Fils du secrétaire d'ËUt
3Î0 LETTRES MPLOMATiaUES
et roy d'Escosse, ny contracter aulcune chose avec la dicte royne d'Angleterre sans Yoz Majestez. Voilà , madame, les termes où il y a grande apparance que s'arrestent les affaires de ceste court , et je ne les ay vouUu presser depuys que le dict Geffiencau est party d'icy. Car, ilz sont souvent d'une humeur que, plus on les prye, moings ilz en font, et néantmoings tous les saiges de ce conseil et de ce royaulme sont d'oppynion qu'il leur fault prendre ce cours là, et s'asseurer plus que jamais de l'amytié du roy de la France ; car la nécessité les y rédiiict tous les jours davantage, laquelle fera qu'ilz tiendront promesse , oultre plus que touttes les praticques dernières, que a eues la dicte royne d'Angleterre au dict Escosse, pour faire attrapper ce jeune Roy et le remettre entre les naains de ces rebelles, pour la meiUeiure condition qu'elle en eust peu avoir, sont demeurez sans effect et avec perte de ce qu'elle y a mis, [et] prouvent que la dicte royne d'Escosse a plus de crédict auprès de. son ûlz, qu'elle n'a eu d'intention pour le séquestrer de sa mère.
Il y a une aultre chose qui mit la dicte royne d'Angleterre en une grande peine, et qu'elle ne craint pas moings que toutes les aultres, c'est que le dict roy d'Escosse n'ait meilleure intelligence et plus d'affection en Espagne que en France ny en Angleterre , et qu'il ne s'ayde de ce costé là pour demander ceste succession avant le temps. Cela est occasion que la dicte royne d'Angleterre sera très-ayze que Voz Majestez et elle puissent faire ung accord, qui retienne la dicte royne et le roy d'Escosse de mettre aulcun fondement et apuy de ce costé là, et qui les retienne d'y pouvoir entendre sans voz contentemens.
La dicte royne d'Angleterre m'a fait demander depuys peu sy j'avois point quelque responce de Vostre Majesté, pour se joindre avec elle au secours de ces pauvres gens du Pais-Bas, me mandant qu'elle estoict toutte preste, en sa part, d'y mestre la main, avec de télz effectz que le dict roy d'Espagne se trouveroict non seulement empesché au dict Pais-Bas, mais de pouvoir cy-après retirer les flottes des trésors, qui luy vien-
nent des Indes, desquelz s*il avoit manqué deux ans, le troisiesme il ne pourroict subsister, estant la dicte Royne, sy Voz Majestez y veuUent entendre, deslibérée d'employer à ce toutes ses forces de mer de ce costé-là, et des cappitaines et grande quantité de bons mariniers qui ne demandent que le commandement. Ce pendant la dicte Royne faict embarquer deux mil honunes pour envoyer, soubz la charge des coUonelz Norris et Montagne, en Hollande et en Zélande, es gallées qui seront payez d'une levée que l'on a faicte icy sur les esglizes tant françoise, anglicane, flamende, que les evesques de ce roiaulme et certaynes personnes qui [se] sont cottizez de fournir jusques à xx mille livres est. [sterling] bien comptant, qui sont monnoye de France , deux cens mil livres. Toutesfois ^ parce que la récolte seroict ung peu longue à faire, l'on dict que la dicte Royne faict advancer cest argent de ses deniers avec une estroicte deffence de porter des vyvres de ce roiaulme aux malcontans. J'estyme que ce seroict l'intention de la dicte Royne de faire quelque chose avec Vostre Majesté, sy la Royne s'en veult bien mesler , et croy qu'elle seroict bien aize de renvoyer le sieur de Chedenay, tant pour visiter le Roy à son retour que pour parler de ces choses-là, et que pour le regard d'Escosse , elle n'y entreprendra plus rien sans Vos Majestez, dont j'ai estimé vous debvoir faire ceste lettre, madame, en attendant que je voye le retour de celuy qui est au dict Escosse, où leurs entreprinses et celles de millort de Hondeson n'ont jusques à présent succédé selon leur désir. Toutesfois peu de jours nous y feront [congnoistre] la vérité, et pour la fin de ceste-cy, madame, je supplieray très-humblement Vostre Majesté, conune ma bonne maistresse et mon espérance, faire envers le Roy et messieurs de ses finances que je puisse ce coup icy estre payé de ce qui m'est deubt, af&n de sortir de la mizère en laquelle je suis, persuadé que c'est l'intention de Vostre Majesté que je sois satisfaict pour payer mes debtes, et je prierai à jamais Dieu, comme je fais tous les jours, qu'il vous donne , Madame, etc.
De Londres, ce xxvia* de aoust 1584.
Madame, il y a quelques nouvelles par deçà que ung nombre d*Escossoys se sont retirez du costé d'Irlande , qui regarde la partie des saulvaiges d'Escosse, et se sont joint avec les Irlandoys, qui font la guerre à la royne d'Angleterre, dont l'on ne sçait encores au vray les particullaritez. Il y a par deçà ung mynistre françois appelle de la Fontayne qui est des envyrons de Chartres, lequel l'on m'a dict estre allé segretement en France, et pense l'on que c'est vers le roy de Navarre et avec quelque commission de la royne d'Angleterre.
BaCHEL DE CASTELNAU A HENRI HI.
3 septembre 1584.
Sire, j'ay mandé à Vostre Majesté, par ma dernière despesche , plusieurs particullaritez de la royne d'Angleterre , et comme elle me voulloit, et aulcuns de son conseil, sonder pour leur dire quelle estoit vostre intention pour le regard de secourir ceulx de ces Estatz du Pays-Bas, et vous opposer , par ensemble, à la grandeur du roy d'Espagne , en se plaignant que je ne leur en parlois aussy librement qu'ilz faisoient à moy. Sur quoy, je ne leur ay peu respondre, synon que je ne fauldrois pas d'avertyr Vostre Majesté de ce que je pouvois congnoistre de leur intention, mais que je ne voyois pas grande seuretté en tout leur dire, attendu ce qui estoit en leurs actions et depportemens pour tout ce que nous avons traicté avec eux par le passé, attendu que la Royne avoit touzjours demandé d'estre exempte de toute guerre contre le roy d'Espagne, et tasché d'y embarquer Vostre Majesté, comme ça esté son intention jusques après la mort de monseigneur vostre firère et
celle du prince d'Orange > que la nécessité l'a contrainct de se préparer pour se deffendre contre le dict roy d'Espagne, et l'empescher au dict Pays-Bas le plus qu'elle pourra, affin de ne l'avoir pas si voisin. Or, sire , n'ayant aulcune charge de Vostre Majesté de traicter en telles affaires, je luy ay demandé en ma dernière audience, quand elle vouldroit que je fisse le voyage d'Escosse, et , conjoinctement avec elle, y accorder les différends entre le jeune Roy et ses subjectz, suyvant l'instruction que Vostre Majesté m'en avoit envoyée pleine de toute sincérité vers la dicte royne d'Angleterre, et le dict roy d'Escosse. Lors elle me respondict qu'il n'estoict pas si grand besoing de parler de ces affaires là , que de s'opposer promptement à la grandeur du roy d'Espagne, qui n'estoit pas plus amy de Vostre Majesté que d'elle, que cela estoit d'aultre importance que les affaires d'Escosse, et que de vous amuser tous deux à si peu de chose que ung si petit prince et royaulme; où je luy respondis que vostre allience de huict cens ans de ce costé-là, n'estoict pas ainsy à mespriser, et que avez estimé n'y pouvoir faire mieuk à présent que oster toutes les deffiences que pourra avoir la dicte dame, ny que Vosla^e Majesté n'y voullust rien entreprendre, que conserver vostre allience, et conjoinctement avec elle, y paciffier toutes choses par ung bon conseil donné audict roy d'Escosse et à ses subjectz. Sur cela, j'ay esté adverty que la dicte Royne a mandé à son ambassadeur que je voullois mesler ces affaires d'Escosse avecque celles de Flandres, chose, sire, à quoy n'ay point pensé ny ouvert la bouche pour en parler. Car je n'ay jamais eu tel commandement de Vostre Majesté, mais bien d'accommoder les affaires entre le dict roy d'Escosse et ses subjectz, avec tel que la dicte Royne vouldroict depputer pour cest effect avec moy , comme elle l'avoit désiré et trouvé très-bon, et faict ceste résolution par l'advis de son conseil avecq img résultat signé, comme le vrai moien d*oster toutes occasions mauvaises , et altérations qui pourroient naistre de ce costé, et semblablement, en vostre faveur, de mettre la royne d'Escosse en liberté. Mais j'ay esté adverty
que, avec plusieurs discours qui ont esté envoiez de France à la dicte royne d'Angleterre, Ton Ta asseurée que Vostre Majesté ne, se soucioit poinct des affaires du dict roy d*£scosse, ny aussy peu de la liberté de la Royne sa mère, et que c^estoit moy qui faisois ceste instance par deçà, plus tost selon mon affection particullière que celle de Vostre Majesté, à laquelle je ne puis dire aultre chose, sire, sinon que je m'excuseray d'avoir failly en cela, ny d'avoir jamais eu d'autre intention que vostre conunandement et fidèle service, où je mourray constant, selon mon debvoir de fidèle serviteur et subject, sans cognoistre aultre chose.
