‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 198 sur 215 · Gouverneur de Calais · texte numérisé non relu

Gouverneur de Calais

2. Paul Choart , seigneur de Grand-Champ , et appelé M. de Buzenval. Uttres mUsives de Henri IF, 1 , 687 , 617 et 622.)

que j'ai congneu icy avec monseigneur vostre frère , lequel depuys s'est retiré au service du roy de Navarre , et l'avoict ordonné pour le voiage avec ledict sieur de Ségur, pour l'envoier particullièrement devers quelques princes de la Germanie et y négocier ce qu'il ne pouvoict faire en personne. Le dict sieur de Ségur s'est fasché contre ledict sieur Buzanval, de sorte qu'il lui a dict qu'il s'en allast retrouver le dict roy de Navarre, auquel il feroict plus de service qu'au dict voiage d'Allemaigne , et bref lui a faict congnoistre qu'il n'avoict agréable qu'il le parachevast. Le dict Buzanval voyant cela, estant congnu du prince d'Orenge et de la princesse sa femme fort particullièrement, s'est retiré avec eulx, et, à ce que j'entendz, aura quelque commission et lettres dudict prince d'Orenge pour porter à monseigneur vostre frère pour le restai blissement de ses affaires au Pays-Bas, et s'il n'est jà acheminé, il partira bien tost, laissant ledict sieur de Ségur parachever son dict voyage avec Callignon * et ceulx qui estoient avec luy, hormis ung nommé Constant * qui demeure à la poursuitte de la délyvrance de M. le comte de Theurenne ', dont on luy donne grande espérance, et encores de celle du sieur de La Noue.

Pour les nouvelles qui sont à présent audict Hollande , l'on me mande que monseigneur vostre frère est pour estre bientost remis avec la pluspart des estatz , combien que le prince d'Orenge cherche de se faire déclarer apertement conte du dict Hollande et Zélande, selon la promesse et contract qu'il en a avec monseigneur. Mais cela est encore surcis , et cependant [il] en est faict gouverneur, et son filz lieutenant général.

Pour le regard des affaires d'icy , j'ay travaillé et travaille

i, Geoffroy, Soffroy ou Soffrey de Calignon, secrétaire de Henri de Navarre, et plus tard chancelier de Navarre, fut un des principaux auteurs de redit de Nantes. (De Thou , Histoire univ. , liv. CXXXV.) H est question de Calignon dans les Lettres missives de Henri IF (I, 238).

2. C'est peut-être le même personnage qui est désigné sous le nom de Constans dans les Lettres missives de Henri IT (1 , 508). C'était un des principaux calvinistes de Montauban.

3. Henri de La Tour, vicomte de Turenne, père du grand Turenne.

par divers moiens tôuz les jours à remectre celles de Vostre Majesté, de sorte que j'espère [que] nul de voz ennemys et malveillans et subjects n'jf auront point si bon crédit qu'ilz pensent. Car j'ai persuadé ceste princesse [et] quelques imgs de son conseil, comme je voys qu'il est [à] propos que Vostre dicte Majesté ne demande que le repos de ladicte dame et de son royaulme et l'obéissance de ses subjectz , comme ilz doibvent désirer la vostre , et que ne vouliez jamais estre le premier à enfreindre le serment d'amytié que vous luy avez juré et promis, et croye que les propositions de la ligue des huguenotz de vostre royaulnie demeurent pour ce coup sans eflFect, sy aultre chose n'advient; comme j'espère en cela de faire ung très-bon service à Vostre Majesté.

Et , pour le regard de ceste réconciliation , qui s'est traictiée sy chaudement avec l'Espagne et l'Angleterre depuys peu , j'estyme encore de l'avoir traversée , en sorte ou qu'elle ira du tout à la longue , ou ne succédera point , sy Vostre Majesté me le commande , et qu'il lui plaize me donner quelques moiens. Car, sans donner et despendre en ce royaulme, comme il est de besoing , les choses y demeureront du costé qui seroict plus libérîJ ; comme l'ambassadeur d'Espagne* a voullu et tasché d'advancer les affaires de son maistre , par cela et par infynies belles promesses de ses grandes libéralitez et des moiens qu'il avoict de bien et mal faire.

Et pour le regard de ce que j'ay mandé à Vostre Majesté que le sieur de Alferan estoict icy venu , conune il disoict par fortune , c'est chose bien certayne que ce fut par commission de mon dict seigneur vostre frère, et luy remporta lettres de la dicte royne d'Angleterre , qui n'estoict pas encore bien persuadée se voulloir raccommoder avec luy, pour les deffiences qu'elle avoict [qu'û] ne recherchast l'amytié du roy d'Espagne , ce qui la mettoict en extrême jalouzie. Le dict

1. C'était alors D. Bernardin de Mendoza, qui fut renvoyé d'Angleterre au commencement de l'année 1684 , pour avoir cherché à y exciter des troubles.

