‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 201 sur 215 · MICHEL DE CASTELNAU A HENRI IH · texte numérisé non relu

MICHEL DE CASTELNAU A HENRI IH

17 juiUet 1584.

Sire , j'ay mandé à Vostre Majesté comme la royne d'Angleterre, vostre bonne sœur, avoict faict eslection du sieur de Chedenay, l'ung des plus accomplis gentilzhommes de ce royaulme , pour l'envoier vers Voz Majestez se condoiloir de la mort dé feu monseigneur vostre frère. Il est filz du pair qui a

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esté visseroy en Irlande, et nepveu de MM. les contes de Lestre et de Warvic, de Bedfort, de la contesse de Sucez (Sussex), beau-frère du conte de Pembroc, et allié des premiers d'Angleterre. Il a espouzé la fille seulle du sieur Walsinghan et son héritière, en espérance d'estre ung jour des plus grandz seigneurs de ce royaulme. Il sera accompagné du conte d'Essex, du second filz de M. le grand trésorier d'Angleterre, du filz aisné du millort de Goban (Cobham), et de plusieurs aultres gentilzhommes de bonne maison, jusques au nombre de soixante-cinq chevaulx, et doibt [partir] vers la fin de ceste septmaine pour aller trouver Voz Majestez partout où elles seront, et leur faire entendre les regretz de la Royne, sa maistresse, et ses bonnes volontez. J'entends que le dict sieur Chedenay, qui est fort advisé, [a] aussy quelque charge de sonder Voz Majeztez quelles seront leur affections et bonnes voUontez envers la dicte Royne, sa maistresse, tant après la mort de monsieur vostre frère , que celle du prince d'Orange, que aultres occasions qui se présentent aujourd'huy , mesmement de donner quelque ayde et faveur à ceulx des Estats des Pais-Bas, soict soubz main, ou aultrement, pour ne les laisser subjuguer aux forces du roy d'Espaigne, et par conséquent le dict sieur Chedenay aura charge de bien considérer quelles seront voz offres et démonstrations d'amytiez envers la dicte Royne, sa maistresse, affin que, incontynant, elle vous renvoyé quelque seigneur avec son ordre, soict simplement pour le vous porter le plus honnorablement qu'elle pourra , ou pour traicter quelque chose de plus particuUier, et, suyvant cela, pourroict faire eslection de quelqu'ung propre à l'ung ou à l'aultre, et, parce que j'ay esté requis d'escripre à Vostre Majesté sur le voyage du dict sieur de Chedenay vers elle, j'ay esté aussy pryé luy faire toutte la recommandation que je pourrois, affin qu'il soict bien receu et accommodé des choses nécessaires en son voiage par où il passera, et spéciallement de chevaulx de poste , le nombre qu'il luy en sera besoing , et que je remettray à Vostre Majesté poiu* en donner le comman-

dément à qui il vous plaira , et le faire bien reoepvoir en voz villes de Kcardie par où il passera, auxquelles j'en ay escript, et à Mgr de Crevecœur, estimant, sire, que les courtoiâes entre les grands princes et leurs mynistres sont touzjours des liens qui estraignent davantage Tamytié, [et] que celles qui seront faictes au dict sieur de Chedenay, qui est proche allié et parent de tous ceulx de ce conseil , ne seront que bien emploiez, semblablement aux principaulx qui l'accompagnent; qui est l'endroict où je prieray Dieu , Sire, qu'il donne, etc.

De Londres, ce xvij» juillet 1&84.

MICHEL DE CASTELNAU A HENRI m.

28 juillet 1584.

Sire, j'ay veu la royne d'Angleterre depuis la dernière despesche que j'ai faicte à Vostre Majesté, pour luy donner advis dupartement du sieur de Chedenay, qui se va condoulloir de la mort de feu monseigneur vostre frère, la dicte dame estant touzjours en aparence pleine de larmes et de regretz, me disant qu'elle estoict comme une femme veufve, qui avoict perdu son mary , et que je savois bien que feu monseigneur estoict le sien, et qu'il n'avoict tenu à elle qu'ilz n'eussent vescu ensemble, avec plusieurs aultres telz propos, selon qu'elle est princesse qui se peult et sçait composer et transformer comme il luy plaist, et après ces tristes [paroles] et aultres discours semblables, me demanda mon opignon de ce qu'il falloict faire pour augmenter l'amictié avec Vostre Majesté et vostre royaulme , et sy l'eslection du dict sieur de Chedenay seroict agréable à Voz Majestez, s'excusant qu'elle ne les avoict plus tost envoyé visiter, et qu'elle redoubleroict cy après son