Si la dicte Royne n'eust eu telles nouvelles qui luy ont esté agréables, elle estoict en très-bons termes de me laisser bien tost aller, et de vous gratiffier pour mectre la dicte royne d'Escosse , vostre belle sœur, en liberté. Encores faut-il qu'elle le fasse en peu de jours pour ne servir plus de rien à ses intentions passées, voiant que le roy d'Escosse, son filz, se maintient et devient homme, et avec grande résolution de ne perdre pas sa part de son roiaulme. La dicte royne d'Angleterre a envoie le sieur de Sadler, l'un des plus vielz de ce conseil, et le sieur de Sommer pour demourer quelques jours avec la dicte royne d'Escosse, pendant que le comte de Cherosbery viendra en ceste court chargé de plusieurs particuUaritez de la dicte royne d'Escosse, pour faciliter l'accord entre elle et le dict roy d'Escosse son filz. Mais sy la dicte royne d'Angleterre se persuade que Vostre Majesté ne se soucie pas de vous entremectre en ceste affaire, elle en sçaura bien tirer son proffict avecq vostre dommage en diminution de vostre allience de ce costé-là. Sy, au contraire, Vostre Majesté monstre d'en avoir soing et la voulloir maintenir, elle n'y osera plus rien entreprendre de peur de vous offenser , qui seroict le plus asseuré moien de vous tenir toutes les promesses qu'elle vous fera, et daventage vous obliger le dict roy d'Escosse, et avoir l'honneur de la délivrance de la dicte Royne sa mère, et de vous acquérir toute ceste isle à vostre dévotion plus que jamais, et esviter toutes
guerres et despences qui pourroient naistre de quelque jalousie et discorde touchant l'Escosse, que la dicte royne d'Angleterre a touzjours tasché, depuis que le feu roy vostre frère espouza la royne d'Escosse, de sepparer de vostre royaulme, et d'y avoir party par intelligence ou par force, et si a encore, depuis peu de jours, tasché de faire nouvelles entreprinses qui ne lui ont pas bien succeddé.
Et, sur cela, le conte d'Aran est venu trouver le millord de Honsedon à la frontière de Barvic, avec sept ou huict mil chevaux, à la façon du pays chose qui est fort facille, principallement aiant l'octorité du roy d'Escosse, pour parler avec le millord de Honsedon, [qui,] se trouvant seul avec la garnison de Barvic et quelques gentilzhommes , a esté d'oppinion de laisser tous leurs gens, et de s'aboucher avec chacun quarante chevaulx, comme ilz ont faict, où le dict conte d'Aran luy a offert toute la bonne affection et vollunté que la dicte royne d'Angleterre pouroict désirer de son maistre, l'asseurant qu'il ne prendroict jamais aultre party ny intelligence avec prince, s'il luy plaisoit, et plusieurs aultres particularitez , que je ne puis encores sçavoir, et toutesfois je suis asseuré que la dicte royne d'Angleterre et le dict roy d'Escosse se deffient plus que jamais l'un de l'autre avecq peu d'intention de leur tenir promesses. Car le dict roy d'Escosse est asseiu^é que la dicte royne d'Angleterre ne luy veult guères de bien, aiant faict grande plaincte le dict millord de Honsedon , que trois mil Escossois, du costé des sauvages, sont passez en Irlande, conmie il est vray, se sont joinctz avecq les ennemys de la dicte royne d'Angleterre, disant que c'estoict avecq permission du dict roy d'Escosse. Ce que le dict conte d'Aran a nié en faisant de belles offres au dict sieur de Honsedon de son maistre vers elle. Nonobstant, j'estime que tout cela yra en fumée , et que la dicte dame ne s'y fiera pas , ny luy en elle , sans l'intervention de Vostre Majesté à la fin.
Il y a envyron ung mois que le desseing et résolution de la dicte Royne estoit d'embarquer le dict roy d'Escosse au secours
des Estatz des Pays-Bas, promectant luy donner les moiens et l'honneur de radvancer de ce costé-là , et faisoit les mesmes praticques avecq le roy de Navarre. Toutesfois, comme les choses changent aysément par deçà, sy la dicte royne congnoist que Vostre Majesté y veuille entendre avecq elle, soit soubz vostre nom ou celuy de la royne vostre mère , elle promect de faire beaucoup; et sy, d'aultre part, Vostre Majesté monstre d'avoir seing de l'Escosse, elle n'y entreprendra plus rien que ce qu'il vous plaira, et regardera de garder songneusement vostre amitié en toutes choses. J'ay entendu de quelqu'un, pour le regard du dict Pay&-Bas, qu'elle vouldroict [faire] marcher Vostre Majesté et yoz forces du costé de Hénault et Artois, et elle mettroict les siennes et ses secours par la mer du costé de Hollande et de Zélande et lieux maritimes , [afin], après avoir chassé, s'il estoit possible,- les Espagnols, laisser le pays en liberté, ou, si cela ne se pouvoit, faire contraindre par ensemble le roy d'Espagne à quelque accord adventageux pour les dicts Pays-Bas et pour Voz Majestez , qui seront les garans de la seureté des dicts Pays-Bas, avec restitution de tout ce que vous auriez emploie l'un et l'autre , et par conséquent faire , s'il estoit possible , une paix géneralle par toute la chrestienté. Voilà, sire, où je finîray çeste despesche pour supplier encores très humblement Vostre Majesté de me faire cest honneur que je puisse estre paie de ce qui m'est deub, affin de pouvoir satisfaire par deçà mes créditeurs, et je prieray Dieu,
Sire, qu'il donne, etc.
De Londres, ce ui* de septembre 1584.
MICHEL DE CASTELNAU A HEmU m.
18 septembre 1684.
Sire 9 il y a quelques jours que monseigneur le conte de Leicester m'escrivit une lettre, par laquelle il me mandoit que la royne, sa maistresse, m'envoioit ung grand cerf qu'elle avoit tiré de sa main, et que, sy je la voullois aller trouver es forestz de Windesor, où elle avoit grand plaisir à la chasse, j'en aurois ma part, qu'il seroict mon hoste et me baiUeroict la moictié de son logis. Au mesme temps , [il] m'envoia un gentilhomme pour me faire compagnie dès le jour mesme, où je fus fort bien receu de la dicte royne , logé et traicté du dict sieur conte de Leicester avec grande courtoizie et bonne chère,* me faisant faire compagnie par son neveu de Sidenay, et plusieurs autres ses parents et amis, et, pour le plaisir de la dicte chasse, il ne seroict possible de l'avoir plus grand. Car, après avoir veu soixante à quatre-vingts grandz cerfs dedans les thœlles, passant et repassant incessamment devant ung petit eschauffaut, où estoict la dicte Royne, où, après en avoir veu tirer plusieurs avec l'arbalestre , ceulx qui n'estoient que blessez furent prins avec les chiens de sang ; les autres furent laschez par intervalles, dedans une plaine de six ou sept milles, au milieu de la dicte forest où il y avoit sus une petite montagne qui regarde de tous les endroictz de la plaine, et au sortir des thoilles une feuillade bien faicte, où alla la dicte Royne; et, au mesme temps, et tout le reste du jour jusques au soir, sortirent des thoilles, ung, deux, trois, et à diverses fois, plusieurs grandz cerfz passant par la dicte feuillade, entreprenant deux et trois milles de course avec les lévriers les meilleurs de ce roiaulme, desquelz quelquefois img, deux et trois, portoient un grand
cerf par terre ; quelquefois aussy tel entreprenoit deux et trois milles de la plaine , et à la fin retournant sur ses pas, pour regagner le bois, estoit reprins par la dicte feuillade; et, comme il y avoit de bons cerfs, aussy y avoit-il de bons lévriers, et en grand nombre, de sorte que ceste chasse, selon la nature du Ueu et du bon ordre, qui y avoit esté mis par le dict sieur conte de Leicester, donna beaucoup [de] plaisir à sa maistresse et à la compagnye.
