MINUTE AUTOGRAPHE
Sire, Tasseurance que vostre Majesté m'ha donnée de son affection à l'entretien de l'antienne alliance qui est entre les royaulmes de France et d'Escosse , et , en cela , de correspondre à celle du roy très chrestien , son bon oncle , comme aussi à la recongnoissance du vray amour que V. M. congnoist que la sienne T. C. luy porte, pour le bon soing qu'elle ha touzjours eu es occurrences passées et ha encore d'elle-mesme, en ce qu'elle ha voulu m'envoier par devers elle pour y résider son ambassadeur, me rend d'autant plus soigneux, avec le commandement très exprès que j'en ay de S. M. , de faire auprès la vostre (V. M.) tous les bons debvoirs et offices qu'il me sera possible, et ne négliger aucune occurrence, qui se pourra présenter, concernant la continuation d'une si bonne amitié, mais éviter celles, qui y pourroient aporter quelque innovation, diminution ou altération. A quoi désirant satisfaire, en tant qu'il est de mon debvoir, et principalement sur la venue de cest ambassadeur par devers V. M., entendant que c'est pour traitter et faire quelque nouvelle ligue entre elle et la royne sa maistresse, je ne puis moins que de désirer sçavoir si , en cela, il y va point de l'interest particulier du roy, mon maistre, et se pourra faire ou passer aucune chose au préjudice
1 . Cette lettre n'est pas datée ; mais elle parle de l'arrivée de Tambassadeur anglais en Ecosse , comme d'un fait récent. Or , Thomas Randolph arriva à Edimbourg au commencement du mois de mars 15d6. La lettre de M. d'Esneval doit donc se placer vers cette époque.
des antiens traittés et bonne intelligence d'entre vos deux Majestés, et sur ce requérir la vostre (V.M.) , comme je faictz très instamment, m*en vouloir faire desclaration pour, à la sienne très chrestienne, donner advisde ce qu'il luy plaira m'en dire, et recepvoir ses commendements, voulant toutesfois bien dire à vostre Majesté, que j'entends que le prétexte de ceste ligue, de laquelle elle est poursuivie et recherchée par la royne sa voisine, est principaUement pris et fondé sur lefaict de la religion, et sur une imaginée oppinion, que touts les princes catholiques se seroient confédérés , soubs l'autorité du pape , pour la suppression de la religion contraire à la leur, non seulement en leurs royaulmes et Estats, mais aussi en touts les autres royauhnes et pays, èsquels ils- n'ont aucune prétention ne pouvoir, et combien que je vois que , à l'occasion de ce qui s'est, puis quelque temps , passé au royaulme de France , ceux qui veullent se prévaloir de vostre Majesté , et l'attirer en ligue, en ont principaUement fait ceste conséquence , dont ils ont preoccuppé les affections des princes et seigneurs faisant profession de ceste religion, et entre autres V. M., et que, sur ce, je luy ay, cy-devant, bien au long discouru, et faict entendre ce qu'en cela est de l'intention du roi très chrestien , son bon oncle , et sçaichant combien l'amitié de S. M. T. C, luy est utille, et les moiens qu'elle a de l'aider dans ses affaires, faire despartir la vostre de ceste alliance si antienne , comme aussi ils s'efforcent encores la desjoindre d'avec la royne sa mère, et en ce faisant, luy faire perdre l'amitié maternelle qu'elle luy porte, et rendre vains et inutilles les grands moyens qu'elle ha pour l'advancement de la grandeur de V. M., l'occasion se présentant pour, désert de tels appuis et moiens, disposer en après d'elle, à leur plaisir et volunté, non seulement, mais, quand et quand. Sire, vous faire compaignon de quelque mauvaise fortune qu'ils craignent , et encores l'embarquer dans une guerre contre qui ils voudront, et quand bon leur semblera, soubs un si spétieux prétexte. J'espère toutefois que V. M,, avec la grande prudence , dont elle et
messieurs des Estais et de son conseil gouvernent heureusement ce royaulme , sçaura très bien discerner le net de ceste leur intention y et» ne se laissant circonvenir, usera, en si importante occurence, du conseil qu'elle jugera luy estre, et à ce royaulme, le plus honorable, propre, utile et nécessaire, pour ne laisser le plus certain et asseuré, pour prendre Tincertain et suspect, ne se despartir de Tutille pour s'adjoindre au préjudiciable.