Alferan est encores retourné et passa la mer, il y a aujourd'huy huict jours, et s'est caché de moy, pensant que je n'eusse congnoissance de sa venue, et a monstre de craindre que je le sache. Il est logé en ung petit cabaret d'un Flamand , d'où il ne bouge , s'il ne va trouver la dicte royne d'Angleterre. Il se dict Espagnol et faict nommer Francher (Francès) Fernando. Je ne trouve pas qu'il praticque avec personne [ du ] conseil, sinon avec la dicte royne d'Angleterre, et quelques dames qui desireroient bien reveoir encores remettre ces amours, et il n'y a pas apparence que le dict Alferan ait gueres la plus grande charge [de] traicter, que d'estre porteur des honnestes lettres de monseigneur vostre frère à la dicte Royne , par les quelles il la veult encore entretenir, et croy que son oppynion est que la faveur de ce royaulme ne luy peult apporter que grand avantaige en ces affaires de Flandres, et la dicte Royne sera fort aize d'estre encore recherchée, tant pour dire qu'elle n'est pas sans party , que pour tenir le roy d'Escosse et quelques-ungs de ses subjects en bride ; mais congnoissant son naturel dif&cille à se résoudre à quelque chose que ce soict, je ne pensse pas qu'elle mande à son dict seigneur vostre frère» chose bien asseurée. Jetascheray de sçavoir la responce qu'emporte le dict Alferan, qui j'estime aura plus en ces lettres que en créance , et n'en puys penser jusques à son retour [que] Vostre Majesté n'aict entendu qu'il a repassé icy.

Et, en cest endroict, j'accuseray la réception de la dépesche que luy a pieu me faire du xx* du passée à laquelle j'ay desjà satisfaict en touttes choses , hormis au commendement , qu'il vous plaict me donner , de proposer à la royne d'Angleterre mon voiage en Escosse , pour , avec vostre autorité , y remetre et restablir les choses , tant avec la dicte royne d'Angleterre que le roy d'Escosse et ses subjectz , affin de les vous obbliger en couppant le chemin à tout ce qui pourroict avenir de mal de ce costé là , tant pour la dyvision

» ] . Cette lettre de Henri III à Gastelnau a été publiée par Le Laboureur. ( Additions aux Méinoires de Castelnau , 1 , 588.)

28f LETTRES DIPLOUATIQUES

de ce jeune prince avec les princîpaulx seigneurs de son pays, que pour ce que la dicte royne d'Angleterre , quand die l'entreprendra , fera faire tout ce qu'elle vouldra par force au dict Escosse , s'il ne le veult par amytié. En quoy , véritablement , Vostre Majesté fera ung œuvre digne de sa grandeur, se rendant médiateur d'un tel accord, et par mesme moien , les choses ne seroient hors d'espérance de trouver ung expédiant pour la royne d'Escosse , et la mettre en quelque espèce de liberté , selon que les choses en furent dernièrement mizes en advant, et, à ce propos , j'envoye une lettre à Vostre Majesté, qu'elle m'en escript, où elle me faict ample discours de ce qu'elle prétend aujourd'huy pour elle et pour son filz*, et avec des excuses pour le sieur Walsingham, qui s'estoict plainct à moy que la dicte Royne avoict esté cause de le faire sy peu respecter en son voiage.

Je suys adverty encores aujourd'huy par Ârchibal Du Glas, qui est le plus habile homme d'Escosse , et qui entend bien les affaires d'Angleterre, qu'incontynant qu'il sera venu par deçà ung ambassadeur du dict Escosse , qu'on y attend d'ung jour en aultre, après l'avoir ouy, alors la dicte royne d'Angleterre et son conseil auront très-agréable l'offre qu'il vous plaist de leur faire de m'envoyer au dict Escosse, et m'a dict aussy qu'il pense m'en prieront en espérance que j'y porteray une bonne intention de Vostre Majesté pour vous comporter comme amy commun envers tous , et m'a dict encore , le dict Archibal, (jue le dict sieur de Walsinghan luy avoict dict que c'estoict le vray moien d'aulter les jalouzies d'entre la France , l'Angleterre et l'Escosse ; et que , de bon cœur, pour telle occasion sy louable, il n'auroict désagréable de refaire le voiage avec moy, et que nous pourrions veoir la dicte royne d'Escosse, en passant, pour congnoistre sy elle vouldroict marcher d'aussy bon pied en sa part, comme elle l'escript. Je ne me hasteray poinct que