affection envers elle , s'il leur plaisoict. Je luy dis que ce seroict vous rendre seullement la pareille pour avoir touzjours [ainsi] usé les vostres en son ^droict , sans y avoir manqué d'un seul poinct; puis, me demanda sy Vostre Majesté ne vouldroict pas faire à présent plus estroicte ligue, et adviser aux affaires du Pais-Bas, et à secourir et ne laisser perdre ces pauvres peuples des Estatz, après la mort du prince d'Orange , par la tyrannie du roy d'Espagne. Je l'ay escoutée sur cela assez longuement, sans avoir, ce me sembloict, suffisante matière de luy respondre pour ne sçavoir l'intention présente de Vostre Majesté , où j'eusse eu poeur de faillir en quelque chose, luy disant plus ou moings que je n'ay de commandement et es affaires de telle importance, bien ai-je veu qu'il estoict à propos, voiant qu'elle me sondoict sur cela, de luy parler seullement que la Royne, vostre mère et la sienne de parfaicte amytié , avoict pourveu au faict de Cambray, comme l'aiant trouvé en la possession de monseigneur vostre frère, et pour ses aultres prétentions de Portugal. Mais la dicte royne d'Angleterre estimoict peu cela, au regret de veoir que le roy d'Espagne seroict pour subjuguer le tout en peu de temps. Par quoy elle seroict bien aize que Voz Majestés y voulussent promptement adviser, que sy elle sçavoict vostre désir, elle donneroict charge au dict sieur de Chedenay et à son ambassadeur de vous en parler. Lors je luy ay allégué plusieurs exemples, et qu'elle voulloict esbaucher assez de matyères sans en conduyre aulcune à perfection , et que luy avoict tant veu faire de recherches et de ligues , mesmement avec voz subjectz et les protestans, et encores depuis peu avec le roy d'Espagne, que, sy elle y eust trouvé de la sincérité , elle s'y feust arrestée , et luy en dis encores beaucoup de particularitez, et les discours avec le sieur de Ségur, daventage en ses traictez de mariage, elle n'avoict jamais tasché qu'à vous précipiter et jetter à la guerre avec le roy d'Espagne, et vous laisser là; que, si elle eust eu aultre intention , elle n'eust pas refusé voz honnestes ofl^es pour luy faire la guerre apertement ou soubz main. Mais elle me respondictà

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cek qu'dle n'avoict jamais peu congnoistre que Vostre Majesté voullust en rien empescher la grandeur du dict roy d'Espagne, mesmement que elle o&it de prester ses navires à la Royne vostre mère, ce qui lui augmenta la deffience (despense?), et plusieurs aultres advis conformes à voz déportemens, mais je luy respondis à tout cela chose qu'elle ne pouvoict contredire, luy faisant clairement veoir qu'elle ne faisoict rien que pour alanger le temps et veoir où elle se pouroict atacher sans regarder à ses promesses , dont je ne faisois nul estât sans les effectz, que je n'avois encores poinct veuz , mais assez de desseins mal suivis, et mesmement pour vous empescher et oster, sy elle eust peu , toute allience d'Escosse, qui est de huict cents ans , avec vostre couronne, et, quand je l'en avois empeschée selon mon debvoir en ceste charge, elle faisoict faire des plainctes à Vostre Majesté de moy par son ambassadeur, lesquelles je sentois retourner à mon honneur, et que je sçavois ce qu'elle cherchoict encores à présent pour vous oster la dicte allience d'Escosse par le millord Hondeson , qu'elle avoict envoyé sans moy contré la promesse et résollution d'elle et de tout son conseil, qui estoict qu'elle ne traicteroict rien sans que j'y allasse, avec l'auctorité de Vostre Majesté conjoincte avec la sienne, pour y composer les choses amiablement , où elle recherchoict aujourd'huy le contraire , aiant envoyé argent et pensions , avec de très^andes promesses au conte d'Aran, et [au] collonel Stuard, pour les gaigner, et le roy d'Escosse sans Vostre Majesté ; laquelle pigue] , toutesfois , je ne vois pas , sy le roy d'Escosse n'est bien changé depuis envers Vostre dicte Majesté et la Royne sa mère, ils puissent faire, et aussy que telles pratiques ne soient que pour luy remettre les troubles en son royaulme, le ruyner luy et la royne d'Escosse sa mère, comme le desseing ^n est prins , et vous retrancher, sire , par touz moiens , ceste amytié , et ce pendant me mener de jour à aultre de belles parolles et promesses, et m'avoir faict tenir prest jusques à ceste heure avec grande despence popr aller au dict Escosse, et prc^esse de renvoie? les commissères à la royne