Ce que eux, craignant que Y. M. ne se laisse (pas) aller à leur désir, fardent et emmiellent ceste leur prétention de très belles espérances, ouvertures, offires et belles paroles, sur lesquelles je me contenteray de la prier qu'il luy plaise se resouvenir de la response, qui autrefois a esté, à la royne sa mère, faicte en telle occasion , par la royne d'Angleterre, en laquelle, entre autres objections et refus, elle dist qu'elle sçavoit bien qu*U y en a beaucoup plus qui adorent le soleU levant que k sokU couchant , proverbe qui luy est encore assez commung , par où, elle advisée en ses affaires, donne à congnoistre qu'elle n'est pour vouloir desclarer son successeur à la couronne, avant que sa mort luy en ait du tout osté la succession, quelque démonstration qu'elle fasse envers V. M., à laquelle je remettray de considérer ce qui en peult estre de plus, pour luy dire comme il n'y a du tout point d'apparence que, de son vivant, ses offres se puissent veoir effectuées, et V. M. en cela gratiffiée ; de plus , que la dicte dame royne seroict bien empeschée de faire la royne vostre mère [son héritière], et , quand elle voudroit ou seroit pour le faire, qu'il y a aussi grande occasion de doubter si elle seule le pourroit exécuter et accomplir, n'estant si peu sçavant des affaires de ce pais là que je ne sçaiche très bien qu'il y en a qui, bien qu'injusitement, prétendent toutesfois avoir meilleure part au royaulme d'Angleterre et à ceste belle suscession que V. M., lesquels y ont de lo^gue main faict et ourdi lemrs practiques et moiens d'establissement. Aussi y a-t-il bien moins d'apparence que y. M. n'ayant offensé pas ung de ses voisins, il y en ait
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aucun qui voulust luy faire la guerre pour le seul prétexte de la religion 9 mais principallement le roy son bon oncle entièrement désireux de la prospérité de sa personne, bon et paisible estât de ses a£Eairra et du bien d*elle et de son royaulme , et n'est à alléguer ce qui s*est , comme j'ay dict à V. M.» passé et se présente depuis quelque temps. En quoy, le roy T. G. , mon maistre, n*est poussé que d*un sainct désir de veoir tous ses subjects réunis à la religion, à leur propre bien et salut, et son royaulme restabli en son pristin bonheur et estât, n'estant les années qui sont en son royaulme que pour contenir ceux qui vouldroient s'eslever, et par armes s'opposera ceste sienne intention, qui ne regarde, aucun de ses voisins et ne passe les limites de son royaulme, et moins la mer, si ce n'est pour le bien particullier de V. M. et de son royaulme , tellement qu'elle n'ha occasion quelconque, asseavoir d'un costé d'entrer en deffîance de ses autres voisins et amis , pour entrer en aucune nouvelle ligue particulière avec ceux qui font assés congnoistre que ce qu'ils font et traittent n'est jamais que pour leur particulier, ainsi qu'aiant failli ailleurs , ils s'adressât maintenant à V. M. , de laquelle auparavant ils se sont bien desclarés n'avoir tant de seing, se souciant bien peu de rintérest auquel elle pourra tomber, et, d'autre part, de s'arrester à ces offres et ouverture, dont l'effect est fort doubteux.
Toutesfois, Sire, si d'ailleurs le bien des affaires de V. M. et de son royaulme requeroit qu'elle entrast en quelque nouvelle alliance avec ceste royne sa voisine, les roy s, prédécesseurs du roy T. C. mon maistre et les vostres. Sire, par les traittés faicts entre eux, se sont pour eux et leurs successeurs réservé qu'il leur seroit loisible de faire et traitter paix et alliance avec les roys d'Angleterre, mais à cette condition expresse qu'Us s'y comprendroient V\m Vautre purement et sans condition , et que , préalablement ils le feroient sçavoir l'un à l'autre pour accepter cest comprension , si bon leur sembloit, chose que les feus roys de France ont.
