MICHEL DE CASTELNAU A HENRI HI
11 mai 1584.
Sire, depuis la dernière despeche que j'ay faicte à Vostre Majesté sur les affaires d'Escosse , je en ay eu nouvelles que, envyron le xxvnj^ d'apvril, le roy d'Escosse ayant évitté à la surprinse que ses subjectz luy avoient voullu faire, à la fin pour ne l'avoir peu exécuter comme ilz desiroient , et voyant que le dict roy d'Escosse avoict assemblé des gens et proceddoict envers eulx par proclamation et voyes rigoureuses, ilz offrirent de s'en aller et partir hors d'Escosse, disant toutesfois que il leur déplaisoict de veoir leur Roy sy mal conseillé que de traicter ainsy les seigneurs et la noblesse de son pays; que les voulloict chasser et banir, confisquer leurs biens et aultres rigueurs. Sur cela le conte de Gohory, qui est celluy qui conduisoict l'entreprinse, avoict mandé au dict roy d'Escosse qu'il se retireroict le premier hors du royaulme d'Escosse et leveroict tous les soubsons qu'il avoict de luy; et, sur cela, estant près de s'embarquer à Dondi (Dundee), le collonel Stuart y est arryvé avec quelque nombre de quevallerye, et a prins et atrappé le dict conte de Gohory, et donné l'alarme sy chaulde à ses compagnons, que incontynant ilz se sont esmeuz, assemblez et prins les armes avec telles clameurs qu'ilz ont excité les peuples d'Escosse, la noblesse [et] les mynistres à prendre leur party, disant et publiant que l'on [les] voulloict tous ruyner tant es corps et biens que la religion. Par quoy, il leur falloict mettre ensemble et prendre coiurage de résister à leurs ennemys. Sur cela ont marché droict en la ville d'Esterlin (Stirling) qu'ils ont prinse, et s'y est trouvé dès le xxix* et trantième du mois d'apvrîl plus de deulx mil cinq cens chevaulx, selon la façon du
pays, et [se] renforcent tous les jours. Mais le chasteau du dict Esterlin, où commande le frère du nouveau conte d*Aran, tient encores. Cependant le roy d'Escosse, qui est à Lislebon (Lislebourg, maintenant partie d'Edimbourg) , se trouve , comme je Tay prédict, au danger, s'il ne luy arrive pys, d'tme guerre civile, et que ceulx qu'il avoict assemblez, tant par faulte d'argent, que pour l'inconstance, qui est avec ceulx de ceste nation, ne l'abandonnent et ne se retirent au dict Esterlin pour la pluspart vers ses ennemys, ou que, s'il se mestoict en campagne, il ne fust trahy et délaissé, comme l'ont esté les roys ses prédécesseurs, en plusieurs guerres qu'ilz ont entreprinses, dont la Royne sa mère, vostre belle-sœur, faict encore la pénitance, et laquelle, perdant son filz, en quelque sorte que ce fust, comme est le desseing de ses ennemys de l'atraper, elle pourroict bien faire estât de le suyvre bientost après. Sy la royne d'Angleterre m'eust voullu laisser aller, j'eusse prins sur ma vye d'apaizer tous ces différans en six jours. Car le dict conte de Gohory et tous ses partizans, congnoissant , conune j'ay faict aultrefois , tel accord pour leurs pères , desiroient grandement mon voiage par de là, et les eusse tous envolez en France, en Allemaigne, Suisse ou à Genefve , se pourmener pour ung an ou quelque temps , pendant que Vostre Majesté eust moienné leur accord avec la royne d'Escosse ; [le Roy] feust demeuré asseuré, et la royne d'Angleterre eust perdu toutes ces praticques de ce costé là, qu'elle entretiendra touzjours, tant qu'elle aura ung homme à son commandement au dict Escosse, et un escu pour leur bailler ; qui est cause qu'elle a temporizé à me laisser aller, sçaichant la créance particullière que je puis avoir avec les ungs et les aultres. Je luy ay remonstré ces jours icy que , sy le roy d'Escosse avoict mal par ses subjectz ou qu'il leur en fist, l'on luy importeroict la coulpe pour n'avoir voullu envoler quelques ungs des siens avecques moy pour apaiser ses différans. Elle dict touzjours qu'il faudera veoir.
