict chose superflue d'importuner Vostre Majesté sur ung mesme subject et de celuy de la lettre que je faictz présentement au Roy. Voz Majestez verront par icelle fce] qui est de la ligue. La royne d'Angleterre vostre bonne sœur a veu la dernière lettre qu'il vous a pieu m'escripre , où elle-mesme a trouvé vos affectueuses recommandations et vous en rend mille grâces et la pareille, et, sy Vostre Majesté aproche de ce royaulme venant à Calais, Voz Majestez se faisans visiter par personnes agréables, pourrez confirmer voz amytiez et les entretenir touzjours selon le temps. La dicte royne d'Angleterre vous donne grand honneur et louange du bon secours que je trouve en France le seigneur don Antoyne*. Je luy ay
1. Antonio de Crato, prétendant à la couronne de Portugal, dépouillé
dict, puys qa'eUe estoict en repos et aroict les moiens, [si] elle ne foiroict quelque chose pour luy ; elle dict qu'elle fera. J'estime que ce sera en parolles. Car plus la bonne princesse viendra sur l'aage, et plus elle reserrera les trésors qui se moisissent, qu'elle dict garder pour une bonne occasion. L'on dict que les avaritieux espargnent souvent une vache que le loup mange à la fin. Qui est le lieu où je suppliray le Créateur,
Madame, qu'il donne à Vostre Majesté, en très-parfaicte santé, très-heureuze et très-longue vye.
A Londres, le xxxj* jour de may 15S3.
MICHEL DE CASTELNAU A HENRI m.
13 juin 1583.
Sire, monseigneur vostre frère a envoyé par devers la royne d'Angleterre et ceulx de son conseil ung sien secrétaire, appelé le sieur Chertier, et m'a escript de sa main pour le leur présenter et l'assister en ce qu'il me seroict possible en la charge que Son Altesse luy avoict donnée par deçà, principalement pour se racommoder avec la dicte royne d'Angleterre, luy dire que les dicts députtés des Estatz de Flandres la dévoient aller trouver pour contynuer leur traicté de Bordeaulx et de faire une loy d'abolition de ce qui estoict passé, et prier la dicte royne de ne le délaisser de ses moiens et bons conseils , selon l'amytié qu'ilz s'étoient promise, et, sur ce, avec la bonne volonté de Vostre Majesté, ayant eu charge le dict Chertier luy dire que, s'il luy demeuroict quelque malcontentement de Son Altesse, comme elle en avoict beaucoup, de le lui ester, et prandre pour ce
par Philippe H. — Cf. Bushequii epistolâs , 1 1 maii mdlxxxiii : « D. Antonius Rothomagi et Dieppe adhuc obversatur , intentus in apparatum sux clcusis, vel po«ttt«, H sic licet, classiculœ sux. » (P. 504. — Cf. ; ibid. , p. 508).
regard , conseil de moy pour se conduyre avec la dicte royne pourlemieulx, en me disant le dict sieur Chertier que Son Altesse se desiroict gouverner cy à présent et conduyre selon qu'elle pensera que Vostre Majesté Tauroict agréable, et vous servir en toutes choses, me disant que mon dict seigneur portoict ordynairement vostre portraict au col, sincère affection au cœur de vous faire très-humble service, et m'a faict plusieurs discours ledict Chertier que monseigneur vostre frère ne désire rien au monde, que rendre à Vostre Majesté toutes ses actions agréables et faire quelque chose de bon, pour abattre les armes, troubles et guerres qui pourroient d'une occasion ou d'aultre renaistre en vostre royaulme.