Mais elle est encores habillée de deuil , et dict ne le pouvoir jamais laisser , avec plusieurs soupirs pleins d'affectioïi et rfrgretz , dont elle me tint plusieurs propos en parlant du passé, et faisant des souhaictz qu'il pleust à Dieu que Vostre Majesté feust là pour ce jour, afin de veoir ce plaisir de la chasse que chacun disoit estre assez grand, mais que tous les siens estoient soubz le tombeau, et me parla aussi honorablement de Voz Majestés qu'elle feist jamais, et de l'extresme désir qu'elle avoit d'estraindre une bonne et asseurée amitié avec Vostre Majesté. Puis me deist qu'il nous falloit faire la paix entre elle et moy , et ne venir jamais en deffience l'ung de Tautre pour les affaires d'Escosse, où elle et moy avons peult estre eu plus de subson qu'il n'y en avoit d'occasion , et que sy après il nous falloit accorder à qui feroict les meilleurs offices à entretenir voz amitiez. En quoy je luy dis que, pour mon regard, il n'y a point eu de faulte en suivant le commandement que j'avois touzjours eu de Vostre Majesté de l'honorer et servir, et entretenir vostre amityé avec la sienne , comme avec vostre meilleure amye et bonne seur. Ce que j'avois faict avec toute la dilligence et fidellité qu'il m'avoit esté possible, et, après plusieurs propoz de la dicte Royne , elle me deist que son plus ferme désir estoit de vous estre la plus certaine et fidelle amye du monde, espouzer tout ce qui seroict de vostre bien et mal , comme le sien propre.
Après me remit sur le propos où elle m'avoit sondé assez de fois auparavant, et si je sçavois poinct [ce] que Vostre Majesté vouUoit faire pour secourir ceux des Estatz du Pays-Bas, et pour empescher la grandeur du roy d'Espagne, qui se vouUoit
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rendre supérieur sur tous ses voisins, et feist ce qu'elle peult pour congnoistre sy j'avois sçeu quelque chose de l'intention de Vostre Majesté pour le regard des dicts Pays-Bas , disant que vous feriez tous deulx une faulte irréparable de ne vous joindre pas ensemble pour une telle occasion avec voz royaulmes et voz subjectz d'une parfaite amytié. Sur quoy, sire, pour n'avoir ny commandement de Vostre Majesté, ny matière aulcune pour satisfaire à son désir, jeluy ay seullement dict que j'avois aultresfois veu une très bonne disposition en Vostre Majesté dé ce faire, sy elle y eust voullu entrer, moictié par moictié ; mais que, tant s'en fault, elle s'en retourna si loing qu'elle voulloit estre exempte de toute guerre contre le roy d'Espagne , elle et ses subjectz , elle me deist que ce n'estoit seullement que pour faire trouver bon le mariage à ses dicts subjectz, pour après y entrer de toute sa puissance. Ce qu'elle offre encores à présent à Vostre Majesté , et sy estroicte ligue et amytié, qu'il vous plaira en toutes choses, et que, sy aviez le désir de l'accepter, il n'y falloit plus perdre de temps, ny remettre la chose en longueur, veu les grands préparatifs que faict de tous costés le dict roy d'Espagne et ce que advance le prince de Parme aux Pays-Bas , qui les subjugueroit tous ceste année, s'il n'y estoit pourveu par Vostre Majesté; mais qu'elle estoit émerveillée que, veu ce que le sieur de Sttafford avoit eu charge de vous en dire de sa part et à la royne vostre mère, que je ne luy eusse dict aulcune chose sur cela; mais qu'à la fin, [quoy] que feist Vostre Majesté, elle estoit résollue d'y entrer à quelque prix que ce feust , combien que alors elle me feist un grand discours, comme elle estoit fort recherchée du dict roy d'Espagne, et par diverses sortes de moiens, et de ses subjectz Anglois qui estoient audict Espagne , auxquelz l'on faisoit toute la faveur, bon traictement et belles paroles qu'elle pouvoit dezirer, offrant ledict roy d'Espagne de remettre plus forte avec elle et son royaulme, l'amitié de la maison de Bourgongne et d'Espagne, qu'elle ne fut jamais avec l'Angleterre, et avec telles asseurances qu'elle n'auroit nulle occasion d'en
doubter, mais qu'elle considéroict bien peult estre que c'estoit pour avoir lieu et moien d'accommoder ses affaires et n'estre empesché d'elle, pour après se rendre sy fort que Ton ne luy pourroitplus résister; [ce] qu'elle me deist importer à Vostre Majesté , aultant qu'à elle , qui avoit cent mil hommes armez tout prests pour se tenir sur la deffensive contre qui que ce feust, avec vivres, argent et munitions, et choses nécessaires pour ime isle telle que celle cy, dont la conqueste seroict bien chère à celuy qui l'entreprendroit. Et, de ce propos là, elle me deist qu'elle sçavoict que le sieur de Piennes estoit retourné, et que Vostre Majesté vouldroit avoir le tout, mais que cela seroict bien rude aux Anglois , veu les moiens qu'ils avoient par la mer d'ayder ceulx de Hollande et de Zélande , qui est pour rapporter à ce que j'ay entendu paravant de la partition et accord que la dicte Royne demanderoict, et que Vostre Majesté s'attaquast du costé de Hénault et Artois , et elle du costé de Hollande et Zélande, soit pour réduire tout cest Estât en liberté sbubs la puissance des Estats, ou d'un accord avec le dict roy d'Espagne pour les laisser en liberté et retirer toutes les forces espagnoles et estrangères avecq remboursement de vos fraitz et ceux de la dicte royne, qui est, sire, ce que j'ay aprins en ce voiage, et toutes les plus honnestes paroUes qui ce peuvent dire, que m'a tenues la dicte Royne, qui attend le conte de Cherosbery et a envoie les sieurs de Sadler et de Sommer, pour garder la dicte royne d'Escosse, pendant le séjour du dict sieur conte en ceste court.
Quant au conte de Lecester, il m'a, par infiniz et bonnes paroUes , démonstré voulloir plus estre affectionné à Vostre Majesté qu'il ne le feut jamais et à vostre coiu*onne , et mettre toute son affection et desseing de vous faire service après celuy de sa maistresse, et m'a dict que, pour le regard des affaires d'Escosse et de la liberté de la royne d'Escosse, la royne sa dicte maistresse ne [hésiteroit] à y faire quelque bon accord, mais que les temps avoient esté pleins de soubsons et de grandes deffiences qui avoient retardé toutes choses; que, de
sa part et de son peu de moien, que je luy dise en quoy il poiuToict servir, et il ne s'y espargneroit poinct, et le trouvai bien plus afiectionné à la dicte royne d'Escosse , qu'il n'estoit il y quelques temps, qui disoit en avoir esté aussy mal traicté, que de quelques serviteurs de feu monseigneur vostre frère , qui avoient cherché sa ruyne par deçà. Qui est l'endroict où je finiray pour prier Dieu , Sire , qu'il donne à Vostre Majesté , etc.
De Londres, le xvin* septembre 1584.
ICCHEL DE CASTELîTAU A HENRI m.
14 octobre 1584.
