HENRY
PINART
LETTRE DE HENRI III A M. D'eSNEVAL.
mars 1586.
ORIGINAL
(Cette lettre est presque entièrement chiffrée ;' les parties chiffrées sont entre [ ] ).
Monsieur d'Esneval, j'ai receu vos dépesches des xxix* janvier, vr et xv* jours de febvrier derniers passez [ayant veu, par la première, le progrès de votre voiaige, le jour de vostre arrivée et dessente en Escosse, la façon de laquelle vous y avez esté receu et visité, la longeur que Ton a tenu à vous donner audience, et ce que, dès le commancement, vous y avés aprins de la ligue, qui se traictoît entre la royne d'Angleterre et le roi d'Escosse, et de la levée qui se faisoit de six mille Escossois pour envoyer au secours du conte de Lecestre en Flandres; par la seconde, j'ay veu ce qui s'est passé en la troisième audience, que vous a donnée le roi d'Escosse, et comme, suivant les instructions que je vous ai baillées , lui avés bien sceu représenter que vostre charge est principallement fondée sur l'entretien et conservation de l'amityé de moy et de mon royaume avec le dict sieur roy et royaume d'Escosse, selon les antiens traictés d'entre mes prédécesseurs et les siens, et ce que vous en devisastes particulièrement le landemain avec le sieur de Ledinon (Lethington), secrétaire d'Estat, qui vous fust trouver; et par la dernière, vous m'avés plus amplement adverty des termes de la dite ligue d'entre la reine d'Angleterre et le roi d'Escosse, la deffiance en laquelle sont ces seigneurs, qui sont aujourd'huy près la personne d'îceluy roy, et manient les affaires de son royaume, et comme vous estes solicité d'au-
cuns d'entrer en traité d'aultres choses que ce que leiu* avés fait entendre, selon mon intention, comme s*ils estimoient et fussent persuadés que vous eussiez à faire quelque aultre proposition et négotiation; trouvant qu'en tout ce que vous avés commencé à faire pour nous, et à establir en la dicte charge, vous vous estes très bien conduict et à mon contentement, aussy desirai-je que continuiés et poursuivies tousjours de mesme, sans entrer et vous laisser entendre en aultre praticque ny faire démonstration que ayés aultre charge que de faire tous bons offices pour l'entretien et conservation de nostre mutuelle amitié et Taliance de nos royaiunes, selon qu'il est porté par vos instructions. Toutesfois essayant, tant que vous pourrés, à lever les ombrages et deffiances, que les partisans de la reine d'Angleterre, qui environnent la personne du roi d'Ecosse, ont prises de vostre arrivée et séjour par de là, affin que peu à peu vous gaigniés créance parmy eulz, et puissiés plus franchement et librement veoir le roi d'Ecosse, et le retenir en la dévotion et affection, qu'il doict avoir envers moy, comme celuy duquel il peult espérer plus de support et appuy en ses afiiaires que de nul aultre, luy faisant congnoistre que c'est à luy seul, et non à moy que le proffit, commodité et utilité en reviendra, et que ce sera, au demourant, suivre les traces de ses prédécesseurs, et qu'il est beaucoup meilleur de se tenir aulx vieilles et de longtemps esprouvées amitiés, que d'en contracter de nouvelles, mesmes avec ceulx qui ont de tout temps porté envie à la prospérité des roy et royaume d'Escosse, ont eu plusieurs guerres et debbats contre eulx, ayant remarqué par vos despesches qu'il ne tiendra pas aux dicts partisans d'Angleterre qu'ils ne vous traversent, en tout ce qu'ils pourront, en vostre charge, estant leur intention assés manifeste de vouloir, en tout et partout, favoriser les affaires delareine d'Angleterre à mon préjudice. Mais j'estime qu'avec le peu d'inclination qu'a le roy d'Escosse de ce costé là, ne faisant ce qu'il faict à présent que par force, il vous sera aysé de le retenir à ma desvotion, qui est ce à quoy vous debvez travailler, si sage-
