‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 193 sur 215 · Etienne Batthory , roi de Pologne · texte numérisé non relu

Etienne Batthory , roi de Pologne

f 64 LETTRES DIPLOMATIQUES

et appuy, selon qu'il se comportera envers elle, en le pryant de s'y fier tant qu'il s'asseure de l'ayde de Vostre Majesté , s'il veult poursuyvre ses entreprinses au dict Pays-Bas, et qu'elle luy avoict assez dict et escript et pryé touzjours de prendre bon conseil et de gens honnorables ; que, pour sa part, l'on pourroict bien juger qu'elle n'auroict pas trop grand plaisir de veoir le roy d'Espagne parvenu au dessus de ses grandes entreprinses, combien qu'elle en fust recherchée de rentrer en ung bon accord avec luy, qui est chose bien certayne et tramée par dyvers moiens, et de garder que monsieur vostre frère et les François ne remettent sy avant le pied au Pays-Bas qu'ils ont eu. Le dict sieur Ghertier dict [que], après que mon dict sieur vostre frère aura veu les députez du Pays-Bas, s'il accorde quelque chose avec eulx, il envoyera icy M. de Pibrac et retournera avec luy pour renouer toutes choses avec la dicte royne, laquelle , sire , je retiendray en amjrtié avec Vostre Majesté, qu'elle estyme ne voulloir que la paix avec elle, comme.je l'en ay bien persuadée.

Je supplye Vostre Majesté d'envoyer les carroces par deçà , puysqu'il s'en est tant parlé et des mulletz de litière que m'a demandez si souvant le comte de Lestre (Leicester) , qu'il a promis à sa femme et ne les peult recouvrer pour chose du monde, et me demanda encores le jour de ce tomnoy devant sa maistresse sy les carrosses que Vostre Majesté vouUoict envoyer par deçà viendroient bien tost, et me tirant à part avec la comtesse de Barvic , sa sœur, me dict qu'il [me] pryoict instanmient d'escripre pour les mulletz et qu'il foumiroict Vostre Majesté de tant bonnes haquenées que luy plairoict. Qui est le lieu où je fyniray ceste longue lettre pour prier Dieu ,

Sire, qu'il donne à Vostre Majesté en très-parfaicte santé, très-heureuse et très-longue vye.

De Londres, ce xnj* jour de juing 1583.

MICHEL DE CASTELNAU A HENRI m.

31 juiUet 1583.

Sire, ma dernière dépesche* estoict remplie des occurances, qui estoient par deçà, tant pour les discours que l'on faisoict sur Tassiégement de Donquerque que le soubson, où estoict la royne d'Angleterre et ceulx de son conseil que monseigneur vostre frère ne se racommodast avec le roy d'Espagne sans la y comprendre, La reddition du dict Donquerque, encores que l'on ait dict ne pouvoir tenir , ne leur a pas levé ce soubson mesmement pour y avoir laissé si peu de gens de guerre, sans l'avoir mise en meilleure deffense, et, trois jours auparavant les nouvelles de la reddition , la dicte royne d'Angleterre m'avoict mandé qu'elle feroict passer dix ou douze milliers de pouldres en ung navire de cent ou six vingts tonneaulx , chargez de bledz, pour y envoier, selon l'ordre que je y avois faict prendre par l'agent du sieur don Anthone , qui est par deçà, ne m'en estant voullu entremectre en mon nom sans le commandement de Vostre Majesté, comme la dicte royne l'avoict désiré, disant que, pour si peu de chose et de secours au dict Donquerque , elle ne l'eust voullu faire en son nom. La dicte dame m'a parlé ces jours, avec plusieurs discours , des actions et déportemens de monseigneur vostre frère au Pays-Bas et des mauvaises adventures qu'il y avoict eues, monstrant d'en estre marrie en se plaignant qu'il n'avoict pas voullu croire son conseil.