Sire, ceste lettre sera pour donner advis à Vostre Majesté que le sieur de Ségur, retournant d'Almaigne, a passé en Hollande et Zélande , où ceux du pays luy ont faict bailler un bon vesseau pour l'admener icy, où il est arryvé et a prins ung logis, comme s'il y voulloict séjourner. Il n'a plus personne de ceulx qui estoient avec luy, si ce n'est quelque valet. Il a laissé Callignon en Allemaigne. Estant arryvé, j'ai faict mettre gens pour sçâvoir de ces affaires, et là dessus il a dict à quelques ungs de ses amys qu'on luy avoict faict de très mauvais offices envers Vostre Majesté, qui estoict fort mal contante de luy , et qu'il estoict adverty que j'estois celuy qui l'avoict le plus mis en vostre maulvaise grâce, combien qu'il me fust souvent venu voir, me communicant franchement une partye de ce qu'il avoict à faire en tout son voiage, qui estoict d'acquérir des amys au roy de Navarre, son maistre, lequel estoict, lorsqu'il partit, en évident danger par ces ennemis, sy Vostre Majesté les eust voullu croire; comme il estoict à présent en doubte, s'il me
debvoict veoir ou non , luy ayant faict de si maulvais offices que de le rendre mal voullu de son Roy , qu'il n'avoict jamais offensé, ny ne vouldroict [offenser], pour mourir, mais qu'il [s'] estoict en toutes choses monstre bon François, et que Vos Majestés auxquelles il avoict parlé librement, quant il leur avoict pieu l'escoutter, le sçavoient bien , et n'auroient si maulvaize opp3mion de luy , sans les maulvais offices que je luy ay faictz d'icy , où il n'avoict rien commis ny pensé contre leur service.
J'ay respondu à celuy qui m'a dict cela, quasy comme de sa part, que je ne me donnoys peyne qu'il me vinst veoir ou non, davantage que je ne pouvois praticquer avec ung François ny homme , quel qu'il fust , mal affectionné à Vostre Majesté, et que, [si] c'estoict ung de vos subjectz, qu'il le démonstrast [par] effect, debvoir et en bonne vollonté, et que, sy j'avois veuet trouvé quelque chose en luy et en qui que ce feust contre vostre service, non seulement j'en advertirois Vos Majestés, mais que je metterois à touttes heures la vye pour l'empescher, et que, à la fin, s'il avoict la maulvaize grâce de Vostre Majesté, le Roy qui fut jamais le plus juste et de meilleure vollonté envers tous ses subjectz, qu'il en seroict cause et non pas moy, qu'il avoict trompé en honnestes propos, qu'il m'avoict tenuz; s'il avoict faict aultrement, qu'il ne debvoict pas doubter que Vostre Majesté fust si mal servie qu'elle n'entendisttout ce qu'il auroict faict et dict, ou cherché de faire par tous les lieux, où il avoict esté.
Ayant entendu cela , il a dict qu'il ne pouvoict moins que faire son debvoir, et aller veoir l'ambassadeur de son Roy; ce qu'il feroict l'un de ces jours. Mais pour dire à Vostre Majesté, sire, ce que je puys entendre du dict sieur de Ségur, c'est qu'il estyme avoir en premier lieu gaigné ce poinct d'avoir accordé les luthériens et les calvinistes, et avoir modéré les wiguistes en leurs opinions, pour s'accorder tous en général et particullier en la faction protestante pour se secoiuir et ayder, quand ilz en auront besoing et en seront requis, et a dict que le duc de Saxe, qui estoit le plus difficile en cela, et qui avoict la principalle
secte des dicts wiguistes en son pays, luy a accordé ce qu'il luy a demandé. Il a dict aussy à quelques ungs, tant Anglois que François et mynistres, qui sont par deçà, que, depuys la mort de monseigneur vostre frère, il avoict trouvé les princes de la Germanie beaucoup plus faciles et favorables envers le roy de Navarre et tous ceulx de la religion que auparavant, de sorte qu'il a dict avoir faict tout ce qu'il avoict désiré, et rendu la Germanie beaucoup plus affectionnée au nom françois qu'elle n'estoit quant il y arryva, et a dict aussy qu'il estimoict bien que à présent Vostre Majesté avoict une coppye de tout ce qu'il avoict négocié , et qu'il n'en seroict que bien aize, parce que [vous] n'y trouveriez rien contre vostre service.
Il n'a point encores veu la royne d'Angleterre. Il rapporte force coffi'es et biens poisans d' Allemaigne ; je ne sçay pas ce qui peult estre dedans. Il y a beaucoup de gens qui le vont veoir, et tous ceulx de l'églize des François ne bousjent d'avec luy. Il a dict par deçà que Vostre Majesté estoict receue en Hollande et Zélande comme seigneur et protecteur, et que, sy elle leur voulloict entretenir la religion et les conserver, Vostre Majesté en auroict grand service et obéissance. L'on m'a dict que ung ministre françois luy avoict respondu que telles nouvelles ne seroient pas fort agréables par deçà. Ce qui est vray.
Mais tout cela, sire, sont choses de peu de moment au regard de ce que j'entends que le Casimir est après de s'advancer , s'il peult, en la protection de ceulx des Pays-Bas , et principallement du dict Hollande et Zélande, sy la royne d'Angleterre luy veult estre favorable , selon la vollonté que en auroient les princes d' Allemaigne plustost que de les voir réduire en vostre obéissance ny du roy d'Espaigne, et, à ce que j'entends, il se faict quelque grande tramée et fort segretement pour cela, et l'on a remonstré aux princes d' Allemaigne , comme l'on fera à la dicte royne d'Angleterre, comme aussy peu doibvent-ilz désirer souffrir que Vostre Majesté réduise les dicts Pays-Bas en son obéissance, que le roy d'Espaigne. Je en apprendray tout ce que je pourray, et Vostre Majesté me fera sçavoir, s'il luy plaist,
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ce que j'auray à faire pour son très humble service, et ce, pendant, sy le dict sieur de Ségur me vient veoir et parler, je voiray d'apprendre de luy ce que je pourrai en priant Dieu, Sire, qu'il donne, etc.
De Londres, ce xaii* octobre 1584.
MICHEL DE CASNELNAU A CATHEHIME DE UÉDXCIS.
18 octobre 1584.
Madame, je ne pourrois dire à Vostre Majesté autre chose, pour la venue du sieur de Ségur en ce royaulme , [que] ce que j'en escris au Roy par deulx lettres en ce mesme pacquet. La dernière est sur ce que, après ttvoir bien pensé s'il me debvoict veoir, il y vint hier, et commença à se plaindre de moy, que je luy eusse faict de maulvais offices envers Voz Majestez, pour leur avoir envoyé l'escrit , qu'on disoict [qu'il] avoit présenté à la royne d'Angleterre et à ceulx de son conseil, le blasmant comme une chose passionnée et mal faicte, du stille de plusieurs escrivains qui deschargent leurs colères en telles façons malhonnestes. Il m'a dict avoir receu une infinité de lettres de ses amys, et de tous costez, qu'il eust à se donner de garde pour ledict escript, maïs que, se sentant innocent, il se presenteroict devant Voz Majestez, où qu'il plairoict au Roy luy ordonner pour s'aller justiffier; et sur les replicques que je luy ay faictes, que, en mon particullier, je ne [le] vouldrois offencer, mais que, estant, en ceste charge et ailleurs, fidelle serviteur du Roy, sy le dict escript et chose quelle qu*elle feust d'importance venoict à ma congnoissance, je ne vouldrois pas faillir de l'en- Voier à Sa Majesté [et] de luy en donner advis, mais que le dict escrît poùvoict estre venu d'autres mains que des miennes, lors il m'a dict que le duc Casimir luy en avoict baillé la coppie,
qu'il n'avoict jamais voullu lire, mais que, depuys estre arryvé en ceste ville , il [s'] estoict sy diligemment enquis d'où cela pouvoict estre venu , que, à la fin, il avoict trouvé que l'un de ceulx, qui estoict l'an passé avec luy en ce royaulme, avoict baillé le dict escript, faict d'assez longtemps, et peult estre composé par quelque mynistre passionné, et en avoict donné une copie à ting gentilhomme de ceste court, dont celle, que ont eue Voz Majestez, pourroict avoir esté tirée, me pryant de le croire
uoy, et de Tescripre de ceste façon à Voz Majestez , et que, jusques au dernier soupir de la vye, il voulloict nier et désab- , vouer le dict escript estre venu de luy ny du roy de Navarre, son maistre. Poior ma part, je m'en rapporte à la vérité et à ce qui en est. Tant y a que, sy l'on pouvoict congnoistre en ce royaulme dont est venu le dict escript, il yroict de Tentière ruyne d'un honneste gentilhomme, riche et bien affectionné à Voz Majestez, qui est en une peur contynuelle que l'on ne congnoisse le dict escript estre [venu] de luy, qui a touzjours esté bien fort segret en ce royaulme.