1. Le Laboureur , dans ses Additions aux Mémoires de Cctstelnau , a publié cette lettre de Marie du 12 novembre 1583 , 1. 1 , p. 580-585. — Voy. aussi la Collection du prince Ldbanùff^ 1845, t. V, p. 372 et suIt.

je n'aye veu ce que vouldra le dict ambassadeur, qiû vient d'EscosseS et que je ne congnoisse que la dicte Royne et son conseil désirent plustost que Yostre dicte Majesté m'employe en ceste affaire que d'y trouver difficulté, et je serois bien marry nti'en entremettre que les choses ne succédassent à vostre honneur et service. La despesche qui seroict nécessaire de ce costé là , ce seroict ung pouvoir et force lettres de Vostre dicte Majesté , blancs signés pour la dicte royne d'Escosse et ses subjects. Sire, [pour les despenses] qu'il me fauldroict faire ce voiage, j'estyme que Vostre Majesté y pourvoira pour vostre honneur et service pour y aller honnorablement, comme font ceulx qui y vont de la part de la dicte royne d'Angleterre , qui y monstrent la grandeur de leur maistresse ; ce que je remetteray en la considération de Vostre dicte Majesté , et ce qui sera de mon dict voiage , et pour estre payé de ce qui m'est deub , et non à celle de messieurs de voz finances qui n'ont encores jamais trouvé quelque service fidelle que je vous aye faict, ny despence ordynaire et extraordynaire, nécessaire qu'il y eust argent pour moy, Aussy croyez qu'ilz jugent mon intention et debvoir , telz qu'ilz sont , estimer plus vostre fidel service que toutes les richesses du monde.

Je n'oublieray de dire à Vostre Majesté qu'il y a deux principaulx aujoiu'd'huy en Escosse , qui y gouvernent , assçavoir le collonel Stuart, qui a sy bien conduict sa fortune, depuis qu'il estoict , il y a six mois , ambassadem* par deçà, qu'il s'est faict riche et asseuré d'estre conte de Boucan. Il y a aussy img de son nom de Stuart, appelle le conte d'Aran, le quel fut faict tel par le duc de Lenox ; et après , avec la royne d'Angleterre , prînt son argent et se mocqua d'elle et ne tint promesse aux seigneurs du pays , avec lesquels il s'estoict accordé , pour retourner avec le dict duc de Lenox. Le dict conte d'Aran tient leur conté et [dict] qu'il aimeroict mieuht que toute l'Escosse fiist ruynée que de le laisser sans aultre rescompense et pareille

1. L'archevêque de Saint -André qui, à cette époque, tint à Londret. Lettre de Gastelnau du 19 décembre 1&83 (Recueil Lahanoff, 1839, p. 76, 77).

dignité. Il fauldroict trouver moien de luy faire avoir ung aultre conté, pour rendre celle des Hamiltons, affin qu'ilz vous eussent ceste obligation , et , au cas qu'il vinst fortune de dict roy d*£scosse, et de la dicte royne sa mère sans héritiers, les dicts Hamiltons demeureront touzjours à vostre dévotion, et pour ce qu'ilz ont désiré et cherchent avec moy assez souvent , que Vostre Majesté prinst leur protection plustost que la royne d'Angleterre, qui leur donne fort honorable entretien par deçà , et y a peu de jours qu'elle a donné trois mil escuz à celluy qui estoict en France, et luy en donna deux mil quand il arryva. Qui est l'endroict que je supplieray Dieu,

Sire, qu'il donne à Vostre Majesté , etc. , etc.

Ce y* décembre 1583.

MICHEL DE GASTELNAU A CATHERINE DE lEÉDICIS.

7 décembre 1583*.

Madame, je fais une sy ample lettre au Roy que je n'en pourrois dire davantage à Vostre Majesté par ceste-cy synon que je seray [plus] diligent que jamais à tout ce qui sera nécessaire en ceste charge et y empescher les desseings de ceulx qui vouldront traverser la bonne amytié , que a Sa Majesé avec ceste princesse, laquelle a esté souvent mal informée de la bonne intention de Voz Majestez en son endroict, où j'ay eu beaucoup de peyne à luy oster ces impressions , et croy que , à la fin , je luy feray congnoistre avoir esté trompée et mal informée de ceulz qui l'ont vouUu attirer à leurs passions. Toutesfois , elle

1. Le ms. donne la date de 1582, mais il est évident, d'après les détails que renferme cette lettre sur la mission du sieur d'Alferan et le projet de voyage de Castelnau en Ecosse , qu*elle se rapporte à la fin de Tannée 1583.