Cependant les contes de Mare , d'Angus , de Glemmes et leurs partizans ont prins les armes, et m'a l'on assuré que les Hamil-
tons , qui sont plus simples que maBtieux , les prennent aussy, et entrent en Escosse pour se joindre avec les aultres ; ce qui ne peut estre que par le moien, conseil, faveur et ayde de la dicte royne d'Angleterre, qui augmente tous les jours de maulvaise volonté envers la royne et le roy d'Escosse, et ne pense jamais estre plus asseurée en son Estât pendant qu'ilz viveront. Toutesfois , s'ilz se peuvent maintenir et réunir leurs subjectz, la dicte Royne les recherchera d'amytié et de (juelque honneste traité, et dissimulera par politique ce qu'elle n'a peu exécuter par les factions qu'elle a par de là. Voilà, sire. Testât où ilz sont à présent. Peult-estre que Dieu aussy les conser^ vera, et [échapperont] aux praticques de leurs ennemys, où je ne fauldray de faire ce qu'il me sera possible pour les maintenir comme voz anciens amys et alliez.
J'ay reçu les lettres qu'il a pieu à Vostre Majesté m'escripre par le sieur Maron*, pour le faire passer vers la royne d*Escosse; ce que j'ay obtenu avec toutes les peynes du monde , et n'a pas esté sans nous courrousser la dicte royne d'Angleterre et moy, qui ay eu de si fortes raisons [disant] qu'elle ne vous debvoict refuser si peu de chose, que, à la fin, elle l'a accordé. J'ay aussy préparé la dicte royne d'Escosse de tout le crédit que je puys avoir [sur] elle d'accorder la juste requeste de Vostre Majesté à M. le duc de Joieuse, vostre beau-frère, selon le désir que j'ay défaire quelque service agréable à Vostre Majesté, et mesmement pom* chose qui luy est sy recommandée que la partie et les mérites de M. le duc de Joieuse, qui est fort estimé et honoré de ceulx qui ne l'ont jamais congneu que par sa bonne et loialle réputation.
Le sieur de Staffort (Staflford , ambassadeur d'Elisabeth en France) , a mandé par deçà que monseignem* vostre frère estoict hors d'espérance de vyvre, et, depuys les nouvelles ont contynué que Dieu l'avoict vouUu appeler. Sm* quoy, il s'est faict de merveilleux discours , et s'est bien peu congnoistre ceulx qui
1. Voy. sur ce personnage les lettres de Marie Stuart à Castelnau, en date du 26 et 30 avril 1584. {Recueil Labanoff, 1845 , tome V, p. 453 et 457.)
luy portoient encores quelque aflfectioii ou non. Mais il ne m'a peu entrer en l'esprit qu'il soict mort, de sorte que, à mesure que Ton l'a voullu publier, j'ay soubstenu le contraire, espérant que Dieu le vous conservera pour vous faire quelque bon service , comme il y est obligé, et selon la promesse qu'il a pieu à Vostre Majesté m'escripre qu'il vous en avoict faicte à vostre contentement, au logis de la Royne vostre bonne grand'mère, que Dieu ne vouldra tant afQiger, s'il luy plest.
Quant à cette ligue protestante , de laquelle j'ay tant escript à Vostre Majesté, elle se bastit peu à peu ou par imagination ou par eflfect, estant arrivé, après l'ambassadeur de Danemark, un gros Allemand de la part de Casimir, bien accompagné, qui oflfre à la dicte royne d'Angleterre tout ce qui despendra jamais des moiens et du service de son maistre. L'on attend icy quelqu'ung de la part du roy de Navarre. L'Anglois, appelé Wade, qui fut en Espagne , a parlé à luy à son retour, et selon l'advis que j'en avois donné à Vostre Majesté, qui doibt estre adverty de ce qu'il aura traicté avec luy. 11 y a eu par deçà divers discours sur le dict roy de Navarre, qu'y se voulloict du tout remettre avec Vostre Majesté, et mesme jusques à aller à la messe, disant qu'il falloict s'accommoder au temps. C'est icy ung pays où ilz ont jusques à présent esté spectateurs, et faict les interprétations qu'ilz ont voullu sur les nouvelles estrangères, en taschant de chasser tout le mal de leur pays, et le rejecter sur leurs voisins, qui sera l'endroict où je supplyray Dieu,
Sire, qu'il donne à Vostre Majesté, etc.