Tay trouvé, au demeurant, le dict sieur de Ségur parler avec moings de passion et d'affection que par le passé, et m'a dict beaucoup de choses sur la bonne oppinion que les princes, vers lesquelz il avoict passé , avoient de la sincérité du Roy, et dict que, sy Sa Majesté l'eust envoyé , il n'eust sceu mieulx faire pour son service et le bien de son Estât. Il démonstre aussy grand plaisir d'entendre que le Roy soict pour prendre la souveraineté du Pays-Bas, luy semblant avoir laissé ceulx de Hollande et Zélande résoluz à cela, et que, sy Sa Majesté y veult mettre la main , il espère de recouvrer ce que le prince de Parme a gangné par la mesme nécessité qui a contraint voz [alliés] et les aultres villes de se rendre.
Pour le regard de la royne d'Angleterre , elle attend la response que Voz Majestez luy feront sur ce qu'elle m'a tant dict et faict dire et mandé à son ambassadeur, pour en parler ; et, d'icy à ung jour ou deux, je feray une despesche sur les aultres odcurrances et les nouvelles d'Escosse, et les termes où est
la dicte royne d'Angleterre de traicter avec la royne d'Escosse, après avoir ouy le conte de Cherosbéry, qu'elle entretint, il y a huict jours , des moiens qui se pourroient tenyr pour traicter avec la dicte royne d'Escosse [et] son filz, qui n'est pas encores bien exempt de se trouver embrouillé en quelque nouveau stratagesme avec ses subjetz banniz et les ministres enragez et désespérés, qui font ce qu'ils peuvent pour luy susciter la guerre pour le faict de la religion, comme la coulleur laplus apparante et qui tire avec soy plus de conséquences que touttes les aultres factions. Les Anglois ont à présent ung repos de ce qu'ilz étoient < tourmentez, pensant que le roy d'Escosse fust en quelque intelligence avec le roy d'Espaigne , de se faire catholique pour espouzer sa fille puisnée, que l'on tient icy pour certain estre accordée au duc de Savoye, et, parla, [ils] concluent que le dict roy d'Espaigne se veult assurer seigneur et patron de toute ritallye; et est Tendroict où je finyray la présente, pour sup- | plier Voz Majestez, et la vostre en particullier. Madame, que 1 à ce coup icy , je puisse estre payé de ce qui m'est deub, affin que je puisse satisfaire par deçà à mes créditteurs, et sortir de .l'extresme mizère et nécessité en laquelle je suis, pour prier à I jamais Dieu, Madame, qu'il donne, etc.
De Londres , ce xviii* jour octobre 1584.
mCHEL DE CASTELNAU A HENRI m.
22 octobre 1584.
Sire, depuis les dernières despesches que je fis à Vostre Majesté presque en mesme temps des propos que m'avoient tenus la royne d'Angleterre et aulcuns de son conseil, pour vous accorder d'une plus estroicte amitié et de secourir ceuk
des Pays-Bas par ensemble, et, depuis la demande, qui luy fut faicte par les sieurs de Bripte (?) et Doitel (?), pour les secourir promptement de trois mil chevauk et six mil hommes de pied, la responce qu'elle leur feist , et ce qu'elle manda à son ambassadeur pour en parler à Vostre Majesté, affin d'envoier, s'il vous plaisoit, quelques députez, ou commissaires, à Boullongue pour traicter de ceste affaire; depuis ce temps là, les nouvelles ont esté icy, avec plusieurs discoiu^s, que Vostre Majesté prenoit entièrement tous les Pays-Bas en son obéissance, sans expédition autre que de voz subjectz. Ce qui a donné beaucoup à discourir et penser à ceste princesse et à ses conseillers, qui ont tasché de sçavoir de moy, sy j'en entendois quelque chose, et de la résolution de Vostre Majesté sur ce subject, où je ne leur ay peu dire plus que auparavant.
Les nouvelles sont aussy pour asseurer ycy que le mariage de la fille esnée du roy d'Espagne , vostre niepce, se faict [avec] le cardinal d'Austriche , et de la puisnée avec le duc de Savoie. Sur quoy. Ton estime en ceste court, avec les advis semblables , que le dict roy d'Espagne s'estoit hasté en ces deux mariages, par ce qu'il se tient vieil et maladif, affin d'asseurer ses Estatz, et mettre le dict cardinal le premier de son conseil, et se servir du dict duc de Savoie à s'asseurer l'Italie à sa dévotion. Or , avant que ceste nouvelle fust tenue par deçà pour certaine, iln'estoit possible d'oster de la teste aux Anglois que le roy d'Escosse ne se feist catholicque et espouzast la fille puisnée du dict roy d'Espagne , [pour] entreprendre après de changer tout Testât présent d'Angleterre. Mais ceste allience tenue pour tout asseurée avec le duc de Savoye, les faict conclure que le dict roy d'Escosse, ny ceux qui ont manié ses affaires, n'ont pas eu tant de crédict avec le roy d'Espagne, que [ils] se faisoient accroire.