Et m'a aussy parlé le dict sieur Chertier d'un malheur particullier qu'il avoict de n'estre pas asseuré de vostre bonne grâce pour plusieurs subsons et deffiances , que Vostre Majesté avoict prins de luy , pour avoir servy aux maistres qu'il avoict eus conmie messieiu:s les mareschaulx de Montmorency et de Bellegarde, et qu'il mepryoict de regarder et éclairer toutes ses actions par deçà de telle sorte que je ne prinsse soubson pour l'achever de perdre envers Vostre Majesté, comme le roy est le plus grand maistre qu'il eust, me disant qu'il ne faisoict pas doubte que, lorsque M. Pinard estoict par deçà, luy et moy n'eussions prins quelque deffiance de luy, et qu'il ne fust ung remueur de mesnage, me disant [qu'il] aymeroict mieulx estre mort que d'avoir pensé à nulle chose du monde qu'à vous veoir régner et prospérer très-heureusement sur vos subjectz tant de Tung que de l'aultre party ; que, pour sa part, il ne fut ny ne seroict jamais huguenot, et ne pensoict pas que ilz eussent oncques eu rien dedans le cœur que l'envie et désir de renverser toutes choses selon leurs passions; que, en cela et tout ce qu'il vous plairoict luy commander, s'il avoict cest honneur de vous pouvoir parler et estre asseuré de vostre bonne grâce, ce [ne] seroict le plus grand bien de ceulx qui vouldroient vyvre par le malheur d'aultruy ; que esgallement il vouldroict servir à Vostre Majesté , et à monseigneur vostre frère et vous veoir touzjours
en bonne intellig^ice et parfaicte amytié et. que Son Altesse vous rendist à jamais le debvoir naturel où il est obligé et qu'il n'estoict pas, ny M. de Pibrac, de ceulx qui aprouveroient les mauvaiz conseils que Ton vouldroict donner à Son Altesse préjudiciables à Vostre Majesté et au bien de la France, sur les nécessitez où se pourroict veoir mon dict sieur et abandonné de tous costez; dont il y en avoict qui, pour leurs intérests particuliers, à quelque pris que ce fust, ne demanderoient que de revoir les troubles en France où mon dict sieur estoict en tout contraire. Et m'a faict de grandes protestations le dict Chertier du désir qu'il avoict de faire quelque bon service à Vostre Majesté, tant auprès de monseigneur vostre frère, comme à aultres endroictz comme celuy qui congnoissoict la force et le moien de ceulx qui avoient bonne volonté , et jusques à me pryer de luy faire quelque bon office envers Vostre Majesté, affin que, quant il retoumeroict par deçà , comme il estymoict que ce seroict bien tost avec M. de Pibrac, que je luy pusse dire en queUe volonté seroict Vostre Majesté vers luy.
Sur quoy je luy ay respondu que , pour ce qui touschoict le service de monsieur votre frère par deçà, j'avois touzjours eu commandement de Vostre Majesté, l'embrasser comme le vostre propre, et que , pour le regard du dict Chertier, que s'il faisoict ce qu'il disoict , ce seroict son debvoir, et ne pourroict jamais avoir le dict ny honneur asseuré , ny mesme la vye , [ni éviter] qu'il n'en receut la pimizion de Dieu et des hommes tost ou tart , s'il faisoict aultrement.
Ces discoiu*s ayant duré tout le jour que arryva [Chertier] en ceste ville , le lendemain la royne d'Angleterre me manda qu'il y avoict quelques adventuriers qui voulloient courir en lisse ; que , sy je voullois , je y serois le bienvenu. Je y menay le dict sieur Chertier et le luy présentay comme celuy que monsieur vostre frère avoict choisy pour le venir visiter et luy rendre compte de toutes ses actions , depuys le faict advenu à Envers, et de ce que les députtez des dicts estatz désirent du tout se raccomoder avec Sa dicte Altesse, ce qu'il ne vouldroict
faire sans luy communiquer et en prendre son advis et conseil comme de sa bonne mestresse et bonne amye. Là dessus , il luy présenta des lettres de luy et expoza sa créance, pleine de fort honnestes propos et offres de services et amytié, que mon dict seigneur ofiroict à la dicte royne, et sans cela elle estoict bien avancée à délaisser entièrement mon dict seigneur et à ne se souvenir plus guëres de luy , mais elle se remit à s'enquérir de ses nouvelles et de ses délibérations , et quels estoient ses desseins , se plaignant qu'il n'avoict jamais voullu croire son conseil , ny la faire participante d'aulcunes de ses intentions , depuys qu'il partit d'icy. Lors le dict sieur Chertier remonstra à la dicte royne que , sy mon dict seigneur avoict failly , il le vouUoict amender en toutes choses envers elle , qui luy répliqua [qu'elle] ne le pourroict croire pendant que Son Altesse prendroict conseil de ses ennemys , qui restjnoDLoient trop peu elle et son royaulme , synon pour en atrapper de l'argent , comme tous ceulx qui estoient venuz de sa part par deçà, depuys qu'il en partit, n'avoient parlé d'aultres matières ; qu'elle ne luy en avoict promis et baillé qu'en espérance qu'il seroict sonmary, mais qu'il ne l'avoict seulement estymée .[digne] d'estre son amye ; que le péché d'ingifatitude estoict le plus grand de tretous ; qu'elle estoict déjà informée que la principalle charge du dict sieur Chertier estoict fondée sur cela pour demander argent, comme il estoict vray. Toutesfois, je luy ay conseillé de changer de langaige pour ce coup, et de convertir ses créances à ime honneste visite , s'il ne voulloict avoir mauvaise response de la dicte royne, qui luy a donné meilleure audience qu'il ne pensoict.