Or, sire, en ce mesme temps de la prinse du dict Donquerque, le prince de Parme est crainct et redoubté par deçà comme ung victorieux et favorisé au cœur de tous les catholicques , et le

1 . Cette lettre manque dans la correspondance que renferment les archi- Tes de la famiUe d'Esneval.

roy d'Escosse, au mesme instant, s'est mis en liberté et tiré des mains des comtes d*Angus, de Mare (Marr) et de leurs partisans, et par conséquent délaisse la faction d'Angleterre , comme n'en estant pas content. Quoy voyant le coUonel Stuart et le comte deGohory (Growrie), milordde Reven (Ruthwen), se sont accordez d'approuver tout ce que faisoict le dict roy, de sorte qu'ilz sont à présent bien avec les comtes de Hontellay (Huntely), deCraffort (Crawfort), de Montrose, de Rottes (Rothes), de Eglintn (Eglinton), Blanqueme et leurs aultres amys pour complaire au dict roy d'Escosse ; et le coUonel Stuart et de Reven, en apparance, se monstrent aujourd'huy mal affectionnez à l'Angleterre. Ce qui faict Men penser à ceste princesse et à ceulx de son conseil qu'il n'y a pas grande seureté pour ce qu'ils traittent avec les Escossois. En ce mesme temps, la rojme d'Escosse a protesté à la royne d'Angleterre et à ses députez qui traictoient avec elle de sa liberté, qu'elle ne se voullust tenir obligée à nulle chose qu'elle eust promise aux dicts députez , s'ils ne venoiènt à l'exécution de la dicte liberté, sans remettre les choses en longueur ni envoier en Escosse et la remettre au jugement des trahistres et rebelles qui tiennent son filz prisonnier (elle les appeUoict ainsy), et trop favorisez de la dicte royne d'Angleterre , desquels elle ne vouloict despendre. Sur quoy la dicte royne et son conseil veullent conjecturer que pendant qu'ils traictoient de la dicte liberté avec la dicte royne d'Escosse, elle faisoict ceste menée avec son filz, encores que aulcuns ne puissent croire que le dict roy d'Escosse voullust faire ce que vouldroict la dicte royne sa mère.

11 a couru ung grand bruict qu'il passeroict des forces de France au dict Escosse ; ce qui les a faict tenir plusieurs conseils, tant pour regarder à leurs frontières du nord, qu'à celles du costé de Flandre, et tenir leurs navires et esquipages pour leur en servir, quand ilz en auront besoing, et le sieur de Honsdon, gouverneur de Barvic, estoictime fois dépesché pour s'en aller aux frontières et au dict Barvic, plustost pour se préparer à la guerre, s'il se remuoict quelque chose du costé

d*Escosse, que espérer que les affaires feussent pacifiques de ce costé-là. Mais depuis il a esté advisé d'envoier le sieur de Quiery, son fils esné, vers le dict roy d'Escosse, pour luy faire souvenyr des hoimestes offices et protestations d'amytié, qu'il luy avoict dernièrement pryé de dire à la dicte royne d'Angleterre, et asseurer qu'il ne feroict jamais que ce qu'il plairoict à la dicte royne, promettre de prendre ses conseils en toutes choses avec asseurance de préférer son amytié à toutes celles du monde, dont la dicte royne veult et désire à présent estre plus esclaircie que jamais, voiant l'aage où il est et l'oppinion qu'il a prinse de se gouverner aultrement qu'il n'a faict, et, suivant que le sieiu: de Quiéry trouvera au dict Escosse, Ton m'asseure qu'il aura commission de la royne d'Angleterre de remettre quelque party et faction, s'il peult pour ce royaulme et mesmement pour restituer les Hamilton, et n'y espargnera rien. Je ne sçay si le temps, avant qu'il parte, ou non, y changera quelque chose; j'attends de plus grandes particularitez du dict Escosse, où j'entretiendray intelligence avec cexilx qui sont affectionnez à vostre couronne.

renvoyé à Vostre Majesté un petit sommère* des articles de ce qui a esté traicté avec la dicte royne d'Escosse par les députez de la royne d'Angleterre et ung extraict de ce qu'elle m'aescript en chiffre. Sur quoy Vostre Majesté voiera où ilz en sont demeurez et croy que ceste négociation recommencera bien tost avec la royne d'Escosse. D'aulcuns sont d'advis en ce conseil que la dicte royne d'Angleterre se doibt asseurer de la dicte royne d'Escosse et de son filz par quelque voye d'amytié. Les aultres disent que non, d'aultant que ce sera leur donner plus de moiens de luy nuire quand ils le vouldront entreprendre , que de retenyr touzjom*s la mère prisonnière et se garder du filz; voilà comme les opignons sont diverses.

Le cappitaine Miremont, commissère de vostre artillerie, estant venu par deçà pour le recouvrement d'ung navire déprédé,

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