est princesse qui s'accommoderoict au temps, et voyant plus de seureté d'un costé que d'aultre, elle ne fauderoict pas d'y entendre, mais je continueray à luy remonstrer qu'elle n'en sçauroict avoir de plus grande que l'amytié du Roy, qu'elle estime prince véritable , et se sent obligée à Sa Majesté de n'avoir point permis que du costé de l'Escosse , rien y soict entrepris qui la peult offencer, et, à la fin, j'espère de faire aller les praticques des huguenotz en fumée pour leurs ligues , et empescher laréconcilliation d'Ëspaigne, sy Voz Majestez le désirent, et aussy que la dicte royne d'Angleterre a esté fort aize d'avoir receu des lettres sy playnes d'affection, que luy porte encore monsieur vostre filz, et que Son Altesse se veuille bien remectre avec elle et luy lever les deffiences qu'elle avoict conceus de luy, dont j'estyme que Sa dicte Altesse ne vous cela rien, ny de ce que luy remportera le sieur d'Alferan, qui est fort caché de moy ce voiage, et me voullut dissimuler l'aultre jusques à me retirer (réitérer) qu'il n'estoict venu par le conmiandement de son maistre; mais j'estime que Son Altesse ne fera et doibt rien faire que avec le bon conseil et contentement de Voz Ma^jestez. Cela estant, ses affaires en seront mieulx fondées; aussy est-il nécessaire que le Roy et mon dict seigneur soient en bonne intelligence et une mesme chose aux mouvemans qui sont par la crestianté et l'envye que les voisins portent à Testât de de la France, qui ne peult jamais souffrir plus grand danger que par elle-mesme et ses propres siibjectz, auquel, madame, vostre prudence et auctoritté peult merveilleusement pour coupper le chemin par la racyne aulx inconvéniens , avant qu'ilz ayent produictz leurs effects, comme j'espère que Dieu vous en donnera la grâce, et au Roy de régner sy heureuzement que touttes prospérittez luy adviendront et à son Estât, de quoy je en supplye la dyvine puissance et de donner à Vostre Majesté en très-parfaicte santé très-heureuse et longue vye. •

De Londres , ce vij* décembre 1583.

Madame , je supplye très-humblement Vostre Majesté me

286 LETTRES DB>LOMATIQUES ^

pardonner, sj la requiers encores en cest endroict de m*estre bonne maistresse à ceste fin d'année et au conmiencement de Taultre, pour estre payé de ce qui m'est deub et avoir quelque honneste moyen pour le voiage d'Escosse, qui sera à mon advis très-honorable et utille au Roy, sy les choses ne châDr gent, et couppera le chemin à un plus grand danger, et la royne d'Escosse en pourroict avoir mieulx, nous voyant, s'il vous plaist.

MICHEL DE CASTELNAU A CATHERINE DE MÉDICIS

n avril 1584. '

Madame, j'ay présenté à la rojme d'Angleterre, rostre bonne sœur, la lettre qu'il a pieu à Vostre Majesté luy escrire, et faict entendre ce qu'elle m'a commandé. De quoy , elle a demonstré estre bien aize et principallement de la meilleure santé de Vos- 1 tre dicte Majesté et de celle de monseigneur vostre fillz , en me pryant de vous remercier très-affectueusement de l'affectioii que luy avez démonstrée en cest endroict et des honnestes propos que avez tenuz à son ambassadeur et à Mme de GhefiUe (Sheffîeld) sa femme, et de l'honneur et faveur que Vostre Majesté leur iaict à tous deux et de l'amytié qu'il vous plaist luy contynuer. En quoy, elle m'a promis, de sa part, faire le semblable. } Et, pour le regard de la royne d'Escosse vostre belle-fille , voyant que Voz Majestez ne la peuvent ny veullent délaisser pour vous estre si proche que d'avoir espouzé le Roy vostre filz aisné et frère de Sa Majesté, elle se contente d'avoir entendu que ce ne sera en rien contre elle et son Estât, comme je luy ay bien faict veoir par raisons et vifves remonstrances, [combien] qu'elle avoict [esté] informée de croire aultrement, et qu'elle seroict la première qui blasmeroict Voz dictes Majestez, sy elles délaissoient une royne qui leur est sy proche, comme