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de leur part, fort religieusement observé, ainsi qu'il se veoit parles traittés qu'ils ont faictstant avecques les rois d'Espagne que ceux d'Angleterre et mesme avec ceste royne à présent régnante; et ainsi outre ce que V. M. peut et doibt estre tant asseurée de l'amour du roy T. C, son bon oncle, envers elle, et qu'elle ne sçauroit se communîcquer envers aucun prince qui luy soit plus certain ami qu'est et veust estre S. M., ne duquel elle puisse recepvoir de meilleurs et plus sains conseils en ses affaires que d'eUe , néantmoins je ne puis et (ne) doibs , en ceste occurence , faillir d'avertir V, M. de la condition de ces traittés si bien observée pour y satisfaire de son costé, à l'imitation de ses prédécesseurs rois , et principallement sur ce que, si ceste ligue se faisoit ainsi offensive et deffensive, selon ce que j'en puis sçavoir, 5. M. T. C. n'y seroit ni particullièrement, ni purement et sans condition, entendue et comprise. En quoy, la vostre pourroit faire infraction des dicts traittés d'entre vos deux royaulmes , et encore en cela on auroit fait tomber V. M. en terme de quelque changement de la bonne intelligence d'entre les deux Majestés vostres, et sur ce , je l'intéresse elle de sa réciprocque amitié et honneste debvoir, la priant ne vouloir ainsi se laisser circonvenir et passer outre à ceste ligue, sans premièrement en donner advis au roy son bon oncle , et adviser, si elle ha occasion d'en venir là, d'y comprendre S. M. sans aucune exception ne autre condition, comme elle y est obligée, (et pourvoir) à ce que Sa Majesté puisse à la vostre, comme à son bon nepveu, sur ce donner son bon conseil , et aussy luy faire sçavoir, si elle voudra y estre comprise.
LETTRE DE HEimi m A M. D ESNEVAL.
18 afril 1586.
OBianiAii canvKÂ.
( Les parties chiflîrées sont entre [ ]. )
Monsieur d'Esneval, depuis la responce que j'ay naguères faicte à votre despesche du xix« de febvrier dernier, j'ay veu par vostre aultre lettre du vm* du mois passé [ce que les seigneurs et autres catholicques du royaulme d*Escosse, vous ont faict dire de ceste deslibération, en laquelle ilz sont de s'eslever, et avoir recours aux armes pour retirer leur roy des mains à^ ceulx qui se sont naguères rendus les plus fortz près de luy, et se retirer du danger auquel ils se vçyent tomber par les rigueurs et pugnitions corporelles dont l'on veult user à Tendroict d'eulx, ainsy que Ton faict en Angleterre contre les catholicques, mais qu'aians plus de courage que de moyens pour le succès de leur entreprise, ils desiroient d'y estre assistés de moy plus tost que de nul autre prince. Ce que, s'ilz ne peulvent obtenir de moy, ils auront recours au pape ou au roi d'Espagne. A quoy je vous diray que je croy bien que quelques ungs des dits catholiques d'Escosse, qui se voyent esloignés de leur roy, peulvent, tant pour la considération de leur intérest particuUier que pour le zèle qu'ils doibvent avoir «\ leur religion, avoir d'eulx mesmes faict ce desseing. Si est-C' qu'il y a beaucoup d'aparence qu'ils y auroient esté stimulés et incités d'ailleurs, comme parlesjesuistes, secrètement envoyés de delà, de la part du dict roy d'Espagne, ou de la part de ceulx qui pensent, en ce faisant, faire quelque chose à Tadvaiitage des affaires de la royne d'Escosse , lesquels leur auront
