‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 207 sur 215 · COPIE DU TEMPS, CORRIGÉE DE LA MAIN DE L' AMBASSADEUR · texte numérisé non relu

COPIE DU TEMPS, CORRIGÉE DE LA MAIN DE L' AMBASSADEUR

Le sieur d'Ësneval, retournant de sa charge d'Escosse, avec le congé du roy pom* luy en rendre raison, il plaira à Sa Majesté entendre succinctement :

Qu'aussitôt qu'il a esté arrivé en ce royaulme» a désiré, ayant l'honneur de baiser les iq^dns de Sa Majesté et la remercyer très-humblement de la'grace qu'elle luy a faict luy permettre de venir donner ordre à quelques siens affaires particulières;

Luy faire les très-affectionnées recommandations du roy d'Escosse, sdn bon nepveu; l'assurer de la bonne santé, en laquelle il l'a laissé, et de la bonne résolution, que luy a dict à son partement avoir d'entretenir et de conserver l'amitié de Sa Majesté avec plus de soing et curiosité que n'auroient jarmais faict ses prédécesseurs. Ce qu'il a dict au dict sieur d'Ësneval tesmoigner à Sa Majesté par les lettres qu'il luy a donnas pour elle et pour la royne sa mère.

Le dict sieur d'Ësneval l'a laissé en ung sien chasteau,

1. Ce mémoire n'est pas daté, mais il a dû être remis au roi au mois de septembre 1586 , époque où M. d'Ësneval revint de son ambassade.

nommé Faclan (Fackland), où il s'estoit retiré pour y passer le reste de l'esté.

Il debyoit, après le partement du sieur d'Esnevâl, faire un voyage par le pais aux maisons de quelques gentilshommes.

Les contes d*Ângus, de Mar et autres nouvellement retournés près de luy, estoient en leurs maisons, ausquelles ils sont le plus du temps , pour luy faire paroistre qu'ilz ne désirent qu*estre maintenant en leurs biens et pais, et que son authorité est plus grande et plus libre qu'avant qu'ilz fussent rentrez en son royaulme.

Toutes foys leurs actions sont touttes contraires, ayant estably la plus grande part de ceux de sa maison à leur dévotion, qui espient les actions du roy d'Ëscosse.

Le roy d'Ëscosse a dict au sieur d'Esneval avoir pardonné aux dicts sieurs tout ce qui s'estoit passé à Sterling; ce que démonstrant avoir oublié, il leur faict tout bon visage, et met toutte peine de les contenter.

De quoy neantmoings les dicts sieurs , ne prenant, au commancement, plaine asseurance, se sont tousjours, ung ou deux d'entre eulx, tenus près de luy;

Comme a faict principallement le comte de Mar, qui a sceu si bien se conformer à son humeur qu'il a gaigné beaucoup de part en sa bonne grâce, à ce que le dict sieur d'Esneval a mesme aprins par quelques discours du dict sieur roy d'Ëscosse ;

Et il y en a quelques ungs , qui tiennent que l'aflFection, que le sieur roy d'Ëscosse porte au dict conte de Mar, a retenu icelluy sieur roy d'Ëscosse jusqu'à cette heure de se ressentir de la prise de Sterlin, joinct aussy quelque considération, de laquelle les amis secrets des sieurs nouvellement retournez remplissent ordinairement l'aureille du dict sieur roy, leur souverain, luy remonstrant qu'il ne doibt point se bazarder en ce temps icy pour petite occasion, mais se garder pour v/ng bon subjecty tel qu*Uz ne font double^ qu'il aura après la mort de la royne (tAngkterrey pour recueillir sa succession.

Les affaires se conduisent par le sieur Ledniton S qu'on tient avoir aussy Teètat de chancellier, et qui seul les manie.

Les seigneurs nouvellement retournez pour se descharger des dictes affaires, après la prise de leur souverain à Sterlin, firent accorder aux Ëstats, qui furent assemblez à l'Ephco ? que soubz le seul commandement et sing du roy, les affaires s'expédiroient sans qu'aucun de son conseil signast avec luy, comme il estoit accoustumé auparavant que le dictroy, leur souverain, n*estoit si libre et si absolu qu'il seroit en après.

Cette manière de gouvernement estant très agréable au roy d'Escosse, il en a depuis usé en telle sorte que, les dicts seigneurs ne s'entremettaut plus que des affaires qui concernent leur party, la meilleure part des plus importantes est négligée, dont ils blasment les premiers leur souverain.

Les bons subjects du roy d'Escosse et affectionnés au service du roy ont beaucoup de regret, et de veoir la ligue cT entre VAngleterre et leur roy conclus (l); ils désireroient bien employer leur vie pour les restablir en meilleur estât, s'ilz estoient aussy bien soustenus en leur deslibération, qu'ils voyent les seigneurs, retournez nouvellement, l'estre de la royne d'Angleterre.

Le conte de Hontlay , le milord Claude et milord de Morton, conte de Montrose et Crafort, en ont donné asseurance au sieur d'Esneval et ont attiré à leur party le conte d'Aran, qui s*est faict catholique.

Le dict conte d'Aran est encore picqué du mauvais traictement qu'il a receu des sieurs que dessus, qui tirèrent promesse de leur souverain à Sterlin qu'il sortiroit hors son royaume.

Laquelle promesse le roy d'Escosse veult tenir et dict au sieur d'Esneval, à son partement d'Escosse, qu'il voulloit qu'il sortist du royaulme, non pour faulte qu'il luy eust faicte, ne Tay-

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