AUTOGRAPHE
Monsieur, j'ay receu vos lettres par Caporal, que Ton a retenu trois jours , et, depuis , je receus , une heure après , les deutz aultres au ir*' de ce moys, qui me mettent en grande peine de vostre passage et y seray jusques à ce que je sache Tostre arrivée à Dieppe, craignant que il vous soyt arrivé fortune de ces pirattes. Je vous prie vouloyr représenter au Roy la façon dont on traicte ses serviteurs en ce royaume, vous asseurant que, sur ce bruict de la descente des Françoys en ce royaume, l'alarme fust icy si grande que le peuple a cuydé sacager tous les Françoys et aultres estrangers. Mesme hier deux de mes gens allant par la ville furent pris et menés prisonniers par le peuple , disant que c'estoyent espions que ilz avaient veu vers la Tour ; aussitost le Maire me les renvoya. Mais cependant le
l. Le nom est ainsi écrit dans le manuscrit, probablement pour Bowes*, qui avait déjà rempli les fonctions d'ambassadeur en Ecosse.
1. Ce testament, dont l'existence a été contestée par de Thou (liv. LXXXVI), avait été rédigé dés l'année 1577 , et a été publié par Robertson (Appendice dé «On Hist4)ir€ d^Éceue).
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bruict est partout que nostre armée de mer veult descendre icy, de sorte que, si le Roy n'y met ordre, avec pareil traictement aux Angloys de delà, que l'on faict icy, il sera beaucoup meilleur que il n'y tienne plus d'ambassadeurs, ny que nos marchantz n'y vieiment plus trafiquer. Vostre homme que vous aviés envoyé en Escosse est revepu, n'ayant sçeu passer en façon aulcune , et m'a rapporté vostre pacquet. Je ay faict une despesche à Courcelles et l'ay mise dedans mon pacquet, que j'ai envoyé à M. de Walsinghan pour luy faire tenir, puisque nous n'avons aultre moyen. La guarson s'en va vous trouver pour faire en France quelques affaires, que son maistre luy a commandé , à ce que il dict. Je envoyé à M. Pinart un pacquet du dict Courcelles. Quant au livre que avés trouvé, je vous en remercye bien humblement; je l'ay icy, il y a longtemps, et l'ay leu tout entier.
Quant au faict de nostre conjuration, l'on continue tous les jours à prendre des prisonniers et à examiner et confronter M. Nau contre eux, de sorte que je tientz les affaires du dict Nau en très mauvais estât , si le Roy n'y pourvoyt. Pour le reguard de la Royne d'Escosse, il n'y est rien survenu de nouveau, bien que [l'on] face courir le bruict que l'on la doibt amener à la Tour. Mais il n'y a encore rien de certain, et, cela estant, ce sera ung très mauvais signe, dont je ne faudray d'advertir le Roy.
Hz ont envoyé M. Baulx [Bowes] en Escosse , pour informer le Roy de tout ce faict, et suis très marri que Courcelles n'a peu estre adverty devant.
Je attendz de vos nouvelles de Dieppe , en bonne dévotion , tant j'ay crainte que il vous soyt arryvé quelque inconvénient, et, sur ce, je vous baizeray bien humblement les mains, priant Dieu,
Monsieur, que il vous doinct bonne et longue vie. De Londres, ce xn"* de septembre 1586.
Vostre bien humble cousin, avons faire service, De L'Aubespine-ChasteauneufI
LETTRE DE M. DE L AUBESPINE-GHATEAUNEUF A M. D'ESNEYAL.
24 septembre 1586.