m MICHEL DE GASTELNAU. 287

leur sont les affaires d'Ëscosse et Talliance de ce royaulme de sy longtemps acquize à la France. De quoy elle s'est contentée encore que ce luy sokt wne espine qui la picque à toutes heures y sans la pouvoir arracher, et eust bien voullu que je me fusse rendu aussy aveugle, de ce costé là, que je y veoys et cognoys apertement toutes les praticques de la dicte Royne, qui ont touzjours esté d'avoir une telle part, dedans le royaulme d'Escosse, comme elle a eu jusquesicy, et qu'il ne s'y fist que ce qui luy plairoict; ce qui a cessé par la mort du conte de Morthon, du tout partizan d'Angleterre. La dicte Royne n'a peu trouver depuis aultres assez heureux ou assez fortz pour s'opposer à la jeunesse , fortune et desseings de ce jeune roy d'Escosse , qui prétend à quelque prix que ce soict, d'estre un jour maistre de toute ceste isle, comme, à la fin, s'il survit à la dicte royne d'Angleterre , la Royne sa mère et luy auroient non seulement le droict évident, mais la meilleure part, encores que quelques ungs, du tout contraires, et soubz main, à la dicte royne d'Escosse, ayent voullu mettre en avant la petite Arbelle (Arabella Stuart), fille d'un frère du père du dict roy d'Escosse et d'une fille de la contesse de Cherosbery, grande ennemie, et qui s'est opposée à la dicte royne d'Escosse, et a voullu accuser son mary et faict publier par les enfans de son premier mariage que la dicte royne d'Escosse avoict toute puissance sur le dict conte de Cherosbery pour luy faire faire ce qui luy plairoict ; ce qui n'estoict vray ny se pouvoict soubstenir ny prouver pour ce que le dict conte ne porte affection que à ces biens et à deux cens mil escuz, que l'on dict [qu'il] a amassez , depuis qu'il a la garde de la dicte royne d'Escosse. La contesse sa femme, qui est de ces fines et mauvaises testes, en demeurera confuze, et, à la fin, la dicte royne d'Angleterre et [celle] d'Escosse vienderont à quelque accord , sy le Roy son filz se maintient contre les entreprinses de ses subjectz et qu'il contynue de monstrer son affection vers la dicte Royne sa mère laquelle , au grand regret des Anglois , augmente tous les jours.

Mais laissant ce qui s'accordera de toutes ces choses aux événemens, je diray à Vostre Majesté que la dicte royne d'Angleterre m'a fort particullièrement enquis ce que je pouvois sçavoir et juger de Taffection de monseigneur vostre filz en Flandres, l'accord particullier qu'il avoict de nouveau faict avec les Ëstatz , et comme Voz Majestez Tavoient agréable ; quelz moiens le Roy luy donneroict, quelles forces Son Altesse y pourroict mener; puis m'a demandé ce que je pensois qu'il .succéderoict de l'accort qui se traictoit avec le prince de Parme. Je luy ay respondu que c'estoict chose quin'estoict de ma charge et que je ne sçavois [que] par le bruict commung les nouvelles que Ton en disoict en Angleterre, mais que elle, qui avoict tous les advertissemens , debvoict sçavoir ce qui en estoict. Lors elle me dist que le roy d'Espagne et ses ministres disoient que c'estoict elle qui avoict introduict son Altesse aux Pays-Bas, et qu'elle l'y voulloict derechef rembarquer et qu'on luy rejectoict toutes les faultes; que je sçavois ce qui en estoict, et, comme elle avoict pryé Son Altesse de demender encores quelques jours, mais que voyant la résolution avec l'espérance de son retour, elle l' avoict voullu accompagner le plus souvent et le plus honorablement qu'elle avoict peu, ayant toutesfois pronostiqué à mon dict sieur, dict-elle, et mandé la pluspart de tout ce qui luy estoict advenu, et pour en dire à présent à Vostre Majesté ce que j'en puys juger, madame, je ne veoys pas, ny que la dicte royne d'Angleterre, ny ses subjects et conseillers eussent aulcune vollonté de veoir mon dict seigneur retourner en ce pays-là pour y estre bien receu et commander non plus que les Espaignolz , et croys que , soubz main , la dicte royne a gens à Gant, Ypres, Bruges et aultres villes du pays pour les induyre à leur accorder plus tost avec le prince de Parme que de recepvoir les François, pourveu que les Espagnol se retirent. Toutesfois , la dicte royne m'a bien voullu persuader qu'elle ne désire rien tant que mon dict seignew puisse avoir son contentement de ce costé-là et ailleurs, et que le Roy luy donne des moyens de s'y establir; ce qu'elle sçavoict

bien [qu'U] ne feroict jamais, mais bien pour luy aydor à maintenir Cambray , parce qu'il estoict desjà fort frontière de France etfrançois.

J'ay escript au Roy ce que j'ay peu faire [près] sentir de cest ambassadeur de Danemarc, qui est par deçà, où je auray l'œU à tout ce qui sera pour le service de Sa Majesté. En louant Dieu, madame, de vostre bonne santé et de l'espérance qu'on a de celle de mon dict seigneur vostre [filz] , en supplyant Vostre dicte Majesté, madame, de parler au Roy pour moy et à mon dict seigneur pour estre payé de ce qui m'est deub, affin de satisfaire à mes créditeurs et je supply Nostre Seigneur,

Madame, qu'U donne à Vostre Majesté en très-parfaicte santé très-heureuse et longue vye.