Et, sur cela , les affaires d'Escosse sont en termes que le millordde Hondson, gouverneur de Barvic, s'estoit promis de réduire le dict roy d'Escosse à la dévotion de la royne d'Angleterre, sans que prince du monde s'en meslast, ny mesme la
Royne sa mère, ou bien qu'il seroict facile de remettre les troubles au dict Escosse, tant par les gentilzhommes, qui en seroient banniz et fugitifs que [par] les mynistres désespérés, [et] pour le malcontentement qu'auroient les villes du dict Escosse sur le faict de la religion, et de veoir que leur Roy se feust faict chef de l'Église en son pais, à quoy les mynistres ne voulloient obéir, disant que c'estoit une grande tyrannie, et qu'il ne doibt [y] avoir aultre chef que l'assemblée et authorité des mynistres. Ce qui estant dit, ces jours passez, devant le roy d'Escosse, où se trouvoient quelques mynistres de sa court et de ceulx qui estoient restez, le conte d'Aran leur dit, en la présence de leur Roy, qu'il falloit que ses loix et ordonnances feussent gardées et entretenues , sans y penser contredire; et les voullut blasmer de voulloir trop entreprendre, leur disant que, au lieu de prescher la parolle de Dieu, ilz servoient à leurs passions. A l'instant, le premier mynistre de la coiu*t du roy d'Escosse, avec colère, respondict au conte d'Aran, que, comme vray mynistre de la parolle de Dieu, il lui prononçoit (annonçoit) sa ruyne en peu de jours, tant à cause de son orgueil et trop grande audace, que pour estre le plus mauvais conseil qui pourroict estre auprès leur Roy ; de quoy il passa plusieurs grandz propoz. Sur cela, les dictz mynistres et les gentilzhommes, baniz d'Escosse, remuent tout ce qu'ilz peuvent et promectent icy que, sy l'on les veult ayder et secourir, ilz feront ung changement nouveau en l'Escosse et y rendront le Roy, le royaulme et la religion à la dévotion de la royne d'Angleterre, laquelle est pour choisir et sçavoir si elle doibt traicter avec la royne d'Escosse , tant pour le faict de sa liberté, que pour s'accorder avec elle et son filz selon qu'il avoit esté advisé et y recepvoir Vostre Majesté, comme ung bon voisin, frère et médiateur, selon l'oflFre qu'en avez faicte par moy, et d'apaizer tous les troubles du dict Escosse par ung bon conseil, conjointement donné à ce jeune prince. Or, sire, ces deux poinctz ont esté fort balancez et disputez en ce conseil, oti, à la fin , ilz ont remis en leur maistresse,
laquelle ilz craignent d'ofifencer, de faire ce qui lui plairoict; mais que, sy elle prenoit le party des baniz et mynistres d'Escosse, il falloit promptement mettre la main à la bourse pour les ayder, avec incertitude de ce qui en adviendroict , et, pour le regard de traicter avec la royne d'Escosse et avec son filz tout ensemble d'un bon accord par l'intercession de Vostre Majesté, comme leur antien allyé, cestes voie estoict honorable, pourveuqû'ily eust delà seureté. Sur quoy le conte de Cherosbery, qui est en ceste court, a esté fort particulièrement enquis de son opignion. Lequel, toute^foiç, pour éviter aux jalousies et deffiences, qui estoient conceus de luy qu'il ne feust du tout partial pour la royne d'Escosse, en a parlé le plus [modestement] qu'il a peu; et mesme que la dicte royne d'Angleterre luy avoit dict auparayant, qu'il avoit s« royne en sa maison, et quelques propos moictié figue moictié raisin, sur lesquels le conte respondict fort doulcement à la dicte dame qu'il n'avoit aulcune Royne qu'elle et ne congnoissoit l'aultre ny ne l'avoit jamais voullu congnoistre, syjaon aultant qu'elle luy avoit fort expressément commandé, combien que le plus souvent il eust désiré en estre deschargé, comme il l'en prye instamment à ceste heure là. Mais elle le prya de ne prendre les choses qu'elle luy avoit dictes en mauvaise part, l'asseurant qu'il n'y avoit seigneur en son royaulme duquel elle estimast plus la fidellité, et luy donna grande asseurance d'estre fort, contente de luy; puis l'enquist fort particullièrement du naturel de la dicte royne d'Escosse, et sy elle luy vouUoit grand mal, et feust telle qu'il n'y eust. nulle seureté en ses promesses. Lors le dict conte, se voullant excuser d'en parler aulcunement ,, fut de rechef commandé par sa msdstresse luy en dire soja opignion. Ce qu'il feist en ces motz : qu'il estimoict que sy la dicte royne d'Escosse luy promettoit quelque chose, elle ne voldroict vioUer sa parolle, et autres propos fort modestement tenus par le dict conte de Cherosbery de la dicte royne d'Escosse. Trois ou quatre jours après, la dicte Royne fut fort instamment requise de bailler argent^ et d'en-
tretenir le party des baniz et mynistres d'Escosse. Sur cela, elle dist qu'elle aymeroit mieulx encores se fier en la foy de la dicte royne d'Escosse, que de s'embrouiller davantage en leurs factions, et aussy qu'ilz avoient plus de promesses que d'eflFectz. Voiant cela , elle demeure [incertaine à] quoy elle se doibt résouldre pour le mieubc, et attend des nouvelles de ce que fera Vostre Majesté pour les affaires des Pais-Bas; ce que feront les baniz et ministres d'Escosse; quel party ilz ont à leur dévotion, et quelles villes leur sont favorables, affin de se résouldre pour ce qui luy sera le plus utile, tant pour le bien de son Estât que pour elle en particullier, où elle regarde plus le présent que ce qui adviendra après son décès.
Le conte' d'Arguille (d'Argyle) est mort en Escosse de maladie, et a layssé un filz âgé de btdct ans. Sa femme estoict celle du feu conte de Muray. Il y a une grande querelle au dict Escosse entre les Gourdons et les Forbois (?), et sont armez les ungs contre les aultres, et semble que le roy d'Escosse favorise les Grourdons pour ruyner les aultres, qui sont du party des baniz et mynistres. Voilà, sire; où jefiniray les occurances d'icy et d'Escosse, pour supplier encores très-humblement vostre royalle bonté avoir pytié de moy pour conmiander à messieurs de vos finances que je puisse estre paie de ce qui m'est deub, affin de paier par deçà mes debtes, et vous y faire, en quelque party qu'il vous plaise m'emploier, le très-humble et fidèle service, que je doibs à Vostre Majesté, pour laquelle je priray Dieu ,
Sire, toute ma vie, qu'il la conserve, etc.
De Londres, ce xxm* jour d'octobre 1584.
Sire, je adjousteray encores à ceste lettre ce que l'on tient icy pour certain, que Vostre Majesté prendra entièrement, et seul, la souveraineté des Pais-Bas. Ce qui donneroit plaisir à la royne d'Angleterre, poiurveu que ce ne feust que par imagination, comme feu monseigneur vostre frère, qui n'avoit pas les forces et moiens de conduire une telle entreprinse à fin, et par
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conséquent, ne- faisoit que entretenir une guerre pour le bien et repos de ceste princesse et de son roiaulme , qui est en opinion que , sy Vostre Majesté entreprend une telle chose et en temps moings adventageux que jamais, voiant que le prince de Parme s'est tant advencé, vous sçavez bien comme vous debvez mener ceste guerre à fin, comme il n'y a prince qui en ait les moiens et commoditez comme Vostre Majesté. Mais il y aura encores, ce me semble, assez apparence pour donner quelque contentement à la dicte royne d'Angleterre, chose, à mon advis, qui sera tout nécessaire, sy Vostre dicte Majesté me commande sa vollunté, et luy alléguer les instantes remonstrances, que je vous ay faictes de sa part, d'ayder ces pauvres peuples si affligez, et dont le mérite est et sera plus grand de les secourir à l'extrémité que en leur plus grande prospérité. Ce que Vostre Majesté veult entreprendre aultant pour le bien de l'Angleterre, et particullièrement, de la dicte Royne, vostre bonne seur et sy asseurée amye, que pour le bien de vostre Estât; et quand j'entendray l'intention de Vostre Majesté, et [qu'elle] donnera de bonnes paroUes au sieur de Staffort, j'essaieray de vous faire quelque bon service , et de faire laisser les autres pratiques à la royne d'Angleterre , et se fier du tout en vostre amytié. Je entretiens ceux de son conseil le plus que je peux, et nous [nous] sommes veus fort privément depuis quatre ou cinq mois, et [ai] remis et réduict le conte de Lestre (Leicester) à estre meilleur François que ne fut jamais; et, s'il congnoist que Vostre Majesté luy porte bonne vollunté, et que je luy ai faict de bons offices en cest endroict, cela le contentera fort; il a perdu ung seul filz qu'il avoit, et sans espérance d'en avoir d'autres, parce que sa femme est fort âgée ; ce qui l'a beaucoup retranché en plusieurs desseins, qu'il avoit bien grands.
Quant au grand trésorier, je le trouve touzjours plein des plus honnestes propos du monde vers Vostre Majesté, comme sy (aussi) feignent les autres du conseil; mais il fault les y obliger et attacher de telle sorte qu'ilz demeurent fermes à n'estimer
plus utile amitié à leur maistresse, à son Estât et à eulx, que la vostre; chose à quoy je n'ay rien espargné, comme je ne fais, estant plus de besoing que jamais que Vostre Majesté soit bien servie par deçà; qui me fera encores très-humblement la supplier en ccst endroict avoir souvenance de moy en son estât qui se faict ou se ferabientost. Car, c'est chose nécessaire, qu'il me fault paier plus de trente mil escuz en ce royaulme, où je suis sy estroictement obligé, que, sy j'estois demain hors de la charge de vostre ambassadeur, je serois arresté par mes créditeurs, auxquelz je ne puys satisfaire, s'il ne vous plaist me faire paier ce qui m'est deub, et prendre ce coup icy pitié de moy, qui supplye à Dieu de conserver vostre royalle grandeur. Sire, en parfaicte santé, et très-heureuse et très-longue vye.
De Londres , ce xxii* octobre 1584. -
Il a esté advisé que le segrétère de la royne d'Escosse* viendroict icy pour adviser de sa liberté, et [je] voye grande apparence que la royne d'Angleterre a voUonté d'en estre deslivrée, et plustost de la renvoier à son filz que de la retenir en ce royaulme, de peur de quelque nouveau inconveniant, disant qu'il ne fault plus que une royne en Angleterre.