De Londres, ce xj* de mai 1584.
MICHEL DE CASTELNAU A HENRI m.
16 juillet 1584.
Sire, je n'ay pas estimé qu'il feust nécessaire d'importuner Vostre Majesté des occurrences d'icy, depuis qu'il luy pleut m'advertir de la mort de feu monseigneur vostre frère, et comme la royne d'Angleterre Fa receue avec une telle démonstration de regret , que c'est choze mal aizée à croire à qui ne l'auroit veu. Elle s'est retirée de toutes les compagnies, sans qu'il y ait eu que trois femmes qui aient eu accès quelque temps à elle, et n'y a aulcim de ses conseillers qui luy ait oy parler. M'aiant donné audience pour l'aller veoir à Richemont, elle envoya au devant de moy pour me faire honorablement recepvoir par le siem* de Walsinghan et aultres gentilshommes, qui me vinrent rencontrer, chacun me contant ses douleurs et l'ennuy qu'elle portoict. Le dict sieur de Walsinghan alla et retourna plusiem*s fois entre elle et moy. A la fin, me rapporta comme il l'avoict laissée sy esplorée , sachant que j'estois habillé de deuil, et aussy en ceste maison où s'estoient traict leurs plus secrètes amom*s, et en ma présence, qu'il n'estoict possible qu'elle me peult veoir. Par quoy elle me pryoict de l'excuser pour ce jour, et jusques à temps qu'elle feust partie du dict Richemont, commandant à tous ceulx de sa court, tant ceuli amys de monseigneur vostre frère , que ceulx que luy avoient esté contraires, de ne se présenter devant elle de quelque temps en ceste maison; et, ainsy m'en retournai sans la veoir à ceste heure là. Depuis elle m'a presque tous les jours envoyé visiter, et moy elle, me mandant souvent qu'elle ne se pouvoict conr soller d'avoir perdu un tel amy, mais qu'elle avoict espérance que Vostre Majesté luy seroict touzjours bon frère et voisin.
Voilà, sire, pour le particullier de la dicte royne d'Angleterre, comme elle s'est conduicte depuis qu'elle entendict la mort de monseigneur vostre frère, lequel, à ce que j'entendz, avoict encores recommancé quelque praticque avec elle, plus de deux mois avant qu'il mourust, et luy avoict mandé que le premier volage qu'il feroict, se seroict de la retourner veoir, et faire tout ce qui luy plairoict, ensemble luy diroict chose que ne vouldroict escripre , ne commettre à personne, et qui importeroict à son Estât. La Royne se souvient aussy des propos qu'elle et monseigneur vostre frère ont eus souvent ensemble et en ma présence, que l'ung ne vivroict pas longtemps après l'aultre, de sorte que cela et les aultres regretz d'avoir penssé faire une amictié avec luy, et d'avoir baillé son argent, et estre mal avec le roy d'Espagne, et n'avoir point d'amys asseurez, luy donnent beaucoup à penser à Testât de son royaulme, conmie ses conseillers ne sont empeschez à aultre chose et à tenir les armes prestes , et les forces dudict royaulme, poui* quelque occasion qui se peult ofl^ir, faisant les revues et monstres généralles, depuis l'aage de vingt ans jusques à cinquante et soixante, leur aiant ordonné capitaines et colonnelz aveq ces seigneurs du pays , pour leur conduicte jusques aux lieux et frontières où ils auroient [ordre] de marcher, et servir.
Et pour le regard des aflfayres d'Escosse, selon que je l'ay mandé à Vostre Majesté, c'est la chose qui donne le plus de martel à la royne d'Angleterre, que de veoir ce jeune roy, vostre petit-nepveu, avec plus de prudence, prospérité et résollution en toutes ses affaires qu'elle n'eust jamais pensé. U a encores ces jours passez chassé sept ou huict des plus séditieux my<nistres de son pais, qui sont en ceste ville, aussy estonnez que ces aultres rebelles, qui sont en la frontière du nord, avec bien peu d'espérance , de se pouvoir remettre par les armes et factions semblables, comme estoict bien leur intention, voiant que la dicte royne d'Angleterre ne leur oze apertement ayder, mais leur promect touzjours de moienner leur accord , en ce qu'elle pourra, qui n'estoict pas ce que demandoient les dicts rebelles.
