LethiDgton
2. Les mots en italique sont ajoutés , en marge , de la main de l'ambassadeur; il y ayait , au lieu de conclue , passée à son4ésa/oantage ; ces mots ont été effacés.
378 LETtftES DI^LÔMATIÛWES.
mant moings qu'il avoit faîct, mais pour laisser passer les troubles de son dict royaume, qu'il l'enroyeroit en France, et mesme pria le dict sieur d'Esneval, si le vaisseau dans lequel il ranvoyoit son équipage estoit assez fort, de lui (l'y) faire conduire, et prier très respectueusement le roy, de sa part, luy faire bon visage, quand il luy baiseroit les mains et luy feroit entendre ce qu'il le chargeroit de dire à Sa Majesté; de quoy s'excusa le dict sieur d'Esneval sur le peu de seureté qu'il y pourroit avoir pour retarder son voyage, jusqu'à ce qu'il l'eust faict entendre à Sa Majesté.
S'acheminant en ce royaulme, le sieur d'Esneval a passé par TAngleterre et est arrivé à Londres peu après que Ton eut descouvert une conjuration, qu'on disôit avoir esté faicte contre la personne de la royne d'Angleterre par quelques gentilshommes du païs.
Lesquelz, au commencement, le peuple disôit avoir esté suscitez par Sa Majesté et la dicte conjuration conduitte par le sieur de Chasteauneuf son ambassadeur, de quoy les subjects mesmes de Sa Majesté, qui y sont retirez, ne se peuvent du tout contenir déparier;
Et principalement ceulx qui hantent ordinairement au logis de Buzenval, qui publiquement se dict ambassadeur du roy de Navarre.
Pendant ce temps, la royne d'Angleterre feist faire très exacte recherche par les maisons de Londres pour trouver ung gentilhomme nommé Babinton, qui (qu'ils) tenoient des principaux entrepreneurs de cette conjuration, et ne laissèrent à fouiller une seuUe maison, que celle du dict sieur de Chasteauneuf, aux quattre coings de laquelle asseirent gardes, pour l'opinion qu'ilz avaient que le dict Babinton y fust retiré.
De quoy s'estant apperceu le dict sieur de Ghasteauneuf et plainct à la royne, les gardes furent levées, et y en laissait-on seuUement de secrettes pour observer qui entreroit et sortiroit de son logis ;
Auquel se retirant quelques ungs des gens des dicts sieurs
LETTRES DIPLCrMATIQUES. 379
de Châsteauneuf et d'Esneval, furent menez prisonniers, et toutesfois, relaschez peu de temps après.
Sur cette recherche, Babinton fut trouvé avec trois ou quatre autres dans ung bois, où il s'estoient cachez, et menez à la tour de Londres.
Dont le peuple monstra recepvoir tel plaisir que, pour tesmoîgnage de la joye, les cloches sonnèrent vingt et quattre heures durant, par tout le royaulme d'Angleterre, et se feirent feux par touttes les rues de Londres.
Au mesme temps, le sieur PoUet, gardien de la royne d'Escosse, la convia d'aller à la chasse, à laquelle s'estant ache* minée avec toutte sa suitte, le sieur Gtorges l'aisné la fut trouver de la part de la royne d'Angleterre, et la conduisit à une jmaison, nommée Tixal, qui est au sieur Edouard Haston, proche de trois lieues de celle où elle estoit auparavant ; se saisit de ses deux secrétaires, Nau et Courles, qu'il envoya prisonniers au logis de Walsinghan. Ung secrétaire du conseil, nommé Wade, avoit aussi, à la mesme heure, esté envoyé à Charteley, pour chercher les papiers de la royne d'Escosse et en rapporta une pleine maie.
Sur cette occurence, le sieur de Châsteauneuf envoya son secrétaire vers le sieur grand thésaurier, qui, ayant veu la lettre, la bailla, et fist pareillement veoir au dict sieur de Walsinghan, qui estoit proche de luy, lequel fit responce au dict secrétaire du sieur de Châsteauneuf que la royne, sa souverayne, avoit résolu de communiquer à son maistre les papiers de la royne d'Escosse, qu'elle avoit entre les mains, ausquels il verroittant de meschancetez qu'il s'asseuroit qu'il ne vouldroit s'employer pour elle ; que c'estoit une très mauvaise femme, et Nau, son secrétaire, ung très méchant homme, et que la royne, sa souveraine, en feroit justice ;
Que la royne, sa souveraine, envoiroit ung gentilhonmie vers Sa Majesté, comme elle feroit vers tous les princes chrestiens, pour leur donner congnoissance de ce faict.
Toutesfois le sieur de Châsteauneuf pense que, si elle le faict,
ce sera principalement pour demander à Sa Majesté quelques gentilshommes angloys, qui peuvent estre en ce royaulme, et, entre autres, Morgan, lequel, si Sa Majesté désiroit retenir, sans luy en faire refus, il jugeoit estre à propos de le faire secrettement évader de la Bastille.