Puis sont venuz sur l'utillité que la dicte royne recepvroict aultant et plus grande que la France de l'opposition que faisoict monsieur vostre frère à la formidable puissance du roy d'Espagne, en luy déduisant le dict sieur Chertier qu'il n'y avoict meilleur moyen de maintenir en paix eulx et la prétendue religion réformée en France et en Angleterre , voire par toute la chrestienté, lesquelz nepourroient espérer leur salut et
f 6f LETTRES DIPLOMATIQUES
repot que de veoir mon dict seigneur votre frère ataché en ceste guerre des Ptys-Bas contre leur plus grand ennemy, et contre la félicité du roy d'Espagne, qui debvoit estre trop suspecte à TAngleterre ; que Son Altesse estant grand prince et vostre frère estant plein de courage, noury aux affaires et qui avoict désiré de se faire grand par les armes , ne les pourroict lesser de ce costé-là, sans peult-estre s'employer en aultre lieu, qui seroict désagréable à la dicte royne, sy elle le voulloict abandonner, disant que leur uzage estoict une doulce chose et que ses semblables ne manqueroient jamais de party ny occasion, pourquoy il seroict malaizé de voir dézormais mon dict sieur vostre frère sans exercer les armes, dont le prétexte ne luy manquera point ny à ceulx qui ont de l'octorité sur les aidtres hommes.
Sur cela la dicte royne lui respondict qu'elle estoict advertye qu'il se vouUoict raccomoder avec le roy d'Espagne pour faire la guerre et ruyner tous ceulx de la religion, mais que ce seroict difficile entreprinse pour luy et qu'il s'y pouvoict bien tromper, parce qu'ilz ne furent jamais sy fortz ny avec plus grand appuy . Le dict sieur Chertier luy respondict que c'estoict chose qui n'avoict entré au cœur de son^maistre, et que, quant bien mesme il le vouldroict. Votre Majesté ne l'endureroict ny le permeteroict jamais au préjudice dessus dict, et aussy que ce n'estoict chose à entreprandre sans subject, mais qu'il sçavoit les moiens de son maistre, que, quand il l'entreprendroict avec occasion, que, sur sa vye. Son Altesse les ruyneroict dedans ung an et en moings de temps, et se submettoict à perdre la vye, si cela n'estoict vray, pour veu que Vostre Majesté le voullust ainsy, et luy ayder de voz fcwrces et vertu, qui n'avoient mesure ny contrepois avec nul prince crestien quel qu'il soict. La dicte royne lui répliqua par plusieurs argumens qu'elle n'estoict pas sy grossière qu'elle le creust ainsy et qu'elle sçavoict plus des nouvelles du monde que l'on ne pensoict.
Le reste de ce jour s*est passé en d'aultres discours et à veoir courir en lisse , où s'est trouvé le palastin Lasqui , qui m'a parlé
de beaucoup de choses en présence de la dicte royne et a voullu discourir sur l'affectioû qu'il avoict eue de vous faire service, et de ses offices d'accompagner Vostre Majesté en France, et que, sy elle Teust voullu croire, elle fust devenue empereur et eust tenu le royaulme de Poulongne et plusieurs aultres contrées , où je lui ay respondu sommèrement et conseillé, puys que les choses avoient passé comme elles estoient, et que, depuys il avoict esté contraire à Vostre Majesté, il ne falloict plus parler de cela, et après je luy ay dict en amy que, ayant receu tant d'honneurs en France, comme il avoict eu, j'estois d'oppynion qu'il n'y debvoict jamais retourner, et luy conseillois ainsy de peur d'y estre mal venu et d'estre remarqué d'avoir trop tost changé touttes les bonnes volontez et services qu'il vous avoict tant dédiés. Sur quoy, il est rézolu de s'en retourner par mer, comme il estoict venu, et sy m'a Ton dict que, depuys que je luy ay osté ceste espérance de repasser par la France , il fait sèmblaint de trouver plus de fondement en la religion protestante qu'il ne faisoict, et, à veoir sa myne, il n'a pas la bourse bien gamye [quoy] qu'il m'aict voullu dire que le Batory*, qu'il appelle son roy, luy aict donné de grands biens et cent mil dallards (thalers) etfaict de grandes promesses et oflTres. Je luy ay dict que j e ne pouvoys oir parler d'aultre roy que de Vostre Majesté. Il respondict que cela n'estoict provenu de sa faulte et ne luy ay voullu tenyr plus longs propos, que de regarder les meilleurs gens d'armes, qui ont bien faict ce jour là se mestant touz les jours les Anglois mieulx à cheval.
Depuys le dict sieur Chertier a parlé deux fois à la royne, me pryant touzjours que je visse ce qu'il traitteroict avec elle et ses conseillers, qui n'est pour ce voiage que de ramener son maistre avec eulx. La dicte royne a baillé deux lettres au dict Chertier, l'une avec force plaintes que Son Altesse ne l'a pas bien traictée, qu'elle luy a pryé de luy bailler la première; l'aultre poiur luy donner toutte bonne espérance de son amytié