aussi volontiers conseillé de sonder quelle pourra estre ma volonté en cest endroict. Quoi qu'il en soit, et de quelque part que cela vienne, je ne puis, quand j'en aurois la volonté, aider ny assister de mes moyens les dicts catholicquès d'Ëscosse à cause des grandes afiaires et despenses, èsquelles je suis constitué, par les presens troubles et guerres de mon royaume. Aussi me semble-t-U qu'au lieu de fomenter et favoriser telles soublevations et divisions, il est meilleur et plus louable de s'entremectre de les composer et pacifier, et faire en cela office de vraye amictyé. Je désire doncques que vous ofiËtiez, de ma part, aux dicts catholicques d'intercéder et vous employer pour eulx envers le dict roy, et ceux de son conseil, pour faire cesser les afflictions et mauvais traictements qu'ils disent et se plaignent leur estre faictz, et que, suivant ce que je vous ay baillé par mémoire et instruction, vous vous rendiez, en mon nom, moyenneur des dififerendz et traictés qui naistront et interviendront entre les grands du dict pays, sans donner à congnoistr;e que vous inclinez plus d'ung costé que d'autre, ny que j'aye autre désir et inclination que de les veoyr en bonne union, amitié et repos les ungs avecques les aultres, avec lesquels bons offices et entremises, vous m'acquérez la bienveillance des ungs et des aultres, et auront plus de fiance de vous, voyant que vous y aurez cheminé d'un pied esgal, et aurez esté au devant des maulx, misères et ruynes, es quelles ils peuvent tomber par leurs divisions et partialitez. Toutes foys, vous regarderez de faire tousjours tout ce que vous pourrez hohnestement, et sans suspicion ou jalouzie, pour le support et gratieux traictement des dictz catholicques, remonstrant doucement au roy d'Ëscosse et à ceulx de son conseil, s'ilz veullent user de rigueur à rencontre d'eulx, que c'est ung mauvais exemple, et de dangereuse conséquence, de procéder par telles criminelles exécutions qui peulvent engendrer ung desespoyr aux catholicques , dont l'on pourroit avoir regret, adjoustant encores à ces raisons les autres, dont vous sçaurez bien vous adviser, pour arrester le cours des persécutions , que l'on
vouldroyt faire contre les catholicques , mesmes sur les defflences que pourroyent prendre d'euk ceuk qui possèdent aujourd'huy le dict roy d'Escosse.]
LETTRE DE HENRI m 4 CHATEAUNEUF, AMBASSADEUR KH AH6LBTBRRE.
Iljumetl586.
COPIE DU TEMPS
Monsieur de Chasteauneuf, l'ambassadeur de la royne d'Escosse, madame ma bonne sœur, m'a faict remerciement, de la part de sa souveraine, de ce que le sieur de Cherelles Fa visitée de ma part, et, par mesme moyen, m'a requis d'intercedder et moyenner envers la royne d'Angleterre, aussy madame ma bonne sœur et cousine, de la voulloir faire accommoder de quelqu'une de ses maisons, située en meilleur air et plus propre à recouvrer les commoditez nécessaires pour sa santé et pour son traictement, que celle où elle est maintenant, et d'estre contante que l'on reprenne les dernières erres de la négotiation, encommencée entre les dictes deux roynes pour la liberté de ma dicte sœur la royne d'Escosse, d'advantaige que je fasse recommander le passe-port des serviteurs et damoiselles que la dicte royne d'Escosse demande pour son service , et qu'il lui soit aussy permis d'envoyer visiter de sa part mon nepveu le roi d'Escosse son filz , dont j'ay bien voullu vous advertir, et quant et quant, vous charger que, selon le désir et intention ma dicte bonne sœur, la royne d'Escosse, vous faciez tout ce qu'il vous sera honnestement possible pour impetrer et obtenir ce qu'elle désire de ma dicte bonne sœur et cousine la royne d'Angleterre, pour les choses dessus dictes, mais que ce soit de
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si bùûM façon qu'elle le prenne arec la sincérité, de laquelle j'ai accoustumé de procedder en toutes choses en son endroict, ainsy que je m'asseure que sçaurez très-bien faire, priant Dieu, monsieur de Chasteauneuf, vous avoir en sa saincte et digne garde.
Escript à Saint-Maur des Fossés le onz"** (onzième) jour de juillet 1586.
MÉMOIRE REMIS AU ROY PAR M. d'ESNEVAL, A SON RETOUR DE SON AMBASSADE d'ÉCOSSE K