De Londres , ce xj* apvril 1584.

mCHEL DE CASTELNAU A HENRI m.

23 avril 1584.

Sire, il n'est rien advenu en Escosse, depuis que je suis ambassadeur de Vostre Majesté en ce royaulme , que je ne l'aye prévu longuement auparavant, et que je [ne] l'aye advertye quelles estoient les factions accordantes et contraires aux praticques des Angloys, vous ayant faict plusieurs despesches sur les occurrances du dict Escosse, le plus subject pais du monde à mutation, et plus de trois ans auparavant ce qui est advenu au conte de Morthon, après ce qui est advenu au duc de Lenox , tant par les factions d'Angleterre que par ses ennemys au dict Escosse, et comme ilz estoient après à luy ester le gouvernement , l'auctorité et la vye , dont je lui donné advis assez à temps pour y remédier , s'il m'eust voullu croire. J'ay aussy adverty Vostre Majesté que le roy du dict Escosse, vostre nep-

veu, cherchoict de se mettre en liberté et eschapper, comme il a f aict pour un temps, les mains de ses ennemys et mauvais subjectz, et prins possession de commander comme majeur, sans se soucier beaucoup des factions d'Angleterre, gui ont touzjours esté de ce costé là très-grandes depuys la mort du feu Roy vostre père et le siège du petit Lict (le port de Leith*), et n'ont eu les yeux bandez qu'à tenir ung pied et telle part en Escosse qu'ils peussent retrancher à Vostre Majesté et à toute la France vostre antienne allience et amytié de ce costé là. Depuys se sont bandés contre la mère et le filz, ayant, [depuis] qu'il s'est mis en liberté , cherché nuict et jour toutes inventions et stratagesmes, qu'ilz ont peu icy et en Escosse, pour le ruyner et atrapper, soict pour luy faire perdre la vye, ou, pour le moings, le réduire entre les mains de ses subjectz mal contans qui le tenoient auparavant en leur puissance ; ce qu'ilz ont tasché d'effectuer encore depuis douze jours , soict pour le surprendre ou pour luy atacher directement une guerre civille, comme ilz ont faict, et sont aujourd'huy en ces termes. Pour laquelle conduyre à chef les Ambletons [Hamiltons] se seroient, comme je l'ay mandé à Vostre Majesté, il y a plus de deux mois, advancez sur les frontières du dict Angleterre et Escosse, donnant le serment de fidélité pour jamais à la dicte royne d'Angleterre, comme très-mal contant l'esné de ces Ambletons du traictement qu'il a eu en France, de quoy j'ay aussy adverty Vostre dicte Majesté, et comme eulx, les contes d'Angus, de Mare, deGohory [Gowrye], millort Glennes [Glammis], millort Boyde, de Lindezay et de tous leurs partizans debvoient prendre les armes au dict Escosse , sy tant est qu'ilz ne peussent surprendre le dict Roy, espérant d'estre aydez d'argent, qu'ilz doibvent prendre à Barvic , avec artillerye , pouldres , munytions de guerre et ce qui leur seroict nécessaire pour leur entreprinse et jusques à estre secouruz, selon l'occasion, des gens de guerre , selon l'ordre que j'ay adverty Vostre dicte Majesté

1. Les Français furent forcés d'évacuer cette ville, en vertu du traité d'Edimbourg (1560).

avoir esté mis de tenir des navires prests et [faict] revties de toutes les forces du royaulme et le dict conte de Gohory, aultrement millord de Reven, a voulu estre le premier exécuteur de Tentreprinse, au lieu qu'il faisoict semblant de se retirer en France pour ung temps avec aultres de ses adhérans, comme je croy que c'eust bien esté leur intention , et rechercher par le moien de Vostre dicte Majesté et de la royne d'Escosse de rentrer en la bonne grâce de leur prince par mon voiage en ce pays là, selon que j'ay faict aultrefois pareil accord pour leurs' pères, sy la royne d'Angleterre l'eustvoullu permettre et avoir moien de les accorder les ungs et les aultres. Aulcuns de son conseil lui ont dict et conseillé en ces propres motz : qu'il falloict touzjomrs trouver moien de nourir la dyvision au dict Escosse, et non pas d'y mettre l'accord par ung ambassadeur de Vostre dicte Majesté. Toutesfoys voyant que avois remonstré vostre grande sincérité en l'endroict de l'Angleterre et de l'Escosse, pour vous rendre seuUement médiateur honnorable et amy commung en ce qu'il leur estoict utiUe, ilz vous debvoient sçavoir gré de l'offre que faisiez de vous en entremectre conjoinctement avec la dicte royne d'Angleterre , affin de fortiffier davantaige voz amytiez et lever, par doulx moiens, tous soubsons de part et d'aultre. Sur cela par deulx fois ilz auroient rézolu et encores il n'y a pas dix jours que, s'ilz ne pouvoient trouver moien d'effectuer leurs desseins au dict Escosse, il seroict très-bon de m'y laisser aller, et, en mesme temps, de renvoyer les commissaires vers la dicte royne d'Escosse pour faire accord avec la mère et le filz tous ensemble, voyant aussy que j'avois faict trouver faulses et menteuzes , touttes les calomnyes S qui avoient esté repanduz malicieuzement par deçà contre l'honneur de la dicte royne d'Escosse, au grand contentement d'elle et du Roy son filz, sans que jamais aulcun aict auzé comparoistre à ce qu'ilz avoient publié pour la discréditer du tout en ce royaulme avec

