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Mémoires de Casteînau^ liv. ni, chap. i

iS PUISSANCE DE PHILIPPE II.

richi par les moissons dorées de rAmérique , servi par l'ardente milice des jésuites , dirigeait et domioait tous les États catholiques. Ses armées , composées des vieilles bandes de Charles-Quint, étaient les meilleures du monde; ses capitaines, les plus renommés. Si Ton ajoute un travail assidu aux afTaires générales, la surveillance continuelle sur ses ministres , toujours accompagnée de défiance ; Tattention de voir tout par soi-même autant que peut un roi , l'application suivie à entretenir le trouble chez ses voisins et à maintenir l'Espagne en paix ; des yeux toujours ouverts sur une grande partie du globe , depuis le Mexique jusqu'au fond de la Sicile; un front toujours composé et toujours sévère au milieu des chagrins de la politique et du trouble des passions *, on aura une idée de la puissance et de la vigilance de ce démon du Midi, comme l'appelèrent les contemporains. C'est surtout sous son règne que la jactance castillane put dire : Qtmnd l'Espagne remue, V Europe tremble.

Le Vénitien Michel Suriano , qui , à cette époque même, étudiait l'Europe avec le calme et l'intelligence d'un diplomate , n'hésite pas à déclarer la puissance de Philippe II supérieure à celle de son père Charles-Quint *. Le roi d'Espagne s'avançait avec une prudence et une lenteur que ses ennemis et quelquefois ses partisans traitaient de timidité ; il ne démasquait pas encore ses projets de monarchie universelle. Affermir son autorité eiLEspagiie et en Italie, asservir les Pays-Bas agités par le protestantisme , dompter les Maures, détruire les libertés de l'Araggn, s'emparer du Portugal, voilà l'œuvre que méditait alors Philippe II, et qui devait longtemps absorber les forces de la monarchie espagnole. Pour poursuivre en sécurité l'accomplissement de cette politique, il fallait paralyser la France et l'Angleterre, en y suscitant des troubles et des guerres civiles. L'implacable et minu-

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