‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 199 sur 215 · D. Bernardin de Ifendoza · texte numérisé non relu

D. Bernardin de Ifendoza

a faict de luy par de là, sans Tavoir voullu ouyr ny donner audience , au lieu (bien loin) qu*ilz cherchent à se racommoder avec le roy d'Espagne, et le satisfaire en ce qu'il prétendoict [qu'il] luy avoict esté faict tort par deçà. Sur quoy je me persuade que la royne d'Angleterre recherchera et fera plus d'estat de voz amytiez qu'elle ne fist jamais , dont elle me tint l'aultre jour tant d'honnestes propos et du plaisir infiny qu'elle avoict de la santé de Vostre Majesté et de mon dict seigneur, qui luy estoict, comme elle me dist, plus chère que la sienne, et me veult touzjours mettre sur les affaires du Pays-Bas pour secourir ceulx des estatz*, ou autrement qu'ilz seront perduz et se remetteront en peu de jours du tout en l'obéissance du roy d'Espagne, et m'a dict en avoir escript à monseigneur vostre filz , et semble , sy elle a le cœur semblable à la parole , qu'elle vouldroict contribuer en sa part, mais je en croirai les effectz; car elle regarde et ses conseilliers à ce qui leur est utille , et de leur volonté bien souvent mal fondée, et non à une aultre chose.

MICHEL DE CASTELNAU A HENRI m.

26 avril 1584.

Sire, depuis avoir faict une despesche à Vostre Majesté sur les nouvelles que les contes d'Angus , de Mare , de Gohory et leurs partizans, auroient voullu prendre et se saisir de leur roy d'Escosse , puissamment aydez de la faveur et appuy de l'Angleterre, et qu'ilz, ayant faiUy de l'exécuter, se seroient voullu assembler à Saint-Jehanston et là induire les peuples d'Escosse, la noblesse, les mynistres et touttes sortes de gens pour pren-

1. Peuples des Provinces-Unies, gouverné» par une Assemblée appelée lês états généraux.

dre ung malcontentement de leur Roy, et luy atacher une guerre civille , et le contraindre de s'accorder à leurs vollontez , mais ilz n'ont pas eu le moien d'exécuter ny l'un ny l'aultre , comme j'entens que les nouvelles en sont venues ce matin fort segretement; ce qui les empesche bien par deçà. J'ai veu cest après disner la royne d'Angleterre, de laquelle je en ay bien tiré quelque chose en ces motz : le roy d'Escosse faisoict des levées et se voulloict exercer à la guerre contre ses subjectz , les chasser et banir de son royaulme, confisquer leurs biens par mauvais conseil , croire celuy de la Royne sa mère , qui ne voulloict que les extrémitez, et plusieurs aultres plainctes. Je luy ay proposé de me laisser aller par de là avec quelque tmg de son conseil , bien saige et advizé , qui marchast de bon pied par son conmiendement, pour aller apaiser tous ces differandz. Elle m'a dict que , dedans trois ou quatre jours , elle atteudoict ung gentilhomme qui venoict d'Escosse, et que, suyvant les nouvelles qu'il apporteroict, eUe y adviseroict avec son conseil; puys m'a dict qu'ung jetme gentilhomme Jehan Ceton (Seatoun), estoict retourné d'Espagne et [estoict] filz de miUort de Ceton , qui est en France. Le dict jeune Ceton avoict apporté de sy agréables nouvelles au dict roy d'Escosse, que jour et nuict il estoict en son cabinet ; que elle ne doubtoict poinct qu'il n'espérast ayde, apuy, argent, faveur et allience de ce costé là; ce qui vous importoict aultant comme à elle.

Et avons parlé longuement sur touttes ces choses là; puis elle m'a dict n'avoir jamais esté sy contente de Vostre Majesté, en me pryant de la tenir en vostre bonne grâce , et force honnestes propos , où je l'ay bien satisfaicte , que elle n'aura jamais prince ny amy plus sincère en son amytié que Vostre Majesté, dont elle monstre estre fort contente. Puys, elle m'a fort longuement et amplement parlé et pryé de vous escripre pour ayder en quelque chose ceulx des Estatz de Flandres contre le roy d'Espagne, ou , pour le moings , leur prester quelque faveur pour faire ung accord, qui leur soict advantageux , sy tant est que monseigneur vostre frère se veuille déporter de ces entre-