ment et dextrement touttesfois, que ceux qui me sont contraires ne s'en puissent apercevoir. Toutesfois, à cela vous pourra grandement servir le milord Claude Hamilton que m'escripvés estre arrivé par de là. Auparavant qu'il partist d'icy, je l'y ay disposé par bonnes gratiffications de paroles et d'e£fects, comme je vous en ay devant adverty. Vous observerés tousjours les actions et contenances des dicts sieurs d'Escosse, de quelque party qu'ils soient : s'il naist debbat entre eul», vous vous entremettrés de leur réconciliation, les pratiquant et attirant, en ce faisant, à m'en scavoir gré, conmie à ung prince leur voisin, qui ayme leur bien et contentement commun , en sorte qu'ils puissent recongnoistre et confesser que vous n'avés aultre but qu'au bien de la nation escossoise, qui est ung moyen bien doulx pour les rendre affectionnés à mon service, au lieu qu'ils s'en monstrent si estran^es et aliennés. Ce sera bien faict, quant l'ambassadeur que la reine d'Angleterre doibt envoyer par de là, y sera arrivée, que vous conferiés, et communiquiés avec lui d'honnestes propos du désir que j'ay d'entretenir la paix et amitié avec mes voisyns, mesmes avec la royne sa maistresse, cependant qu'elle continuera en l'observation de nos traités, que je doibs et veulx, de ma part, religieusement observer, et que vous n'avés aultre charge que de faire tous bons offices tendant à cela et à la conservation de l'amitié, qui est de tout tems entre la France et l'Escosse, sans vous estendre plus avant, si ce n'est que vous pourrés, comme de vous mesmes, vous plaindre à luy du peu de moyen que vous avez de m'escripre par la voye d'Angleterre et à mon ambassadeur y résidant, combien que la royne d'Angleterre Tait tousjours eu et l'ait encores en mon royaume. Ce que j'ay faict dire en semblable à son ambassadeur résidant icy, et escript au sieur de Chasteauneuf en faire instance envers la royne d'Angleterre et ses ministres principaux. Au demeurant, vous m'avez faict service] fort agréable de m'avoir adverty des aultres particullaritez portées par vos dictes despesches, et ne sauriez mieulx faire que de continuer le plus souvent et avec toutes les com-
moditez qui s'en offriront. Toutesfois [j'ay aussy veu ce que m'avés escript du bon devoir que faict par de là pour mon service le sieur des Molins, dont je lui sçay bon gré, et vous diray sur ce que me remonstrés pour Testât qu'il avoit en mes gardes, que, comme je luy dis à luy mesmes, quand il partit de ce royaume, que j'ay pourveu en son dict estât, d'aultant que je ne veulz plus en mes gardes aultres que catholiques. Mais, quand il se présentera quelque aultre occasion pour luy faire du bien, je le feray bien volontiers, comme le luy pourrez dire. J'ai veu ausst ce que m'escripvés de la bonne volunté que demonstre le sieur de Ledinton, secrétaire d'Estat, au bien de mes affaires.] Ayant aussi pris de bonne p^t ce qu'avez escript à vostre beau-père* pour me faire entendre [pour obliger le milord Albrocq, le dict Ledinton et quelques aultres, affin de les induire à effectuer mes affaires. Mais, considérant Testât d'icelles, il n'est pas à propos que leur promectiez aulcune pension ; bien les pouvez-vous tousjours asseurer de ma bonne volunté envers leur roy et eulx aussy en particulier. Mais il fault premièrement veoir quelques effects d'eulx au bien de mon dict service, avant que d'entrer en aulcune promesse; et, pour ce, ne vous engaigés nullement de paroles.]
Priant Dieu, Monsieur d'Esneval, vous avoir en sa saincte et digne garde. Escript à Paris, le ix* jour de mars 1586.