VICTOIRE DE MARIE STUART
Et disoit S. M. (la reine d'Ecosse), ayant la larme à l'œil, que toute son espérance étoit en la France qui perdroit en la perte de son État , comme elle-même , et que souvent les rois de France avoient tiré des Écossois bon et fidèle service. Que si, à ce besoin, elle étoit laissée du roi son beau-frère et de la reine sa belle-mère , elle seroit contrainte de se mettre entre les bras d'un autre prince , chose qui la feroit mourir de déplaisir.» Cette menace déguisée faisait assez comprendre sur qui comptait Marie Stuart réduite à la dernière extrémité ; on savait en France qu'elle n'avait jamais cessé de négocier avec l'Espagne qui la poussait à la guerre. Castelnau quitta l'Ecosse , sans avoir pu la pacifier , et retourna en Angleterre pour s'eflbrcer, au moins, de prévenir une guerre entre les deux royaumes. Il réussit mieux avec Elisabeth; elle désavoua les intrigues de son ambassadeur, Thomas Randolph , le principal instigateur des troubles de l'Ecosse. Elle joua même sous les yeux de Michel de Castelnau une de ces comédies politiques où elle excellait : les Écossais , vaincus par Marie Stuart , avaient envoyé en Angleterre Murray et quelques-uns des principaux conjurés pour implorer le secours d'Elisabeth ; elle les reçut en présence de l'ambassadeur français , les maltraita rudement en paroles, et leur défendit de reparaître jamais à sa cour*.
La victoire de Marie Stuart sur ses sujets rebelles fut un grand sujet de joie pour le parti espagnol, qui dominait en Italie , agitait la France , opprimait la Belgique et méditait une révolution en Angleterre. Le cardinal Granvelle, en glorifiant les succès de la reine d'Ecosse, annonçait des révoltes en Irlande qui ébranlaient la puissance d'Elisabeth *. Dans le même temps, l'entrevue de Bayonne, où Catherine de Médicis et le duc d'Albe négociaient une alliance étroite de la France et de l'Espagne , était un nouveau danger pour
1. Histoire d'Ecosse , par P. F. Tytler, t. VII, p. 12 et 13.