Ils ont aussy esté assemblez pour résoudre sur moa voiage d'Escosse, pour achever le traicté de sa liberté, et donner raison à Vostre Majesté , pourquoy les choses avoient esté différées jusques à ceste heure , cependant que la dicte Royne avoict envoyé vers le dict roy d'Escosse ung ambassadeur nommé Davisdon (Davidson), pour sçavoir comme il desiroit procedder avec elle , et avoir agréable la liberté de la Royne sa mère , et quelle occasion il avoict eu de dire que Ton avoict ycy projeté leur ruyne en mesme temps, selon que la dicte royne d'Escosse en avoict aussy tenu quelques propos de son costé fort désagréables à la royne d'Angleterre. La mère et le filz se sont interprétez, disant que encores qu'ilz l'eussent entendu , ilz ne l'avoient pas voullu croyre. De quoy la dicte royne d'Angleterre s'est contentée, et aussy que le dict roy d'Escosse a escript une lettre à la dicte royne d'Angleterre depuis quatre jours , contenant ces motz : < Que sy elle estoict informée que ce n'eust « touzjours esté son dezir et desseing de luy estre bon parent, « bon voisin, bon filleul , et qu'il ne la réputast comme sa mère, « il la prioict de ne le croire poinct , et , s'il plaisoict à la dicte « Royne se comporter envers luy de mesme, il feroict tout ce « qui luy plairoict, qui seroict le moien d'oster toutes occasions « de s'oflFenser de part et d'aultr'e ; par tel moien, luy promet- « teroict laisser toutes praticques et intelligences avec tous les « princes du monde, quelz qu'ilz soient, pour se gouverner et H conduyre à son contentement et vollonté. »
Le conseil de la dicte royne d'Angleterre a esté assemblé toute ceste sepmayne à résoudre ce qu'ilz avoient à faire avec le dict roy d'Escosse, et s'ilz renvoieroient les commissères à la dicte Royne sa mère, sy je ferois le voiage par devers euk , et mesmement sur ce que le dict conte d'Aran a aussy escript à la dicte royne d'Angleterre et au millord de Honzedon (Hunsdon), gouverneur de Barvic, qu'il oflfroict et asseuroict, sy la dicte royne d'Angleterre voulloict avoir patience et le recongnoistre et gratiffier de ses peines, il luy rendroict le dict roy d'Escosse, son maistre, du tout à sa dévotion, pour
ne faire alors que ce qu'il luy plairoict, mesme pour Taccord de ses subjectz, sans que Vostre Majesté, et la dicte royne d'Escosse sa mère l'en empeschassent, qui est ce que la royne d'Angleterre avoict auparavant désiré, et ce qui luy a faict faire tant de remuemens au dict Escosse, et y chercher des partisans avec grande despence. Mais, considérant que le dict conte d'Aran avoict aultrefois prins leur argent, et les avoict trompés , du temps du duc de Lenox S et que les déportemens du dict roy d'Escosse estoient tous aultres que ce qu'ilz en sçavoient à présent, et qu'il se conduisoict du tout par le conseil de la royne sa mère, en faveur de laquelle il avoict encores depuis peu faict deffendre toutes les croniques et livres [de] Bucanan, et tous les aultres libelles diffamatoires faictz contre elle, et sur pegne (peine) de la vye, que aulcun Escossois n'en retinst fragmant ny exemplaire , qui n'eust à l'aporter pour le faire brusler ; les plus prudens de ce conseil estiment que le dict roy d'Escosse et le conte d'Aran ont escript telles lettres pour quelque tromperie , dissimulation plustost que pour son bon effect. Cela est cause qu'ilz ont oppiné que la dicte royne d'Angleterre ne debvoict mesprizer l'honnorable offre de Vostre Majesté , de se vouloir rendre médiateur avec la dicte royne d'Angleterre, d'un bon accord, selon la charge qu'il vous a plèu m'en donner , ensemble de pourchasser la liberté de la dicte royne d'Escosse, comme chose honnorable à la dicte royne d'Angleterre, et qu'elle en soict priée et requise par Vostre dicte Majesté. Ce qu'elle a encores dernièrement désiré, et pensoict que M. le vicomte Pinard deust venir à cest effect, et faire le voiage en Escosse avecques moy. Toutesfois, puisque le dict conte d'Aran avoict faict de telles offres, il falloict encores Tesprouver à ce coup ycy et entendre les moiens qu'il avoict d'effectuer ces promesses. Ce que le dict sieur de Honsedon avoict charge de congnoistre, estant à Barvic, où il s'en va dès demain en dilligence pour cest effect, et, estant
1. Aran avait été opposé par les Anglais à Lennox; il avait reçu leUf argent et s'était ensuite entendu avee Lennox pour faire périr Horton.