MICHEL DE CASTELNAU A HENRI m.
26 octobre 1584.
Sire, j'ay ce jourd'huy receu la despesche de Vostre Majesté du II* de ce mois et veu, par icelle, comme les miennes dernières luy ont esté rendues. Je luy en ay faict encore deux, depuis six ou sept jours, tant sur la venue du sieur de Ségur
1. Nau qui vint en effet à Londres vers la fin de l'année 1584.
que sur les occurances d*icy et ce que j*en puis veoir. Le dict sieur de Ségur, estant retourné de la cour, m'est incontynant venu veoir en me disant qu'il ne vouldroict traicter ny négocier chose que je ne sçeusse aussy, que le roy de Navarre, son maistre, ny ceulx de la religion n'avoient aultre but que de rechercher la bonne grâce de Vostre Majesté, et vivre comme voz subjectz en vostre obéissance, comme ils f croient, me priant encore que je luy feusse aydant pour vous oster cette opignion qu'il eust présenté ce détestable escript à la royne d'Angleterre, baillyé par la follye et jeunesse de quelqu'un de sa compagnye, qui l'avoit de long temps auparavant, sans que jamais il en eust [eu] congnoissance. Il m'a dict avoir trouvé la royne d'Angleterre en fort bonne voUonté vers Vostre Majesté, mais ung peu mal contente de ne luy avoir vouUu faire aulculne responce sur ce qu'elle a tant recherché, par son ambassadeur et par moy, d'entrer en quelque accord, et, par leur estroicte amytié et par ensemble, faire quelque chose pour secourir les Pais-Bas; toutesfois, qu'il y avoit moien de la contenter, sy [je] luy donnois quelque bonne responce et bien pertinente. En brief, il ne m'a pas parlé d'autres choses d'importance.
Si me [dict] qu'il louoit Dieu que Vostre Majesté feust sy bien disposée à la paix de vostre royaulme, qui seroict perpétuellement en repos par une guerre estrangère, et que, pour son regard, il espéroict de vous y faire de bons services, et qu'il sçavoit bien que Vostre Majesté avoit intercepté toutes les lettres , mémoires et instructions de ce qu'il avoit négocié en son voiage, par où [vous] pouriez veoir s'il avoit faict chose contre vostre service, et m'a aussy ung peu discouru sur ce que le mynistre La Fontaine avoit apporté par deçà, et de ce que l'on y avoit escript que le roy de Navarre avoit promis de tenir touzjours le party de ceux de la religion, selon le zelle de ceux qui l'avoient ainsy conseillé; mais qu'il falloit qu'un prince sage et prudent se gouvemast selon le temps.
Or, laissant le dict sieur de Ségur, qui désire fort avoir la bonne grâce de Vostre Majesté, je luy diray, sirè, qu'il s'est tenu de grandz conseilz ces jours ycy en ceste court, suyvant Tadvis que je luy en avois donné, et y ont conclud, assavoir : que la royne d'Angleterre aiant faicttant de deslibérations pour establir son règne, son repos, sa seureté, son Estât, et estant entrée sy avant en termes de mariages et d'alliance avec Vostre Majesté et vostre royaulme , dont il ne s'estoit rien ensuyvy que des paroles et une perte de temps, et que pour le jourd'huy Vostre Majesté , comme mesprisant ung bon accord avec elle et le désir et espérance qu'elle en avoit eu, affinde secourir par ensemble les Estats du Pais-Bas, il lui falloit s'adresser de quelque autre costé sans différer, qui debvoit estre avec la royne et le roy d'Escosse, pourveu qu'ils feussent tous deux d'une mesme intention et en telle amitié que l'on le dict, et leur donner contentement à l'ung et à l'aultre, tant par l'espérance de la succession à» ceste couronne, que pour joindre les deux royaulmes ensemble et toute l'isle contre qui que ce soit ; ce qui estant , malaisément le reste de l'Europe leur pourroit faire mal, et, sy Vostre Majesté prenoit les Pais-Bas sans eux, les délaisser en toutes choses et encores Vostre Majesté et vostre allience , si leur en donnez occasion. Pour à quoy adviser, il falloit assembler img parlement le xxn"» du mois de novembre prochain, qui seroict le xn"» à nostre compte*, et en icelluy faire une finalle, généraUe et particuUière conclusion, pour le bien de la dicte royne d'Angleterre et de son Estit , et arester et déterminer au dict parlement du tout une asseurée amitié avec l'Escosse et renvoier la Royne, vostre belle-sœur, avec son filz, la mettre en liberté soubz bonnes asseurances et conditions, et les tenir en espérance d'estre les héritiers après ceste princesse, s'ilz se comportent bien, dès à présent, et par alors, envers elle,
1. J'ai reproduit textuellement lems. , mais il doit y avoir une faute; car, depuis l'adoption de la réforme grégorienne par la France, en 1582, le calendrier français était de dix jours en avance sur celui qu'on suivait en Angleterre. Il faudroit donc lire : « à leur compte , au lieu de : à nostre compte. »
et font [le serment de gouverner] le royaume, sans y voulloir changer ou innover aulcune chose ; toutes fois, je suis aussy adverty que, pour tenir la dicte royne, ou roy d'Escosse, en bridde et semblablement les aultres héritiers qui prétendent à ceste couronne, comme la petite Arbelle (Arabella), sa cousine germayne , le conte de Huntington , le conte de Herby et ceux du costé de Herefort , ledict parlement accordera et octroyera dès à présent, et pour à touzjours, [que] la dicte royne d'Angleterre, pour la cause commune des trois Estatz, et par la ratiffication, qu'ils en [feront, qu'ils signeront et scelleront, bien octorizer, entouteschoses, que la dicte Royne pourra légitimement seulle nommer et desclairer tel qu'il luy plaira son légitime héritier, soit par scripture faict et signé de sa main ou de son grand sceau; lequel, [quel] qu'il luy plaira, que ceUuy-là sera son vray héritier et successeur, et que ceste sienne voUunté sera close et enfermée en ung cofifre bien fermé, dont elle seule aura les clefs, pour estre ouvert ledict cofifre, après sa mort, et que, lors, tous les Estats d'Angleterre seroient [tenuz] de mectre leurs biens, vies et fortunes, pour effectuer ce que dessus. Mais je suis adverty que , par politique , la royne d'Escosse et son filz [sont] tacitement asseurez qu'ilz seront les vraiz héritiers, et qu'ilz n'en doibvent doubter, et ce ^ affin de les retenir en tout debvoir et humilité envers la royne d'Angleterre, comme envers leur mère , et que l'on doit dire et donner semblable espérance au conte de Huntington , à la dicte Arbelle , aux contes d'Herby et de Herefort, affin que chacun s'efforce de se rendre agréable et obéissant à la dicte Royne, pour la faire régner seurement, entre toutes les prétentions, durant sa vye, et les retenir les ungs par les autres en tout debvoir et grande obéissence vers elle ; cependant se fortifier du tout de l'Escosse et oster ceste allience à Vostre Majesté , sy elle ne leur faict quelque bonne responce pour leur faict des ditz Pays-Bas, et d'aventage, sy le roy d'Espagne voulloit y entendre , faire ung bon accord avec eulx et toute ceste isle.