1. Allusion aux calomnies répandues contre Marie Stuart par la comtesse d« Shrewsbury. Voy. p. 121-122.

tn LETTRES DIPLOMATIQUES

les catholique^, qui luy portent a£fection. Ce que ayant clairement faict veoir à la dicte royne d'Angleterre dernièrement, que je luy présentai de ses lettres, et que je n'avoys jamais essayé comme je n'ay , de rien faire en faveur de la dicte royne d'Escosse qui luy fust préjudiciable, elle a monstre d'en demeurer fort contente, et de moy aussy, me louant de ce que je m'estois comporté mieulx en toutes ces choses là, qu elle n'en avoict eu opynion, en nous riant elle et moy de la plaincte qu'elle en avoit faicte à Vostre Majesté , estimant que je ferois le voiage d'Escosse avec tous bons offices plustost que maulvais, comme je ne suis pas hors d'espérance que je ne le face, pour ce qu'il n'en feust jamais plus de besoing pour y esteindre le feu devant qu'il y soict plus allumé, et aussy que j'entends le dict roy d'Escosse estre échappé de la surprinse qu'on luy voulloict ÉEdre, mais non pas de quelque guerre, qui ne peult durer longuement en ce pays là , sy la royne d'Angleterre ne s'en mesloict, aussy que les nouvelles et particullaritez, comme celle-cy, passent, ne sont point du tout certaines, [et] combien qu'il y aict apparance, changeront de jour à aultre.

Cependant, le dict roy d'Escosse faict lever gens et battre le tambourin, et donne commandement que nul maistre de navire, sur peyne de la vie et de confiscation de son vaisseau, ne transporte aulcun Escossois bany au dict Escosse, et a faict faire \me publicquation contre le conte de Gohory, les contes d'Angus et de Mare, de millort Glennes et aultres, avec tous leurs partizans, sur peyne de ne pouvoir jamais impétrer aulcime grâce, de se retirer en diligence et délaisser leur entreprinse; mais tant s'en fault [qu'ils obéissent], qu'ilz assemblent leurs parens, amys et partizans, en faisant des remonstrances, partout où ilz peuvent, avec la noblesse et le peuple d'Escosse , que le dict Roy est mal conseillé et détenu prisonnier entre les mains du nouveau conte d'Aran et du coUonel Stuart.

J'ay incontynant despesché ung gentilhomme au dict Escosse, en attendant que je voye sy je iray moy-mesme, et sy la royne d'Angleterre voulloict , tout cest oraige seroict dissipé en peu

de jours. Cependant, j'auray Toeil pour tout ce qui sera du service de Vostre Majesté, et je n'espargneray rien à vous concilier ce petit roy et son allience, et y emploieray tout ce qui despendera de mon pouvoir et le vous rendre plus obligé que jamais ensemble la dicte royne d'Escosse et [celle] d'Angleterre, pourveu que le dict Roy eschappe ceste foys, comme j'estime que Dieu luy en fera la grâce, ce qui retiendra la dicte royiie d'Angleterre de luy faire une guerre ouverte. Mais il sera touzjours en hasard par la division de ses subjectz, qui auront leur recours par deçà.

Il y a icy Archibal du Glas qui m'oflfre sur sa vye, sy je luy veulx bailler douze ou quinze cens escus, de s'en aller par deçà, et de rendre tous ceulx qui se sont eslevez, pensant estre favorisez de l'Angleterre , à vostre debvoir, et faire perdre à la dicte royne d'Angleterre la part qu'elle a avec eulx , les ayant embarquez pour les laisser là, pourveu que je leur escripve de se remettre en ce debvoir, en attendant que je sois par de là pour leur impétrer le bon conseil de Vostre dicte Majesté. Mais quant je considère que messieurs de voz finances ne m'ont jamais vouUu allouer nulles despences , que j'aye faict au dict Escosse ny en ce royaulme, et que dernièrement ilz ne m'ont vouUu ordonner que cinq cens escuz pour y faire le voiage (encores ne les ont-ilz pas faict payer), et, que, depuys trois mois, j'y en ay despendu plus de six cens à entretenir les ungs et les aultres, et que présentement j'y despesche ung gentilhomme à qui j'en baillai vi**, et sy donnai cent escuz à l'évesque de Saint-André, et' une belle hacquenée, il y a envyron trois sepmaynes qu'il partit d'icy, pour la promesse qu'il me feist d'estre cy après vostre serviteur et de la royne d'Escosse, et aussy comme Vostre Majesté m'a commandé et escript de ne faire aulcunes despences, ny de despescher aulcun courrier pour chose que ce soict, et voyant que messieurs de voz finances ne m'ont pas voullu ordonner ung sol , tant sur mon assignation de xxi mil v** escuz sur les offices de sergens collecteurs , que sur le reste de ce qui m'est déub, je n'ay osé