On tenoit aussi à Londres, lors du partement du dict sieur d'Ësneval que les Estats s*y debvoient bientost assembler ; ce qui n'a accoustumé de ce faire que pour quelque grande occasion, et couroit ung bruit qu'on amèneroit prisonnière à la tour de Londres une des damoyselles de la royne d'Escosse, nommée Pi^rrepont ; qui faisoit craindre que, soubz ce nom, on n'y amenast la royne sa maistresse.
Qui faict sembler au dict sieur de Chasteauneuf, que le plus promptement qu'A plaira à Sa Majesté faire pourveoir aux affaires de la dicte Royne d'Escosse par quelque gentilhomme d'honneur, qu'elle despescheroit exprès en Angleterre , réussiroit plus à son bien.
Comme aussy il tient tout certain que, quelque despense qu'il plairoit à Sa Majesté faire vers les principaux, qui sont près de la Royne d'Angleterre, fraperoit un grand coup en ce faict.
Le sieur d'Ësneval , allant avec le dict sieur de Chasteauneuf salluer la Royne d'Angleterre, elle le chargea de faire ses très affectionnées recommandations à Sa Majesté, de laquelle elle luy tint touttes paroUes pleines d'affection et de bienveillance.
Le siéur de Chasteauneuf, en présence du dict sieur d'Ësneval, luy parla du passe-port général que Sa Majesté désiroit qu'il eust pour tenir le chemin libre entre luy et l'ambassadeur d'Escosse aux courriers de Sa Majesté.
Ce que la dicte Royne dist n'avoir esté usé de son temps, et , comme le sieur d'Ësneval luy respondist, que l'occasion ne s'en estoit aussy presantée et luy desduisit quelques autres raisons pour luy faire trouver bon cette demande, elle n'eut autre refuge que les remettre à la response que, par le sieur de Stafort, elle feroit faire à Sa Majesté.
Laquelle response la dicte Royne d'Angleterre suivit que,
pendant le voiage du sieur d'Esneval en France , il n'estoit besoing de passe-port.
Sur quoy le sieur d'Esneval luy fit entendre qu'il avoit laissé pour le service du Roy en Escosse ung des siens, nommé Courcelles, duquel la dicte dame Royne fit desmonstration d'estre mal contente, l'accusant d'avoir eu intelligence avec les Catholicques de son royaulme pendant qu'il estoit secrétaire du sieur de Mauvissière.
Toutesfois le dict sieur d'Esneval ne luy voullant rendre compte du service de Sa Majesté, luy dit seullement que le dict Courcelles estoit très fidelle et très affectionné serviteur de Sa Majesté , ainsy qu'elle le congnoistroit , tant que leur bonne intelligence et amitié dureroit.
Ce dont il plaira à Sa Majesté de parler au sieur de Stafort , duquel elle ne recherche les serviteurs si particullièrement.
Le faict de cette conjuration descouverte paroissant de jour à auttre prendre cours, le sieur d'Esneval despescha ung courrier secret vers Courcçlles poiu* l'en informer, et pour l'advertir de disposer tousjours le Roy d'Escosse le mieux qu'il adviseroit le pouvoir faire vers la Royne sa mère, ainsi quHl monstroit estre lors du parlement du sieur dTEsneval auquel il a baillé lettres pour elky attendant qu'il pleust à Sa Majesté faire sçavoir sur cela son intention; ce qu'il segonda encore d'une autre escritte du depuis à la Royne.
Neantmoings , le courrier a esté arresté et ramené au dict sieur de Chasteauneuf à ce qu'il a mandé au dict sieur d'Esneval, et a esté contrainct de mettre le pacquet entre les mains du sieur de Valsinghan pour l'envoyer en Escosse , où il est à doubter qu'il ne soit ouvert avant que d'estre envoyé , ainsy que la dicte Royne d'Angleterre dist au sieur de Chasteauneuf en présence du sieur d'Esneval qu'elle n'en feroit difficulté, si elle avoit opinion que ses lettres luy fussent préjudiciables; ce que le sieur d'Esneval a recongneu en deux des pacquets du Roy, qui ont esté ouverts, passant par Angleterre, pendant son séjour en Escosse, et que le dict pacquet ne sera rendu au
dict Gourcelles, que ung nomBié M. Baux' , qui s'^ va de la part de la Royne d'Angleterre vers le Roy d'Escosse, ne Tait prévenu de touts mauvais rapports de la Royne sa mère, et, à cette intention, les Angloys se vantoient, dès le partir dudict sieur d'Esneval de Londres , qu'ilz avoient le testament de la Royne d'Escosse, par lequel die donnoit leroyaulme d*£scosse au Roy d'Espagne , et luy ceddoit ses droits à la couronne d'Angleterre*.
LETTRE PE U. DE L*AUBBSPIN£-CHATEAUNSUF A M. D'eSNETAL.
12 septembre 1586.