prinses par de là, et faire tous deuk conjoincteinent que le dict roy d'Espagne ne soict pas le supérieur par force et qu'il aict touzjours des armes au dict Pays-Bas pour fascher le premier de vous deulx que il luy plaira, et m'a pryé de vous en escripre en toute diligence et supplier Vostre Majesté de m'envoycr en bref ung mot de responce, d'aultant que, sy il n'y cstoict remédié promptement, les pauvres gens seroient perduz, et le dict roy d'Espagne se rendroict de cela plus superbe et insolent que de chose du monde. Ce que la dicte Royne craint plus que jamais, ayant, comme j'en puys asseurer Vostre Majesté, recherché de rentrer en ram3rtié du dict roy d'Espagne et le contenter en ce qui luy plairoict , pourveu seullement qu'il vouUust faire quelque peu de démonstration de dézavouer le dict sieur don Bernardin de Mandosse, qui estoict par deçà son ambassadeur, mais tant s'en fault qu'il luy a escript une feuille de papier de sa main pour advouer tout ce qu'il a faict en ce royauhne, luy promectant grandes rescompances et luy a envoyé argent et tout ce qu'il avoict demandé, et, xv jours avant qu'il fùst licentié par deçà [il] avoict receu huic mil doubles pour seurcté, et le dict roy d'Espagne n'a voullu veoir ny les lettres de la royne d'Angleterre ny celluy qu'elle luy avoict envoyé; mais en a faict moings de cas que d'un vallet, et est ainsy retourné très-mal contant d'Espagne, et sans grande espérance de pouvoir acommoder les affaires de ce costé là; qui est cause que la Royne recherchera avec plus de soing de conserver l'amytié de Vostre Majesté , qu'elle ne fit jamais, comme je luy ay bien faict veoir qu'elle en a besoing. Mais pour en dire la vérité à Vostre Majesté, le naturel des Anglois est de proposer beaucoup, et de monstrer de belles apparences; mais quand ce vient à l'effect, je n'y trouve pas grand fondement, selon que je les ay congneuz depuis xxv ans que je les ay pratiquez en assez d'occasions, mais ilz disent que les variations, qui premièrement arryvent de leurs voisins et de ceulx qui ont affaire à eulz, en sont cause, et avons eu assez d'estroictes conférances la dicte Royne et moy sur cela.

Et diray davantaige à Vostre Majesté que, sy elle pouvoict estre asseurée de l'Escosse , dont elle craint tost ou tart tout son mal, elle ne se souciroict de prince de la crestienté. Et, pour les protestans, avec lesquelz elle est touzjours conseillée de faire ligue, j'estime que la crainte qu'elle aura d'offenser Vostre Majesté, la retiendra d'y entrer trop avant, mais [elle] remettra aux princes de la Germanye et aux huguenotz de la conclure , et lors elle contribuera, en sa part, en cela, où elle sera et ses subjetez cotizez. Mais j'auray les yeulx ouvertz à tout cela, et feray seullement ce brouillon à la haste, que j'envoye par mon segrétaire, pour atrapper au passage de la mer mon aultre despesche , n'ayant ozé despescher ung courrier de Vostre Majesté, comme il en eust esté bien besoing. Car ilz sont icy sy exaltez à fouiller et à regarder tous les pacquetz et despesches, que, la plusparct, ilz les voient, sy je ne les envoyé par quelque gentilhomme exprès, jusqu'à Calais ou à Dieppe, sachant qu'ilz ont faict contrefaire mes cachetz, mais s'ilz ont veu ce que j'ay escript à Vostre Majesté , ilz y aiuront trouvé la vérité , et que je leur faictz quelquesfois de meilleurs offices pour adoulcir les choses qu'ilz n'en donnent occasion. Toutesfois, c'est l'office d'ung ambassadeur de remédier plustost à quelque mal que de l'augmenter, comme j'ay touzjours faict et feray pendant que je congnoistray vostre sy bonne intention envers la dicte royne d'Angleterre , qui me veult fort asseurer estre très-contente de Vostre Majesté, comme elle en a bonne occasion , et sy les caresses qui avoient esté commencés se pouvoient achever, et les envoyer, et les mulletz de litière , le présent seroict encores très à propos. Cependant j'espère de maintenir les choses en tel estât pour cette isle , où je comprends l'Escosse, que Vostre Majesté en aura contentement, et de mes très-fidèles services, en pryant Dieu,

Sire, qu'il donne à votre loyale bonté, en très-parfaicte santé, très-heureuse et longue vye.

De Londres, ce xxvj* apvril 1684.

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