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d'Escosse, [et] en vostre Êtveur, de mettre une honorable fin i

sa longue prison de dix-sept ans. Mais je voy bien où la dicte royne d'Angleterre regarde, qui est que Vostre Majesté estant médiatrice en tel accord et paciffication, la dicte dame seroict tenue et obligée de n'y entreprendre rien plus sans vous, et, par conséquent, de n'ozer plus rien atempter contre leur Royne. Sur cela, je dis à la dicte royne d'Angleterre que mon opignon seroict d'accorder les affaires d'Ëscosse, puis qu'il avoict esté ainsi résollu et conclud, et oster toutes deffiences de ce costé là , et asseurer ce jeune Roy entre ses subjectz , et donner quelque satisfaction à la Royne sa mère, affin d'imir voz royaulmes et subjectz par ce lien, d'asseurer amytié, qui ^ seroict pour oster toutes jalousies et deffiences , et alors vous , fortifier tous trois contre qui que ce soict , ou pour faire aultre plus estroicte ligue, soict pour le Pays-Bas ou aultre occasion contre ceulx qui seroient voz ennemis et de la dicte Royne ou contrôle roy d'Espagne, s'il voulloict entreprendre plus qu'A ne debvroict. Or, sire, ne sçachant quelle sera vostre intention d'entrer en plus estroicte ligne avec la dicte Royne , que celle que vous avez desjà, j'ay pensé qu'il estoict bon de la laisser en ces termes, affin qu'elle se révolve à estimer que vostre amytié luy est très-nécessaffe, conmie elle est. Car elle ne vous sçauroict, quand elle vouldroict, faire aulcun mal, quel qu'il soict à présent, pendant que le dict roy d'Ëscosse la tiendra en bridde, comme il a faict jusques à ceste heure , et aussy qu'elle ait à me laisser passer vers luy et la Royne sa mère, comme fl avoict esté accordé, et n'y traicter rien sans Vostre Majesté, comme les ungs et les aultres l'ont désiré, et le dict roy d'Ëscosse jusques à présent que la dicte royne d'Angleterre , [à ce qu'il] semble, vouldroict prendre ung aultre cours qui luy sera bien malaizé, esthnant que le millord de Hondeson se trouvera trompé , et qu'à la fin, ilz nous rechercheront quand le dict miUord de Hondeson aura trouvé le contraire de ce qu'il pense; synon que le dict roy d'Ëscosse eust quelque mauvaise satisfaction de Vostre Majesté par le sieur de Ceton (Seaton), son

ambassadeur, comme je vous ay mandé qu'ilz en avoient quelque advis par deçà, que Ton leur avoict mandé d'Escosse.

Sur la fin de ceste longue audience, la dicte royne d'Angleterre m'a usé de force belles paroUes concluant qu'elle désiroict plus estroicte amytié, s'il plaisoict à Vostre Majesté, dont le dict sieur de Chedenay (Sidney) et son ambassadeur auront charge de vous parler, et commenceront à esbaucher ceste affaire selon la disposition où ilz vous trouveront, sy c'est avec froideur, de n'en parler que peu, sy c^est avec plus de chaleur, faire le mesme (parler avec chaleur). Et après tout cela, le dict sieur de Chedenay m'est venu trouver pour me demander mon advis en toutes choses, et me prier d'escripre à Vostre Majesté qu'il avoict esté gentilhomme de la chambre du feu Roy vostre frère, et que vous allant trouver à Venise, luy aviez faict cest honneur de le retenir en ceste qualité; ce qu'il estimoict à grand honneur. Je luy ay conseillé pour l'incommodité qu'il auroict par les postes , de retrancher du nombre de soixante chevaulx. Ce que j'estime qu'il fera, et de quelques ungs des principaulx, qui debvoient aller avec luy, qui craignoient la challeur. Il m'a aussy prié de luy faire tous bons offices pour faire avoir son voiage agréable à Voz Majestez. Je luy ay dict que je n'en avois jamais faict d'aultres en tout ce qui touchoict sa maistresse et ses subjectz , et qu'il ne doibt poinct doubter qu'il ne voi;is fust sy très-agréable; mais qu'il falloict traicter fideUement avec Vostre Majesté qui estoict pleine de sincérité . et de rondeur, mais que, par deçà, il y avoict trop d'artifices, finesse et variations, lesquelles à la fin [je craignois] ne fussent appelées tromperies , dont je ne voulois plus estre mynistre. Le dict sieur de Chedenay m'a dict que, s'il plaisoict à Vostre Majesté de faire quelque chose de bon avec sa maistresse pour quelque plus estroicte ligue, les affaires d'Escosse se traicteroient par mesme moien, et ferois le voyage par devers eulx à vostre contentement pour ester toutes jalousies de ce costé là.