arryvé, mandera audict conte d'Aran, que s'il se vcult trouver en quelque lieu avec commission de son maistre, bien ample pour accorder avec la royne d'Angleterre de tous les diflférends passez et de l'advenir, que le dict sieur Hondeson aura aussi pouvoir de samaistresse de faire le semblable, et doibt mander, en dilligence, ce qu'il aura trouvé, et en douze ou quinze jours au plus tard, pendant que la dicte royne d*Escosse sera aux bains, où [je] lui a (ay) faict obtenir licence d'aller avec beaucoup meilleur traictement que auparavant. Mais je feray encores ceste redicte à Vostre Majesté , sire , en cest endroict , que , si la dicte royne d'Angleterre se pouvoict accorder avec le dict roy d'Escosse et sa mère, elle le feroict très-voUontiers, voiant qu'elle ne l'a peu réduire soubz sa puissence par les aultres praticques et intelligences qu'elle a touzjours eues et cherchées, avec les Escossois ses subjectz , qu'elle a trompés presque en toutes les promesses qu'ilz s'y sont faictes les ungs aux aultres. Néantmoings, la dicte royne d'Angleterre et ceulx de son conseil veoient à présent par les apparences qui en sont, que le dict roy d'Escosse debvoict estre en bonne intelligence avec Vostre Majesté et la royne sa mère, qui sera cause qu'ils n'ozeront se fier de rien traicter avec luy que conjoinctement avec Vostre Majesté et la dicte royne d'Escosse, car ilz congnoissent touz les jours y avoir moings d'intelligence qu'ilz n'eurent de longtemps. Quoy voyant , ilz cherchent de s'accorder et s'establir aultant avec Vostre Majesté que avec le dict roy d'Escosse ^ et craindront de vous offenser, comme je les retiens en ceste peur le plus que je puis , et de rien traicter au dict Escosse sans vostre consentement, voiant la charge que Vostre Majesté m'en a donnée, etdeubment en chose sy honorable que la liberté que la dicte royne d'Angleterre ne peult plus différer de venir à quelque accord, voiant que, son filz estant en âge, la captivité de sa mère ne sert plus de rien à la dicte royne d'Angleterre , chose qui a esté constatée par tous ceulx de son conseil, et qu'elle ne peult trouver meilleure occasion que celle-cy pour traicter seurement avec elle pour estre aussy le moien de s'es-^
tablir avec Vostre Majesté et la dicte Toyne d'Escosse, sy son filz le désire. Sur cela il a esté dict aux commissaires qu*ilz se tiiissent prests à partir bien tost avec moy, sy tost qu'ilz auroient des nouvelles du dict millord de Hondeson, et ont daventage advisé qu'il seroict meilleur pour la dicte royne d'Angleterre, avec le consentement de Voz Majestez et du roy d'Escosse , traicter de nouveau avec elle pour la renvoier avec le roy son filz , plus tost que la retenir en ce royaulme, et ne s'arrester au traicté de l'an passé , à la charge que la dicte royne et roy d'Escosse s'obligeront de ne rien attenter contre la dicte royne d'Angleterre et son Estât durant sa vye.