Mais comme je menday à Vostre Majesté, sire, il me semble
qu'il y a encore assès lieu pour faire quelque chose de bon avec la dicte Royne , et de la contenter de quelques honnestes ouvertures, selon qu'en pourez adviser pour le mieulx, et l'envoier visiter par M. le viconte Pinard , puisqu'il avoit esté une fois nommé avecq moy poiu* faire le voyage et ce grand accord en Escosse , et pour intercéder en la liberté de la dicte Royne , vostre belle-sœur , au nom de Vostre Majesté, selon que l'avoit accordé la dicte royne d'Angleterre, et luy donner, par le dict sieur viconté Pinard, une honneste satisfaction, avec les raisons et offre de vostre par faicte amytié, et aussy que bientost il doibt venir img gentilhomme de la part du roy d'Escosse et le secrétaire de la royne d'Escosse pour donner tout contentement à la dicte royne d'Angleterre d'eulx, et pourroict encores le dict sieur Pinard avoir la despesche d'Escosse toute preste, pour faire, selon l'occasion, le voyage, dont ils m'ont tenu en suspens, avec la response que feriez pour le Pays-Bas, et nous ferions pour le service de Vostre Majesté , selon que les choses le pourroient ofl&ir, et ne laisser aller du tout ceste allience d'Escosse à TAngleterre sans vostre consentement, voiant qu'elle a esté acquise et conservée^ de si longtemps par les rois voz prédécesseurs, ains procéder, tous les trois ensemble, comme avoit esté la résolution et le conseil donné à la dicte royne d'Angleterre, qui a souvent faict mauvaise interprétation de n'avoir laissé passer le sieur de Sidenay vers Vostre Majesté. La dicte Royne se change selon le temps et l'occasion, qui sont le père et la mère de toutes les choses mondaines.
L'on m'a voullu advertir, aiant la main à la plume en cest endroict, qu'elle n'a pas dormy depuis ceste résolution prise d'assembler son parlement, qui sera ce coup icy son maistre d'écolle. Aussi seroict-eUe d'opignion de le prolonger jusques en décembre, et, de là, pourroict aller plus avant. Mais, en cest endroict, sire, il me semble ne debvoir obmettre de dire sommèrement que le dernier parlement , qui a esté souvent tenu, différé et remis , fut dernièrement remis , comme s'il ne s'en debvoict jamais tenir durant la vie de ceste Royne , selon que
les loix de ce royaulme le portoient, s'il n'y avoit quelque aultre interprétation par la nécessité du prince et du royaume, qui peuvent seullement reflfaire et rassembler ung parlement tout nouveau après Taultre rompu. [Il faut que le] ties-état soit composé de quatre hommes prihcipauk, choisis en chaque province et baillie, et quatre autres choisis par chacune ville et village de conséquence, lesquels les princes de ce roiaulme ont touzjours tasché d'avoir à leur dévotion; ce que la dicte royne d'Angleterre veult rechercher, avant que de donner jour audict parlement. Car, des ecclésiastiques et de la noblesse, elle s'en tient comme toute asseurée , et qu'ilz ne feront que ce qu'elle vouldra durant sa vye.
Voilà, sire, ce que j'ay estimé ne debvoîr différer plus lon^ guement d'escripre à Vostre Majesté, et la supplier encore très humblement me faire ceste grâce, honneur et bonté, que je sois paie de ce qui m'est deub, et prendre quelque bonne résolution, ce coup icy, en Testât que fera Vostre Majesté. Car doibtz plus de trente cinq mille escuz en ce royauhùe , aux banquiers anglois [et] italians , qu'il me fault paier, sans plus différer. Cela faict, j'auray moien de faire de bons services à Vostre Majesté , la part qu'il lui plaira me commander , en priant Dieu, comme je fais à toutes heures, qu*il donne.
Sire, à Vostre Majesté en très parfaicte santé , etc.
De Londres, ce xxvi* octobre 1584.
MICHEL DE GASTELNAU A HENRI m.
14 novembre 1584.
Sire, j'ay ce jourd'huy receu la lettre qu'il a pieu à Vostre Majesté m'escripre, contenant que voyant le longtemps que je suis vostre ambassadeur en ce royaulme, et les bons et fidèles
services que je vous ay faicts, dont vous demeurez fort content, et, pour m'employer en meilleure chose, Vostre Majesté avoit faict eslection du sieur de Chasteauneuf de L* Aubespine pour me venir bientost relever. Je diray à Vostre Majesté , sire, que le plus grand bien et honneur qui me puisse jamais advenir, c'est qu'elle ait agréables mes services, tant icy que aultre part, où il luy plaira de me commander, et croys qu'elle n'eust pu faire meilleure eslection que du sieur de L'Aubespine, tsmt poiœ sa capacité et grande suffisance, que pour estre du sang de ceux qui ont faict et font ordinairement service à Vostre Majesté et couronne. Estant près de luy laisser cette place , puisque vous l'avez agréable, avec beaucoup de plaisir, je m'en iray baiser les mains de mon Roy, et de celuy qui' a touzjours esté mon bon maistre, tant es occasions de la guerre que de la paix, où je n'ay eu aultre but que à me rendre diligent, fidèle et capable de faire service au plus puissant et meilleur prince de la terre , après lequel je ne vouldrois vivre ung jour en ce monde. Aussy n'estimay-je la vye, synon d'aultant qu'elle vous est naturellement dédiée.
Et, en cest endroit, je suppliray très humblement vostre royalle bonté, sire, avoir pour agréable que je luy remonstre le pauvre et misérable estât auquel je suis reeduit. C'est en premier lieu que je suis tellement accablé de debtes, et obligé envers les marchands anglois et banquiers italiens, qu'il faut qu'avant que de partir d'icy, je leur paie, pour le moins, trente et quatre mille escus , dont je suis sy estroictement obligé, que, le jour que je laisseray la charge de vostre ambassadeur, il faut que je les paie ou demeure honteusement prisonnier. Ce qui est cause que j'ay tant de fois supplié Vostre Royalle Grandeur de me faire payer mon assignation de vingt-deux mille escus, qui me fut baillée, il y a trois ans, pour cest eflFect, où ma femme et mes gens ont despensé presque la partie en ceste poursuite, sans que j'en aye jamais pu tirer img sou, sinon que de l'espérance, dont j'ay retenu mes credditeurs jusques à présent , qui me feront la plus grande honte que receut ja^
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mais serviteur de vostre couronne, si je faulx de leur payer. Ce qui est cause que j'ay touzjours temporisé à vous demander mon congé , pensant que la longueur de mes fidèles services esmouveroit Vostre Majesté à compassion , et principalement suivant mes dernières requestes de me faire payer la dicte partie de vingt-deux mille escus, et bailler quelque chose sur le reste de ce qui m'est deu. En quoy , sire, puisque vous estes mon seul Roy, mon seul juge et mon seul maistre , ayez pitié de ma misérable condition.
Et à ce point, j'y ajouteray ung aultre de me donner temps jusqu'au mois d'apvril, parceque ma femme, qui a, depuis le mois de janvier, accouché deux fois avant terme, dont elle a été malade à l'extresmité et tenue pour morte, ce qu'elle désiroit plus que de vivre, voyant la misère en laquelle nous sommes redduicts, et les travaux et despenses qu'elle avoit eus à la poursuite de ladite partie de xxn mille escus, et à passer et repasser la mer, est pour la troisième redemeurée grosse et en tel estât, qu'elle est commandée des médecins, sur peine de la vie et de perdre son fruict pour la troisième fois, de ne bouger delà chambre, qu'elle soit au septième mois, qui seraaudict temps d'apvril ou may , parceque les aultres foys estant accouchée à trois mois et à quatre, il est nécessaire de se conserver avec une grande diligence jusques au dit septième moys, qu'elle pourra aller accoucher à Dieppe ou à Calais. Cependant je requière très humblement Vostre Royale Majesté d'avoir pitié d'uu fidèle serviteur, qui priera Dieu qu'il donne à Vostre Majesté, sire, de beaux enfans avec très heureuse et très longue «vie.
De Londres , ce znn* novembre 1584.
Sire, la royne d'Angleterre m'a accordé, à la fin, que la royne d'Escosse, vostre belle-sœur, envoiroit devers elle pour conclure du faict de sa liberté. Le roy d'Escosse , vostre petit nepveu, envoyé aussy ung ambassadeur, qui aura charge de me communiquer la bonne intention de son maistre envers Vostre
Majesté et }a royne sa mère, Cela estant,, j'espère, que, en peu de jours, vous aurez l'honneur de la liberté de la dicte royne d'Escosse , et que je vous feray ce service avant que de partir d'icy, dont la dicte royne d'Esoosse me prye à toutes les fois qu'elle m'en escript, et de ne. perdre le courage en une cause si juste, et où la dicte royne d'Angleterre ne se rend plus si difficile qu'elle a e$té, et que perpétuellement elle et le roy d'Escosse son JQils vous en demeureront redevables et obligés.