LETTRE DE CATHERINE DE MÉDIGIS
seroit aisé d'y imposer telle loi que nous voudrions ; de quoi, lui, recevroit honneur comme père du roi , que je lui dédirois et qui se nourriroit en ses jeunes ans à son amitié et telle dévotion qu'il ne seroit jamais tel qu'il ne le trouvât son propre enfant.
« J'en sais aussi d'autres* qui suivront cette même dévotion, qui sont instruments propres pour faire, en toutes les plus grandes choses du monde , ce que lui et moi jugerons être utile et convenable à l'appui et fortification de cette notre mutuelle et véritable intelligence ; en toutes lesquelles choses Dieu seroit servi le premier et nous contenterions l'esprit de ce que les grands princes ont accoutumé; et ceux qui sont parmi les afflictions et en sentent les pointures doivent avoir l'esprit plus tendu aux remèdes. Peut-être connoîtra-t-il un jour que je n'en parle pas sans bien grande raison , que je vous estime assez clairvoyant pour juger aussi de là où vous êtes. Ce sont remèdes légers qui néanmoins portent grande conséquence. Par aventure , quand il les aura bien pesés avec ses plus chers serviteurs, ne les voudra-t-il négliger.
« Ce n'est pas à dire qu'il y ait rien de déploré ni gâté en ce royaume ni que j'aie faute de puissance ni d'obéissance pour y faire aller toutes choses ainsi qu'il appartient, quelque avis que l'on en donne par delà, ni que mon fils le roi catholique doive craindre qu'il survienne, tant que je tiendrai, comme je fais, les deux bouts de la courroie, chose de deçà qui soit pour le fâcher*. »
Cette longue dépêche m'a paru mériter d'être citée ; en effet, outre l'intérêt d'un style qui ne manque ni de vigueur ni d'images pittoresques, elle révèle des détails omis par les historiens, des projets d'union intime avec l'Espagne, des
1. Allusion aux autres fils de Catherine et surtout au duc d'Anjou, plus tard Henri lU, qui fut toujours le fayori de la reine mère.
2. La fin de cette lettre manque comme le commencement. La partie conservée est un déchiffrement.