Sur quoy, mon oppignon seroict, sire, que Vostre Majesté

3iS LETTRES DIPLOMATIQUES

doibt bien faire sentir aux ambassadeurs de la dicte Royne qtie la pensez avoir obligée de vous sçavoir beaucoup de gré de n'avoir voullu envoyer au dict Escosse que conjoinctement avec elle pour y paciffier les choses, sans prendre la voie de la mer, qui vous est libre quant il vous plaira. Aultrement , ilz vons vouldroient retrancher toutes intelligences, s'ilz pouvoient, comme c'a touzjours esté leur desseing, soict pour ruyner le roy d'Escosse, ou l'avoir sans vous à leur dévotion, en vous amusant de parolles. Mais ce seront [les Escossois] voz plus certains et asseurez amys et alliez de sy longtemps par les roys voz prédécesseurs, qui serviront touzjours de fiain et bridde aux Ânglois , qui seront moins à craindre qu'ilz ne fiirent jamais, pendant que le dict roy d'Escosse les tiendra en crainte comme il faict. Mais s'il n'y prend garde et qu'il ne soict asseuré de quelque traicté par le moien et octorité de Vostre Majesté, il se fera encores icy, comme ilz sont après , ung nouveau desseing pour le faire ruyner par ses propres subjectz et ceulx qui le gouvernent à présent. Ce que je remettray de faire entendre une aultre fois à Vostre Majesté, que supplye très-humblement encores ung coup me voulloir estre sy bon maistre que je puisse sortir de la misère en laquelle je suis, et le commander i messieurs de voz finances , afin qu'ilz y prennent une résollution , et je prieray à jamais Dieu, Sire, qu'il donne à Vostre Royalle Grandeur, etc.

De Londres , le xiviij* juillet 1584.

MICHEL DE CASTELNAU A CATHERINE DE MÉDICIS

28 août f 584.

Madame, en attendant que j'ay une finalle rézolution de la royne d'Angleterre et de ceulx de son conseil pour le voiage

d'Escosse, sur tout ce que j*eû ay dernièrement escript à Voz Majestez par le controlleur Ge£Eiencau (?), jugeant qu'à la an la dicte Royne seroict contrainte d'y venir pour veoir que ces praticques au dict Escosse alloient tout au rebours de ses debseings , et, selon que j'entens à présent , elle n'atend plus que une dernière nouvelle d'Escosse et du millprtde Hossedonpour me donner responce. Davantaige elle a ordonné le sieur de Sadlair (Sadler), l'un des plus vielz et prudens de son conseil estre prest à partir dedans trois ou quatre jours , pour s'en aller demeurer quinze jours ou trois sepmaynes avec la royne d'Escosse, pendant lesquelles le conte de Cherosbery viendra par deçà, tant pour faire la révérance à la dicte royne d'Angleterre, qu'il n'a veue il y a plus de dix ans, que pour adviser avec elle de ses moiens et de la liberté de la dicte royne d'Escosse, et de quelle façon; où il ne fault pas que Voz Majestez perdent l'occasion d'intervenyr. Aussy me donna l'on desjà quelque espérance de pouvoir retourner avec le dict conte de Cherosbery, selon que la dicte royne d'Escosse le dezire, qui a chargé le dict conte de plusieurs grandes particuUaritez pour dire à la dicte royne d'Angleterre. Sy les choses prennent ce cours là, comme il semble que ce soict une nécessité , il sera très-bon que le vicomte Pinard * s'en vienne, selon la despesche de Voz Majestez , qui sera bon d'estre très-ample pour tout ce qui pourroict [se] présenter en chose de telle importance, tant pour la liberté de la dicte royne d'Escosse, que le voiage vers son filz, et aussy que c'est touzjours l'intention de la dicte royne d'Angleterre d'estre pryée de la part de Voz Majestez, pour la liberté de la dicte royne d'Escosse. Quant elle en sera là, pour beaucoup de considérations que a sur cela la dicte royne d'Angleterre , et selon ce qui en sera rezollu , je ne failleray d'en advertir en dUigence Voz Majestez, pour envoyer le dict sieur vicomte Pinard, af&n que nous fassions ce voiage au dict Escosse et ne laisser obliger la dicte royne

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