bazarder dô bailler sy grande somme au dict Arcbibal du Glas, lequel est le plus habile et suffisant homme de toute l'Escosse, et que Vostre dicte Majesté entre tous ceulx de ceste nation doibt entretenir pour son service, comme je le vous ay acquis et conservé jusques à ceste heure, et n'espargneray néantmoings chose qui soict en ma puissance pour luy ayder, s'il veut faire le dict voiage, et pour donner toutes les preuves qu'il me sera possible à Vostre Majesté du très-humble service que je luy doibs contynuer toute ma vye , en pryant Dieu , Sire, qu'il lui donne, etc.

De Londres, ce xxnj* apvril 1584.

MCHEL DE CASTELNAU A CATHERINE DE MÉDICIS

23 avril 1684'.

Madame, d'aultant que j'escris amplement au Roy des affaires d'Escosse, je n'en feray à Vostre Majesté aulcune redite, synon que les contes d'Angus, d'Atel(Athol), et Gohory (aultrement Millort de Reven), de Mare, le millort Glammis, les sieurs de Hamilton, le millord Boyde, le millord de Lindezay avec leurs partizans, parens, serviteurs et amis ont voullu faire entreprinse de reprendre le roy d'Escosse et le tenir en leurs mains et à leur dévotion , comme ilz faisoient auparavant qu'il se mist en liberté, choze que j'ay assez prévu et en ay adverty Voz Majestez. Mais j'estime que ayant failly à exécuter entièrement la dicte entreprinse, ils la vouldront, s'ilz peuvent , poursujrvre par une guerre civille , laquelle ne poxu*roict durer plus de quinze jours, sy n'estoict par la faveur, apuy et les moiens que la royne d'Angleterre leur donneroict ,

1 > La copie porte la date du 20 avril 1584 ; c'est probablement une erreur du copiste pour le 23 , car cette lettre paraît faire suite à la précédente.

qui est princesse sy advisée de monstrer les voulloir blasmer la première , s'ilz ont mal exécuté , et est-il qu'ilz sont aux armes et ont fiaict leur assemblée à saint Johnston, et le roy d'Escosse assemble gens aultant qu'il peult et faict des édictz et publications contre eulx avec des commendemens fort rigoureux de se déporter de la dicte entreprinse et deflfense par tout son royaulme de les assister. De ma part, j'estyme que ce coup il pourra évitter le hazard de retomber en leurs mains ; mais aussy serail touzjours en ce péril ayant ses subjectz divisez , et la pluspart pentionnaires et partizans d'Angleterre, lesquelz j'ay espérance de séparer et rompre avec l'auctorité du Roy, sy la royne d'Angleterre me permect de passer au dict Escosse , comme je luy remonstreray que le besoing en est plus grand [que] jamais. J'estime qu'elle entendera (attendra) une segonde nouvelle du dict Escosse avant que d'en rien conclure , et comme les choses auront passé depuis le premier advenu (la première advenue). Ce pendant je y ay dépesché présentement ung gentilhomme, et ne faudray au reste de faire, et là et icy, pour apaiser ce feu devant qu'il soict plus grand , et n'espargneray rien pour faire très-humble et fidèle service au Roy, envers lequel je supply très-humblement Vostre Majesté, madame, de me faire ce coup cy une office de bonne maisiresse, affin que Sa Majesté commande à messieurs de ses finances d'avoir quelque considération et me faire bailler une partye de mes assignations de vingt ung mil cinq cens escuz ou sur le reste de ce qui m'est deub, affin de satisfaire mes créantiers, et je supplie Dieu,

Madame, qu'il donne à Vostre Majesté en très-parfaicte santé , très-heureuze et très-longue vye.

De Londres, ce xxapvril(23 avril) 1584.

Madame, celuy que la royne d'Angleterre avoict envoyé en Espagne, après avoir licentié le sieur don Bernardin de MandosseS est retourné très-mal édiffié du peu de compte que l'on

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