Laquelle est touzjours en délibération de vous envoier bien tost son ordre, et, auparavant quelques gentilzhommes, pour se contrister de la mort de feu monseigneur vostre frère. Il a esté proposé que ce seroict le sieur de Chedenay*, neupveu du conte de Lestre, qui a faict ces jours passez ung progrès et voiage en ses maisons et biens de ses parens avec grand recueil du pais , allant veoir ses amis , où il a esté tant honoré et caressé des seigneurs et de la noblesse , qu'il a esté traicté comme ung roy, dont la dicte royne d'Angleterre a eu grand soubson et malcontentement , et luy en a faict fort mauvais visage, luy disant qu'il voulloict faire du roy. Il s'en est retiré de la court tout marry, et a eu pour quelques jours assez d'affaires, par le moien de ses amys, à se remettre et excuser, disant qu'il ne pouvoict pas empescher la bonne vollunté que l'on luy avoict monstrée , mais qu'il aymeroict mieux estre mort que d'avoir aucune faveur que pour le service de sa maistresse. De quoy elle s'est contentée. Le dict conte de Lestre a repris avec moy beaucoup de familiarité , et plus que il n'avoict faict depuis qu'il se persuada que tout son crédit luy estoict venu par le moien des François, pour rescompence del'aflFection qu'il avoict
1. Philippe Sidney , un des écrivains les plus distingués de cette époque. Zottch {Mémoires sur la vie et les écrits de Philippe Sidn«y , York, 1809), Tapprécie en ces termes : « Homme d'État , brave guerrier , poète savant , d'un sentiment profond et d'une imagination créatrice. »
portée à Vostre Majesté et à vostre couronne. Il m*asseure souvent que, api es le service de samaistresse, il est plus dédié au vostre que à prince du monde. Il avoict librement conclud que son oppignon estoict que sa maistresse debvoict conjoinctement traicter les affaires d'Escosse avec Vostre Majesté, qui en avez usé sy bonnorablement envers elle , par la commission que vous m'avez donnée.
Mais j'ai encores présentement entendu que le dict roy d'Escosse prye de recbef la dicte royne d'Angleterre de luy envoler le dict millord de Hondeson ; ce qui l'a rendue contente en toutes choses. M'a l'on vouUu asseurer que, ce matin, il estoict venu nouvelles d'Escosse , qui portoient que le dict roy d'Escosse se plaignoict que son ambassadeur avoict trouvé de froiddes et maigres ressources en vostre royaulme, et le sieur de Walsinghan, voyant cette dépesche, a dict à ung sien amy, que le dict roy d'Escosse ne pouvoict (pouvant) faire ses affaires en France, les voulloict faire en Angleterre , mais qu'il falloict veoir ce qu'il vouldroict dire, et sy à ce coup, il consentiroict et requerroict la liberté de la Royne sa mère, qui luy seroict accordée , s'il en avoict bonne vollunté , mais que , pour son aage , il savoict trop bien dissimuler, et que , sans ce qu'il a tasché de traicter avec le dict millord de Honsedon , la royne d'Angleterre estoict d'advis que nous partirions sans plus différer avec ces commissaires , pour aller trouver la mère et le filz , suyvant la charge que Vostre Majesté m'en a donnée, et que, de sa part, il estimoict le plus court chemin. Le dict sieur de Honsedon, qui ne debvoict partir que demain , part tout présentement, et fort désireux de s'entremectre avec le dict roy d'Escosse , et se mettre en sa bonne grâce par le consentement de la dicte royne d'Angleterre, et, à cest effect, entretient le dict conte d'Aran pour persuader au dict roy d'Escosse que ne doibt espérer d'aultre royaulme ny prince que de la royne d'Angleterre , de' laquelle il sera héritier, et non sa mère , s'il se veult bien gouverner et croire le conseil de la dicte royne d'Angleterre et les bons amys qu'il a en ce royaulme. Voilà coname, en matière
d'Estat, les choses changent à toutes heures , principallement avec les Ânglois et les Escossois, qui ne sont pas fort constans en leurs résollutions.
Toutesfois le sieur de Walsinghan a aussi dict, quant à luy, qu'il oflfroict gaiger que le sieur de Honsedon se trouveroict trompé mesmement, en ce qu'il pensoict détacher le roy d'Escosse d'avec la Royne sa mère, et de l'allience de France, par le moien d'un trompeur tel que le conte d'Âran. Qui sera l'endroict où je supplieray Dieu,
Sire, qu'il donne à Vostre Royale Majesté, en très-parlaicte , etc.
Le xvj» juillet 16S4.
Sire, jeprendray en cest endroict la hardiesse, avec mes très-justes et précédentes requestres, de supplier Vostre Roialle Majesté de commander à messieurs de vos finances qu'ilz regardent à me faire paier ce qui m'est deub, suivant ce qu'il vous a pieu me mander estre vostre intention, affin de satisfaire à mes créanciers par deçà , et aux grandes despences que je y ay fsdcts pour le service de Vostre Majesté, et celuy de monseigneur vostre frère, suivant les exprès commandemens de Voz Majestez, et n'espargnerai rien, comme je n'ay faict pour tout ce qui a importé à vostre honneur et service.