CAPTIVITÉ DE MARIE STUART EN ANGLETERRE
mémoire justificatif de Bothwell*. L'amiral d*Écosse repoussait avec indignation les accusations dirigées contre Marie et contre lui à l'occasion du meurtre de Darnley : « Connoissant que j'étois blâmé et accusé d'avoir commis un tel crime, duquel j'étois innocent, et tous les miens (dont j'appelle Dieu en témoin ) , je suppliai la reine et messieurs de son conseil de permettre que je fusse appelé en justice. » Bothwell racontait sa comparution devant les juges et son absolution , rejetait le meurtre de Darnley sur les ennemis de Marie Stuart ; en un mot , fournissait de nouvelles armes à ses défenseurs. Ceux même qui avaient cru à la culpabilité de la reine d'Ecosse ne pouvaient se défendre d'un sentiment de pitié pour ses malheurs. La générosité française , l'esprit chevaleresque de la noblesse se révoltaient à la pensée d'une reine de France prisonnière des Anglais. On lisait avec attendrissement les plaintes de Marie Stuart à Elisabeth , plaintes que l'imprhnerie reproduisait en France dès cette époque , comme le prouve la lettre suivante , publiée en 1670 «:
« Madame, ma bonne sœur, considérant d'une part, par la lettre de mon ambassadeur l'évêque de Ross, votre aimable recueil et favorable audience, provenant de votre seule bonté , contre l'avis de ceux qui vous persuadent plus d'inhumanité et rigueur, je suis émue à quelque espérance de votre naturelle bonne inclination vers votre affligée sœur et cousine. Mais , de l'autre part , me souvenant du long temps que je suis dépendante de votre bonne résolution , et comparant ma patience à ma prison , mon obéissance à la malice de mes ennemis, ma sincère intention aux nouveaux et différents soupçons , je me trouve enfin
1 . Il existe une copie manuscrite de ce mémoire dans les archives de la famille d'Esneval.
2. Cette lettre a été publiée dans le recueil intitulé : Petits mémoires de Condé, t. II, p. 744. Comme elle a été omise dans la collection du prince Labanoff, j'ai cru devoir la réimprimer.